PREMIÈRE GUERRE ENTRE FRANÇOIS ET CHARLES
tien; Colonna entra dans Milan, où les libérateurs se livrèrent, pendant dix jours, au pillage et aux violences les plus brutales, ce qui était la récompense la plus ambitionnée par lescombattants, et souvent leur unique solde.
Afin de pouvoir rétablir les affaires, François I" créa dans son royaume vingt nouvelles charges à vendre ; il envoya à la monnaie la grille d'argent dont Louis XI avait fait don à Saint-Martin, et se fit prêter par la ville de Paris douze cent mille livres, au taux de douze pour cent; il put ainsi réunir quatre cent mille écus, qu’il expédia en Italie. Mais Louise de Savoie, sa mère, qui, par jalousie contre la dame de Chateaubriand, ne voulait pas que Lautrec fût secouru, trouva moyen de les faire passer dans ses coffres, et Lautrec resta sans argent. Lorsque les Suisses mutinés réclamèrent à grands cris leur solde, congé ou combat, il se vit contraint de livrer bataille, fut vaincu à la Bicoque par Prosper Colonna, et perdit la Lombardie,
Alors François Sforza reprit possession du duché, mais réduit aux abois par des armées déprédatrices , et par l'audace de quiconque se sentait assez fort pour désobéir. Venise fit la paix avec l'Autriche ; Gênes aussi fut prise et horriblement saccagée ; mais, la mort de Léon X étant survenue inopinément (1521, 1°" octobre), le cardinal de Médicis, légat , et le cardinal Schinner de Sion, qui faisaient porter leur croix d’argent devant les tourbes de Suisses blasphémateurs et larrons, se détachèrent de Charles- Quint, dont l’intention était, non pas de donner de l’argent à ces pillards, mais de les consumer à réprimer la Belgique, la Castille et le royaume de Valence. La fortune des Impériaux se trouva donc interrompue. Léon X fut remplacé par cet Adrien , ancien précepteur de Charles-Quint et gouverneur de l'Espagne, homme tout à fait étranger aux intérêts italiens, ignorant les manœuvres de la politique et ami de la paix , qu’il voulait rétablir dans la chrétienté. A cet effet, le nouveau pontife crut devoir absoudre et rétablir les ducs d'Urbin et de Ferrare, et se mettre à la tête d’une ligue dans laquelle entrèrent l’empereur, le roi d’Angleterre, l’archiduc Ferdinand d’Autriche, Florence, Lucques, Gênes et Sienne. De plus, il trouva un aide dans le connétable de Bourbon, grand seigneur, irrité contre le roi de France, qui tentait
. de le dépouiller d’une partie de ses domaines , afin de briser ce
dernier reste des grandes fortunes féodales en France ; le connétable avait donc prêté l'oreille à Charles-Quint, toujours prêt à acheter des ennemis contre son adversaire, et qui lui assurait une
29 avril.
Ligue de Rome.
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des trois grandes chargés de la couronne d'Espagne, des terres pour cent mille écus de rente, et la main de sa sœur Éléonore, veuve d’Emmanuel le Grand, roi de Portugal. À ces conditions, souscrites par l’un et l’autre traitant d’égal à égal, le connétable s’obligeait à léver sur ses terres trois cents hommes d'armes ét cinq mille fantassins, sous la réserve d’avoir une part dans les conquêtes. Charles-Quint et Henri VITE s'étaient déjà partagé la France par le traité de Bruges.
François [°° ne put donc se rendre en Italie ; ce fut à l'amiral Bonuivét , lé plus souple et le plus inepte de ses courtisans , qu’il conflé le commandement de son armée, forte de quarante mille hommes de belles troupes. Le drame lugubre dont l'Italie était: le théâtr:, approchait de sa catastrophe. Les petits seigneurs d'Italie, Colonna, Barbiano de Belgiogoso, Scotti, les Pio, Frégose, Rangoni, qui, dans les temps antérieurs , s'étaient acquis un domaine par les armés, vendaient maintenant leurs bras pour le conserver toujours déloyaux, ils recherchaient la faveur de l’un ou de l’autre de ces maîtres sans foi, et portaient la bannière de la France ou de Empire, mais jamais celle de la patrie. Le peuple, comme il arrive quand on souffre, espérait un soulagement à ses maux, et, dans ce mouvement général de l’Europe, il rêvait le rétablissement des droits de chacun. Les Gibelins, outre les réminiscences classiques et la gloire romaine , se rappelaient que la liberté avait fleuri en Italie sous le nom impérial , et comptaient sur Charles-Quint pour la faire renaître. Les Guelfes, bien qu’effrayés de voir tant de forces réunies, avaient confiance dans la France et en eux-mêmes, pour obtenir une bonne paix. Florence avait pris les armes, et Venise n’était pas encore entamée ; le pape créait des cardinaux pour se procurer de l’argent, et n’aurait pas voulu faire rire les luthériens ; en attendant, les uns et les autres souffraient, et préparaient la voie à la servitude.
Les Français, malgré tant de déceptions, étaient toujours regardés en Italie comme des libérateurs ; en effet, on ne les vit jamais exterminer les Italiens de propos délibéré, ni les ruiner et les outrager par calcul. Le courage ne leur faisait point défaut, mais bien l’ordre, la prudence, le matériel nécessaire, la prévoyance des revers ; excellents soldats, ils se croyaient toujours aux temps féodaux, et dédaignaient les moyens peu généreux introduits dans l’art de la guerre par les Espagnols. Mais la valeur personnelle ne suffisait pas, alors que la tactique, après l'emploi des manéges et de la froide astuce, se bornait à savoir at-