PREMIÈRE GUERRE ENTRE FRANÇOIS ET CHARLES. AA
tendre l’occasion, à laisser les forces ennemies se consumer. Peu d’Italiens apprirent de bonne heure cés protédés, qu'ils n’employèrent du reste que pour la ruine de leur patrie ; mais la bourgeoisie les répoussait comme dérogeant aux vertus des temps libres ; en outre, les combinaisons étroites étaient impuissantes contre les vastes desseins d'alors. Néanmoins, parce que les Italiens exposèrent cette politique dans un livre où elle inspire plus d'horreur que dans la pratique, ils furent accusés d'enseigner des scélératesses dont ils étaient les victimes.
L’expulsion des Français n’avait pas soulagé l'Italie, car les Impériaux y vivaient à discrétion , pillant, rançonnant les villes et les villages selon le besoin, même les États indépendants ; mais Morone continuait de fomenter dans Milan la haine contre eux, ét André Barbato, moine augustin , excitait le peuple à laver la patrie de la souillure des barbares, en rappelant que, si les gentils le faisaient dans le seul espoir de la gloire, les chrétiens devaient songer en outre à la vie immortelle (1).
Désunis comme ils l’étaient, les Milanais auraient succombé si l’amiral Bonnivet, qui affectait de ne pas imiter la fougue ordinaire des siens, n’avait laissé échapper les occasions de vaincre. Les ennemis eurent alors le temps de s'entendre ; malgré la perte qu’ils firent de Prosper Colonna, le général le plus prudent de ce temps, qui avait enseigné à vaincre sans combat et par le choix seul des positions, ils purent continuer la guerre, commandés par Charles de Lannoy qui le remplaça, et que secondèrent le connétable de Bourbon et François d’Avalos, marquis de Pestaire, Dans leurs rangs combattait Jean de Médicis, de la branche bourgeoise, qui était nassé du service du pontife à celui de la France, et ensuite dans les rangs impériaux. Chef des bandes noires, ainsi appelées parce qu’elles portaient le deuil de Léon X, il ramena l'emploi des troupes légères qui était tombé en désut'nde, Il entendait « que ses soldats montassent des chevaux is et des « genêts d'Espagne; qu'ils fussent armés de six" es à la bour- « guignonne, si bien que, par son exemple, et à cause de la com-
« modité qu’on y a trouvée, on a presque renoncé aux hommes « d'armes en Italie, les soldats de Médicis produisant souvent « les mêmes résultats avec moins de dépense et plus de rapidité. & Cv fut encore lui qui remit en usage la milice appelée lances « détachées (/ancie spezzale), se composant d'hommes d'élite
(1) Guicciarpini, XIV.
Août,
80 avril.
1523, 8 novembre.
« et bien payés, qui suivent toujours, soit à pied, soit à cheval, « la personne de leur capitaine, sans être assujettis à aucun autre. « Dans le nombre surgissent ensuite des hommes de grande ré- « putation et autorité, selon leur vaienr et la bienveillance du « seigneur (1). »
Bonnivet, abandonné des Suisses, fut entièrement défait ; blessé au passage de la Sésia, il confia le commandement de l'armée à Bayard, qui, oubliant ses torts, surveilla la retraite. A Romagnano, le Chevalier sans peur reçut une blessure mortelle, et se fit placer contre un arbre , le visage tourné vers l'ennemi. Le connétable de Bourbon, l'ayant trouvé dans cette position, lui exprimait le regret qu’il éprouvait de’ son sort : Ce n'est pas moi qu’il faut plaindre, lui répondit le preux chevalier , car je meurs en homme de bien ; mais vous, qui combattez contre votre roi et votre patrie. IL rendit le dernier soupir, et les Français sortirent encore une fois de l'Italie.
Cependant les vainqueurs n'étaient pas dans une position brillante. Dans le pays le plus fertile , réduit par eux à l’état le plus misérable, ils trouvaient à peine les choses nécessaires à leur existence ; ils étaient obligés, pour nourrir les troupes, de les conduire hors de la Lombardie, surtout en Romagne, et de charger de contributions sujets et amis; l'Italie put voir alors qu’au milieu de toutes ses souffrances, elle n'avait gagné qu’un changement de maître.
Sur cesentrefaites, était mort Adrien VI, saint homme et prince incapable; il eut pour successeur Clément VII qui, sous 1e nom de cardinal Jules de Médicis, s'était fait aimer, surtout à Florence. « Il n’était ni orgueilleux, ni simoniaque , ni avare, ni li- « bertin, mais sobre dans sa nourriture, économe dans son vête- « ment, reiigieux, dévot (2). » Adroit dans les affaires les plus difficiles, beau parleur, il était versé dans les sciences et favorisait les arts; il fut cependant pour l'Italie le pontife le plus funeste.
Il commença par ramenerà l’obéissance les princes vassaux de l'Église, qui s’insurgeaient à chaque vacane- du saint-siége ; puis il songea à procurer une position élevée à ses parents. Il avait toujours favorisé l'Espagne, et il se vantait (3) d’avoir empêché François [°° de pousser jusqu'à Naples à l’époque de sa première
(1) Rossi, Vie de Jean des Bandes noires.
(3) Dans une lettre citée par RANKE.
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