CLÉMENT VII
invasion en Italie; d'avoir décidé Léon X à ne pas combattre l’élection de Charles-Quint, et à abolir l’ancienne défense de réunir Ja couronne impériale à celle de Naples ; d'avoir favorisé l'alliance de l’empereur avec le pape, pour prendre Milan; « d'avoir fait « élire Adrien VI, et de n'avoir point épargné, pour arriver à « ces fins, les trésors de ses amis, ceux de sa patrie, ni les « siens. » Néanmoins, effrayé alors de voir les Espagnols établis en Lombardie, il changea de politique.
Cependant, afin de se rendre nécessaires, les combattants avaient besoin de la guerre. Le connétable de Bourbon insistait pour envahir la France et marcher sur Lyon : Trois volées de canon, disait-il, amèneront à nos pieds ces bourgeois peureux , les clefs en main et la corde au cou. Charles-Quint réunit donc des troupes et des vaisseaux ; Henri VIIT procura de l'argent (1), et le marquis de Pescaire passa le Var avec le connétable de Bourbon ; mais ils s’aperçurent bientôt de l’horreur qu'inspirent les traîtres, et combien la France est forte et unanime contre les envahisseurs. Fatigués de la résistance qu'ils éprouvèrent devant Marseille, ils se retirèrent après quarante jours de siége, comme s'ils eussent pris la fuite; François L°', qui s’avançait pour châtier la rodomontade espagnole du déserteur, passa le mont Cénis avec quarante mille hommes, et marcha sur Milan par Verceil.
Les soldats impériaux y avaient apporté la peste, et la peur du fléau avait amené la retraite de Sforza et de Morone, son chancelier. Pescaire, voyant qu'il ne pouvait s’y maintenir, l’abandonna, et les Français rentrèrent dans la ville, dont le gouvernement fut confié à la Trémoille.
Les Impériaux étaient découragés; beaucoup de soldats désertaient depuis qu'ils n'avaient plus l'espoir de vaincre et de piller, et les officiers ne s’accordaient pas sur les résolutions à
(1) On lit dans les curieux Mémoires de l’illustre maison de Russel, publiés récemment, que lord Russel, cha: gé de remettre au connétable de Bourbon les subsides de Henri VIIL, fut ‘Eligé de faire porter l’argent, de Gênes à Chambéry, à dos de mulets, dans des ballots et des sacs, sous forme de vieux linge et de légumes à vendre. 1! écrivit de Chambéry, à Henri VIII, que le duc de Savoie, en noble et généreux prince, avait daigné permettre de transporter l'argent à Turin sur ses propres mulets, dans le coffre de la maison royale, où sont d'ordinaire les ornements de sa chapelle ; sur chaque compartiment de ce coffre est inscrit son contenu, ajin que personne ne pense qu’il y ait autre chose. Au moyen de cet artifice, le subside qui devait servir à faire la guerre à la France put faire le voyage sans ‘tre enlevé. C’est chose plus facile aujourd'hui.
26 octobre,
Ba aille de Pavie
24 tévrier.
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prendre ; François L*’ aurait pu s'assurer la victoire, si l'amiral Bonnivet ne l’eût sans cesse détourné des entrepr'ses les plus avantageuses comme ne convenant pas à un roi, et s’il avait connu le système moderne de laisser en arrière les forteresses. Le temps qu’il perdit pour s’en rendre maître, Antoine de Leyva, qui avait assisté à trente-trois batailles et.à quarante siéges, l’employa à fortifier Pavie.
Pendant que François 1°" s’arrêtait devant cette place, Jean- Jacques de Médici, aventurier milanais, qui s'était fait au milieu de ces bouleversements une domination sur le lac de Côme, put, en assiégeant Chiavenna, empêcher les Grisons de venir à son secours; en même temps les Impériaux, se réunissant de toutes parts, entourèrent l’armée française. À une époque où déjà tout se réduisait en tactique, le roi s’entêtait aux prouesses de l’ancienne chevalerie, et se faisait un point d'honneur de ne jamais reculer. Il accepta donc la bataille, et huit mille des siens périrent avec une vingtaine des meilleurs capitaines, parmi lesquels Bonnivet et la Trémoille ; le roi lui-même, entouré d’ennemis qui, ne le connaissant pas, voulaient le tuer, se défendit avec courage, et ne voulut rendre son épée qu’à Lannoy, vice-roi de Naples. Ce général la reçut à genoux et lui en remit une autre; les er nemis les plus rapprochés de sa personne le dépouillèrent de tout ce qu’il avait sur lui et même de ses vêtements (1).
Quoique le roi écrivit à la duchesse d'Angoulême : Tout est perdu, fors l'hr.eur (2), Charles-Quint sentait fort bien qu’il n’y avait rien de pe: tu, et que la France restait entière, mêmesans son roi; il montra donc de la modération dans la joie que lui causa cette capture glorieuse, et ne suivit point le conseil que lui donnait le duc d’Albe, d’envabhir la France consternée.
Toute l’Europe s’intéressa au roi-soldat ; Érasme en écrivit à Charles-Quint, et les nobies espagnols demandèrent qu'il fût laissé libre sur parole, en offrant de lui servir de caution. Fran-
(1) De tout par iors dépoillé je fuz, Rien n’y servit, deffense ne refuz; Et la manche de moy tent estimée Par peuvre main fut toute despocée.
(Epître écrite par lui dans sa prison.)
(2) Quoiqu’on puisse regretter de voir déparer ce mot si répété, il faut bien lui restituer son intégrité historique : Tout est perdu, hormis l'honneur ET LA VIE, QUI EST SAUVE. (Voy. sur ces faits l'Histoire de la captivité de Francois Ler, par REY; Paris, 1837.)
çois I" s'était confié à la générosité de son ennemi ; mais Charles-