SECONDE GUERRE ENTRE FRANÇOIS ET CHARLES
pays natal , et attira sur l'Italie des calamités dont il eut à se ressentir en partie lui-même,
En France, où Louise de Savoie avait pris la régence, tousles ordres de l'État donnaient des preuves chaleureuses de dévouement , et offraient de l'argent pour conserver l'intégrité des frontières. Si François I°' avait eu le courage d'abdiquer, de manière à ne laisser qu’un homme prisonnier, la France n’aurait eu rien à redouter. Loin de là, il fit acte de roi, et traita de sa délivrance avec un ennemi qui ne s’aperçut pas qu’il devait ou le garder éternellement prisonnier, afin que les discordes intérieures consumassent le royaume , ou le renvoyer généreusement à une natiôn qui se laisse d'ordinaire conduire par le sentiment. Mais Charles, obéissant à de petits intérêts, et voulant faire de son rival ce que Cortez fit de Montézuma, ne suivit pas les conseils de son confesseur, qui l’invitait à pardonner ; il écoutait, au contraire, son chancelier Mercurino Gattinara, qui le poussait à se montrer sévère, et il usa de mauvais traitements envers le roi. François 1°" se persuada qu’il était permis de tromper celui qui lui faisait violence; i! consentit donc aux conditions exigées par Charles, c’est-à-dire à l’abandon de la Bourgogne et d’autres provinces de France, sans compter la renonciation à ses droits sur la Flandre , l’Artois et le royaume de Naples.
Éléonore de Portugal avait été promise en mariage par Char les-Quint au connétable de Bourbon; mais pouvait-il désormais donner la main de sa sœur à un homme souillé d’une trahison ? Lorsque le duc vint à Madrid, le marquis de Viliena, que Charles- Quint priait de lui donner un logement dans son palais , lui répondit : Je ne puis désobéir à votre majesté ; mais à peine en sera-t-il sorti que j’y mettrai le feu, comme infecté par la présence d'un traître. François I°" promit donc d’épouser Éléonore, et de remettre, pour indemnité, au duc de Bourbon ses fiefs confisqués avec le duché de Milan ; ses fils devaient être livrés en otage pour la garantie du traité. Ces conditions parurent toutefois si exorbitantes que Gattinara refusa de les signer, comme d’une exécution impossible ; mais Charles était satisfait d’avoir réussi à humilier son rival, et, après lui avoir fait subir les ennuis de la prison, il entrevoyait avec plaisir l’occasion de pouvoir encore le taxer de déloyauté. François aspirait à la liberté, aux plaisirs, à l'exercice du pouvoir ; aussi, sans même se donner le temps d’embrasser ses enfants qui prenaient sa place, ii s’é-
lança sur le sol français en s’écriant : Je suis encore roi!
4+ janvier.
18 mars,
Le Medeghino.
Aussitôt il réunit les grands à Cognac, et l’opinion unanime futqu'’il était dispensé d'exécuter un traité extorqué. Les états de Bourgogne déclarèrent que le roi n’avait pas le droit de céder leur pays. À Paris, l'assemblée des notables proclama qu’il ne pouvait ni aliéner un pays, ni se reconstituer prisonnier, et vota des subsides pour faire la guerre. Charles et-François se renvoyèrent l'accusation de félonie , et se préparèrent à combattre.
L'honneur du roi était demeuré sauf à Pavie ; mais en était-il de même dans la circonstance actuelle ?
A la suggestion de Capin de Capo, nonce de Clément VII , et de l'ambassadeur véaitien, François I‘ entra dans une sainte ligue qui avait pour but de délivrer ses fils , d'assurer à Sforza le duché de Milan et Naples au pape, de chasser les Impériaux de l'Italie, et de conserver l'indépendance du pays (1).
Après trente années de guerre, ou plutôt d’un supplice honteux infligé à une population désarmée par une soldatesque féroce et débauchée, l'Italie avait, certes, tous les motifs possibles pour faire de suprêmes efforts, La Sicile réclamait en vain ses priviléges à un roi maitre de la moitié du monde; Naples était dévastée audacieusement par les chefs de bandes ét les magistrats qui, non contents de ravir les richesses, en tarissaient les sources ; la Toscane voyait expirer sa liberté; la Romagne avait eu à pâtir tour à tour de petits tyrans turbulents et de pontifes ambitieux ; la Lombardie ne cessait pas d’être un champ de bataille; puis, toutes ces contrées étaient foulées par des armées formées de recrues étrangères , achetées isolément ou amenées par un capitaine pour le seul amour du butin : troupes toujours disposées à se tourner contre ceux qui les soldaient, et qui voulaient à tout prix la guerre, leur unique moyen d'existence , dussent-elles la faire pour leur propre compte.
Au milieu de souverains qui se succédaient sans cesse, les factions s'étaient ravivées en Lombardie; on avait vu quelques petits seigneurs s'élever sans autre droit que celui de , .::?, et sans autre but que celui de pouyoir agir au gré de leurs caprices. Dans le nombre se signala Jean-Jacques de Médici de Milan, dit le Medeghino. Il commença sa carrière par des vengeances vi-
(1) Le dataire Gibert écrivait à l’évêque de Véruli : « Or je me bornerai à vous rappeler qu’il ne s’agit pas dans/la-guerre actuelle d’une susceptibilité de poiut d'honneur, d’une vengeance ou de la conservation d’une ville, mais qu’elle décidera du salut ou de l’esclavage perpétuel de l’Italie entière. » Leéé. de Pr.
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