SECONDE GUERRE ENTRE FRANÇOIS ET CHARLES
riles; pour échapper au châtiment, il embrassa le métier des armes, et, comme tant d’autres , il sut se maintenir au milieu d’un pays désorganisé. François Sforza l’employa pour se défaire d’Astorre Visconti, son ennemi particulier, et lui reconnut pour récompense le droit d'occuper le château de Musso, situé sur un promontoire :’:, lac de Côme; outre la difficulté naturelle de la montagne, à pete roide de trois côtés, le maréchal Trivulce, auquel il avait appartenu , l’avait entouré de bonnes fortifications, que le Medeghino augmenta, au point de le rendre imprenable. Le lac et les montagnes environnantes étaient infestés de brigands qui se faisaient leur part au milieu du désordre général, volaient, tuaient, bravaient les lois, au grand dommage des gens pacifiques. Le Medeghino détruisit les ur:, ct s’attacha les autres en les üisciplinant ; il eut d'excellents ingénieurs, domina sur le voisinage , et tantôt seconda le duc, tantôt l’affama en empêchant le transport des blés ; assaillant la Valteline et Chiavenna , il obligea les Grisons à rappeler les troupes qui servaient sous ‘François I°°, ce qui fut la principale cause de la défaite de Pavie. Lorsque les Impériaux furent devenus les maîtres, il ne se soumit pas davantage à leur joug, ear il savait être tour à tour lion et renard. Il s'intitula comte de Lecco, battit monnaie, et peu s’en fallut qu’il ne s’emparât de Côme. Bien pourvu d’or et de troupes, capable de tous les crimes, l’un des hommes les plus rusés de ce siècle de ruse, exploitant tous les partis, il songeait à se faire un vaste domaiue, et peut-être à s'emparer de tout le duché. Enfin les Grisons et les forces ducales se réunirent contre lui; mais il fit jouer des ressorts si habiles et nég.‘ia si adroitement que le fier Charies-Quint fut obligé de condes ::ndre à lui faire de bonnes conditions, et de l’apaiser avec de l'argent et le marquisat de Marignan.
La gravité des maux communs en faisait désirer le remède. La jalousie‘ excitée par Charles-Quint , et le désordre des finances de ce monarque, donnaient l’espoir que l'indépendance de l'Italie trouverait d’énergiques défenseurs. Par malheur, les Italiens avaient perdu l'habitude des arme: , et ces hommes courageux, qui affrontaient le danger pour piller et dominer, ou qui vendaient leur valeur, n'étaient que la lie de la nation; pleins d'énergie pour les petits exploits, ils manquaient du véritable courage qui naît d’un sentiment genéreux. D'un autre côté,
les gouvernements n'avaient plus ceite fermeté avec laquelle 1%
Seconde guerre,
autrefois ils résistaient aux étrangers et aux nationaux, Venise vivait au jour le jour, et le pape hésitait. Charles-Quint promettait au pontife de rétablir un Italien dans Milan , et de restituer Parme et Plaisance au saint-siége; puis, vieille tactique des rois, il agitait lu question des hérésiarques et des conci!::, pour effrayer le pape et l’amener à subir ses volontés.
Déjà Luther avait grandi au point d’effrayer le monde catholique. Maximilien l'avait protégé, en disant : Z/ pourra un jour étre bon à quelque chose. Alors Charles-Quint, « reconnaissant « que le pape avait grande crainte de cette doctrine de Luther, « voulut s’en faire un frein pour le tenir (1). » Clément espéra que, dans la ruine de l'Italie, l’Église, du aoins, triompherait avec l'agrandissement de Charles, qu'il regardait comme un catholique fervent. Nous avons, en effet, une lettre d” Clément, dans laquelle il propose à Charles de former une ligue avec les princes orthodoxes, à l'effet d’extirper par le fer et le feu cette plante vénéneuse. C'est ainsi que, partagé entre deux intérêts, Clément VIT ne sut être ni bon pape ni bon Italien (2).
Cependant, dès que la guerre éclata, il n’est pas besoin de dire avec quelle ardeur les Italiens se préparèrent à la lutte, sentant bien qu’elle devait décider de leurs destinées. Le duc d’Urbin, général des Vénitiens, s’avança sur le Milanais, tandis que Guido Rangone et Guicciardini, l'historien, marchèrent avec les troupes pontifierles ; mais les alliés ne savaient point agir de concert, et le payë trouvait qu'on n'avait pas pour lui les égards qui lui étaient us; le Medeghino, qui recevait de Clément des sommes considéranies pour lever des Suisses, les dépensait dans son propre intérêt ; ie duc d’Urbin, qui se donnait pour un imitateur de Colonna, trainait la guerre en longueur; « enfin les secours de « Français, très-étendus en paroles, devenaient chaque jour
(2) Un papato composto di rispetti, Di considerazioni e di discorsi, Di più, di poi, di ma, di si, di forsi, Di pur, d’ assai parole senza effetti, etc.
(BERNI.) Pontificat tout de craintes, d’égards, Et de considérants et de discours frivoles, De si, de mais, de puis, de peut-être, de cars, Pauvre d’effets; et plus riche en paroles.
LÉSASTRES DU MILANAIS. 181
« plus minces en réalité (1), » surtout depuis que François 1°" avait entamé de nouvelles négociations avec l’empereur.
Milan était tyrannisé par Antoine de Leyva et Alphonse d’Avalos, qui cherchaient, au moyen de supplices atroces et d'exactions brutales, à faire naître des soulèvements , pour justifier de nouvelles rigueurs ; plusieurs Milanais se tuèrent pour échapper à ce joug de fer, et beaucoup d’autres émigrèrent, lorsque Leyva leur en donna la permission pour faire de l’argent.
Leyva punit de mort un gentilh: me qui ne lui avait pas ôté son chapeau. Le peuple, indigne ‘a, pénétra de force dans le vieux palais, où iltu ‘ uante fantassins de garde, s’empara du clocher, en tinelles, et combattit jusqu'au matin, avec une | uelques centaines de citoyens. Mais les lansquenets mirent à différents endroits
de la ville, et les Espagnols, accourus en plus grand nombre, envoyèrent les chefs au supplice ou en exil ; ils tinrent les autres à leur discrétion, et Milan fut livrée à la cupidité des soldats. Peu contents d’avoir dévasté la campagne et saccagé les bautiques, ils chargèrent de liens tous leurs hôtes, afin de leur extorquer, à force de mauvais traitements, le peu qu’ils auraient pu cacher (2).
Le château de cette ville fut contraint de capituler sous les yeux des confédérés, dont la lenteur ne se démentait pas, et François Sforza eut de la peine à s'échapper. Sienne, qui s'était déclarée pour la bannière impériale, ne put être forcée par les Florentins, ni Gênes par André Doria, amiral de la flotte pontificale. Jean de Médicis, le plus vaillant Italien de cette époque, mourut d’une blessure. Machiavel s’était flatté de l'espérance de le voir se former, à la tête de ses bandes noires, un Etat indépendant, et chasser les étrangers de l'Italie. Voilà sur quels hommes les Italiens étaient réduits à compter pour leur affranchissement.
Le connétable de Bourbon, sans le moindre ménagement pour un pays qui lui avait été promis, l’accablait d’exactions énormes (3), afin de payer ses troupes, auxquelles depuis longtemps l'empereur ne donnait plus de solde, et qui demandaient à grands cris le pillage d’une cité opulente.
(1) GuiccraRDINI.
(2) Voir Guiccrarnini, livre XVII.
(3) Il condamna Morone à mort; puis, lui ayant fait grâce moyennant vingt mille ducats, fl le prit pour son secrétaire et l’âme de ses conseils.
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Clément VIL, effrayé, prêta l'oreille aux suggestions du rusé Hugues de Moncade, ambassadeur de Charles-Quint et digne élève du due de Valentinois, qui lui promit de faire sa paix 4vec l'empereur et avec les Colonna, alors menaçants pour le saintsiége. À peine le pape, dupe de cette astuce diplomatique, eut-ilt stipulé avec Lannoy et congédié ses troupes, que le cardinal Prosper Colonna (1), d'accord avee Moncade; attaqua. Rome , et mit à sac Transtevere et le Vatican. Clément voulut faire prendre les armes au: peuple, mais le peuple refusa de servir an pape qui était lacause de ses maux : « Non-seulement les moines « dans les chaires, mais certains ermites au milieu des places « prêchaient la ruine de l'Italie et la fin du monde; il y en avait « même parmi ces derniers qui, persuadés qu’on ne pouvait voir « des temps pires, disaient que le pape Clément était l’Ante- « christ (2). » Contraint de se réfugier dans le château Saint- Ange, où il ne trouva de vivres que pour trois jours, ce pontife dut capituler avec Moncade, pardonner aux Colonna, et rappeler ses troupes de la Lombardie.
Cette retraite affaiblit la sainte ligue. D'un autre côté, comme Charles-Quint n'était pas en mesure de payer ses troupes, elles adressèrent leurs réclamations à Georges Frundsberg, commandant du Tyrol ; #lléché par leriche butin que d’autres capitaines faisaient en Iialie, ilrecruta une bande d’Allemands, dont le nombre s’accrut en route, et vint recueillir sa part. de piage; il jurait par le glorieux sac de Florence et portait à l’arçon de sa selle des-licous de soie et ua autre d’or, pour étrangler les cardinaux et le dernier des papes.
Ayant trouvé par son créd!:, et moyennant des gages, l’argent nécessaire à Ja solde de trente-cing comps gnies de lansquenets, il s’entendit avec le conriétable de Bourbon pour assaillir Rome, où l'exemple des Colonna promettait un pillage productif et facile. Cette tourbe, de langues et de religions diverses, sans discipline, ni approvisionnements, ni bagages, qui n'avait en vue que le butin, et ne répondait à ses. officiers que : Payez-moi, traversa l'Italie comme un nuage de sauterelles. Le duc d'Urbin pouvait l’arrêter ; mais il préféra, à la gloire d’être le libérateur de Rome, la satisfaction de se venger des Médicis, qui l'avaient dépouillé naguère de son duché. Clément VII se reposait sur le
(1) Paul Jove a écrit d’une manière pittoresque la vie de ce cardinal. (2) Varcm.