‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 40 sur 146 · SAC DE: ROME · texte numérisé non relu

SAC DE: ROME

traité qu'il venait de conclure avee: Lannoy, venu pour défenère le royaume de Naples, et qui avait promis sa pmtection at saintpère eontre le connétable de Bourbon. Lorsque l’effroi générai l'eut arraché à ses fluctudtions habituelles, il vendit des chapenux de cardinal;.ce qu’il avait refusé de: faire. jusqu'alors; pour se proeurer de Fargent et recruter des troupes, sollicita les offrandes volontaires des cherèss et implora ses alliés, qu’ik avait lâchément abandonnés.

Ik était trop tard. Le connétable vint camper dans les plaines voisines de Rome:; la capitale du catholicisme et des arts fut. assiégée par des barbares et des protestants. La jeunesse romaihe se leva pour la défendre; mais; novice et inhabile aux armes, desservie, en outre; par les Gibelins joyeux du triornphe des

Impériaux, elle fut bientôt misé en fuite. Les lansquenets, faute —-

d’échelles, s'aidaient dé leurs longues épées pour escalader les murs; le connétable de Bourbon; à leur tête, tomba frappé d'un coup mortel. Déjà une attaque d'apoplexie avait contraint Frunds-

berg à.se retirer. L'armée, sans chefs et livrée, sans frein, à $e8 sac ra Rome .

appétits. de vengeance et de pillage, s'empara en deux heures de la cité Léonine, à l'exception du château Saint-Ange, où Clément, VIE s'était réfugié ; Romains, Suisses, tous les défenseurs de la ville furent égorgés, et le reste abandonné à la brutalité d’une-soldatesque furieuse.

Les sacs terribles des temps d’Alarie n’offrent rien d'aussi hideux. ni d’aussi effroyable que ce qui se passa alors en pleine civilisation,.au nom. du roi catholique. Les couvents furent forcés, et les religieuses enlevées, pour être livrées aux bras de. soldats effrénés ; au-milieu d’orgies où les vases sacrés étaient profanés sur les autels, convertis en tables de banquets, des Allemands ivres, affublés des chapeaux des cardinaux et d’ornements sacerdotaux, les livrèrent à la risée dans les danses obscènes, et outragèrent les femmes sous les yeux de leurs maris enchaînés; on ne respecta pas même les tombeaux, et un anneau d’or fut. arraché du doigt de Jules Il. Les luthériens se faisaient une joie: de fouler aux. pieds. les choses sacrées, et de détruire l’idofdtrie des tableaux et des statues. Le cardinal d’Aracæli, qu’ils enfermèrent dans un cercueil, et dont ils célébrèrent les obsèques avec dérision, fut promené par eux dans les rues de Rome; ils s’enivrèrent, dans son palais, du vin dont ils remplissaient les calices, puis ils l’envoyèrent, en croupe d’un des leurs, mendier sa rançon de porte en porte. Ils voulaient forcer un prêtre à donner la

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communion à un âne, et jetèrent les bulles papales en litière à leurs chevaux; enfin ils se rassemblèrent dans une chapelle du Vatican, et là, cardinaux travestis d’un conclave grotesque, ils dégradèrent le pontife et proclamèrent Luther à sa place.

A peine délivrés des Allemands, les Romains eurent à subir les Espagnols, qui recommencèrent les outrages, les tortures et les extorsions, Pour combler la mesure, survinrent les paysans du cardinal Colonna, et le ravage fut renouvelé. Italiens, Espagnols, Allemands, semblaient rivaliser à qui ferait le plus de mal, non-seulement aux prélats et au clergé, mais à une population innocente.

Clément VIL finit par capituler, en s'obligeant à rester prisonnier de l’armée jusqu’au payement complet de quatre cent mille ducats; à céder Parme, Plaisance et Modène ; à recevoir des garnisons impériales ; enfin à se rendre à Nola ou à Naples, pour attendre les ordres de l'empereur.

Charles-Quint n’avait d'autre tort, dans ce brigandage, que celui d'un homme qui déverse un torrent sur'la campagne, sans

prévoir lesravages qu'il ne pourra ne. à c'était donc pour

abuser les autres et sa propre. conscience, qu’il ordonnait des prières pour la délivrance du pape, prenait le-deuil de ce désastre et se justifiait auprès des autres princes, Mais, charmé de montrer au monde qu'il pouvait se venger de quiconque se rapprochait de la France, il ne diminuait pas d’un éeù la rançon imposée au saint-père ; il cherchait même à l’attirer en Espagne, et « l'opinion des plus sages était oc” ° “oulait ramener la paa pauté à la simplicité et à la pa i ancienne, quand les « pontifes, sans se mêler des choses temporelles, s’occupaient « uniquement des spirituelles. Cette résolution, par suite des « abus infinis ei des déportements affreux des pontifes passés, « était grandement louée et désirée de beaucoup. Déjà même « des gens du peuple disaient que, le pastoral et l’épée n’allant « pas bien ensemble, le pape devait retourner à Saint-Jean de « Latren pour y chanter la messe (1). »

Toute la chrétienté fut indignée de la manière sauvage dont venaient d'être traités la métropole du monde et le chef de l'Église. François I‘* et Henri VIIT firent alliance à Amiens, pour délivrer le pape’et les fils de France, assurer à Sforza le duché de Milan, et réprimer le monarque autrichien, Charles-Quint

(1) Varour,

accusa François I" d’avoir manqué à sa parole, et lui fit savoir qu'il était prêt à le soutenir d'homme à homme; François lui donna un démenti, etles cartels furent échangés (1) ; ils déterminèrent même le lieu et le jour où le combat devait avoir lieu. On sait qu'ils éludèrent le duel, et qu’ils laissèrent vider la querelle aux nations. S'ils l’avaient vidée eux-mêmes, et qu'ils eussent péri tous les deux, cornbien de larmes et de sang n'eussent-ils pas 'épargnés aux nations, et’ surtout à la pauvre Italie , qui, désolée de nouveau par la peste, présent de ses formidables hôtes, dut encore se préparer à de nouvelles guerres.

Tandis qu'André Doria, qui, faute d’être payé par le pape, avait quitté son service, s’emparait de Gênes, Lautrec passa les Alpes à la tête de trente mille Français, vengea sur Pavie la captivité de son maître, et se dirigea vers Rome pour —— le pape.

La famine était extrême dans cette ville, les paysans n'osant porter de provisions au marché; les généraux impériaux ne pouvaïent, sans nouvelles sommes "d'argent, arracher les soldats de ces murs, où ils se gorgaient du sang et de l’or des Romains. Clément mit aux enchères cinq chapeaux de cardinal au prix de cent mille écus, et emprunta deux cent mille autres écus à de gros intérêts; toutefois il ne put se procurer la rançon qu'il avait promise, et les Allemands, furieux, poussaient des vociférations de mort. Des évêques, des archevêques et des personnages considérables de Rome, donnés par le pape en otage, furent trois fois conduits enchaînés au champ des Fleurs, avec menace d’être pendus si l'argent tardait davantage ; ils ne purent échapper au danger qu’en enivrant ces furieux, et Clément VII lui-même réussit à s'enfuir travesti. Mais il devait de la reconnaissance aux Français pour la protection qu’ils lui avaient accordée, et Henri VIII, en récompense de ses secours, iui demandait de prononcer la dissolution de son mariage avec Catherine d'Aragon ; d’un autre côté, Charles-Quint menaçait de le déposer, s'il y. consentait. Il revint donc à sa politique habituelle , flottant sans cesse au milien de ses prévisions subtiles, et, pour ménager chacun, il se fit des ennemis de tous.

Au milieu de la peste et des soldats, ces deux fléaux dont on ne savait quel était le pire, la désolation continuait dans Rome. Quand ces bandes farouches n’y trouvèrent plus rien à piller,

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