‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 48 sur 146 · J° GUERRE ENTRE CHARLES-QUINT ET FRANÇOIS · texte numérisé non relu

J° GUERRE ENTRE CHARLES-QUINT ET FRANÇOIS

de bataille. Les astrologues ayant annoncéque Ley va était destiné à conquérir la France, Charles-Quint lui confia, contre l’avis de sesconseillers les plus expérimentés, le commandeinent de l'armée qui envahit la Provence. Mais les Impériaux trouvèrent le pays sans habitants, les fortifications démantelées et les vivres détruits ; alors, consumés par la faim, et, « ayant appris ce que c'est que d’avoir affaire à des Français sur leur territoire, défendant leurs femmes , leurs enfants , leurs foyers et leurs églises (1), » ils furent obligés d'abandonner le siége de Marseille, après avoir perdu, par la maladie, vingt-cinq mille hommes et Leyva lui-même, pour s’en retourner, par Gênes et Barcelone, en butte à la vengeance des paysans.

Les armes de l’empereur n'étaient pas moins malheureuses dans les Pays-Bas; les troupes du grand seigneur, Soliman, avaient envahila Hongrie et dévastaient le royaume de Naples. Dans ces circonstances, le nouveau pontife Paul 111, de la maison Farnèse, proposa une trêve. Charles-Quint, quoique maitre des minesde l'Amérique, était dans une continuelle disette d’argent, et les cortès d’Espagne ne lui en accordaient pas; Gand prit les armes plutôt que de se soumettre à un impôt, et les troupes espagaoles, mal payées, se mutinaient de toutes parts. Il accepta donc comme un triomphe la trêve qui fut conclue à Nice pour dix ans, et par laquelle chacun devait conserver ce qu’il possédait. +

Les deux rois, qui s'étaient réciproquement accusés des plus noirs méfaits avec tant d’animosité, passèrent plusieurs jours ensemble à Aigues-Mortes, dans les termes les plus pacifiques ; puis Charles-Quint, qui avait hâte d'aller réprimer le soulèvement des Gantois, traversa la France pou: abréger le chemin. Le roi aurait pu alors, ou prendre sa revanche de la prison de Madrid , ou lui arracher de meilleures conditions. Charles en eut grand'peur, et se repentit de sa confiance; mais François I°" n’eut pas la lâcheté de consentir à la trahison qu'on lui conseillait (2).

(1) Du BELLAY. .

(2) Triboulet, bouffon de François 1*", était dans l'habitude d'inscrire sur ses {ablettes tous les fous qu'il rencontrait. II y consigna donc le nom de Charles-Quint, François 1°" lui en ayant demandé le motif, C’est, répondit-il, parce

wil s'aventure à traverser la France. — Mais si je le laisse passer sans lui faire aucun tort? — Alors j'effacerai son nom pour y substituer le lien.

18 juin.

1564, 11 avril.

148 septembre. .

202 GUINZIÈME ÉPOQUE.

Churles-Quint considérait les sentiments magnanimes comme une faiblesse ; accueilli avec les honneurs royaux dans la capitale, dont les Parisiens lui présentèrent les clefs, avec le-présent. d’un Hercule en argent, de grandeur naturelle, il violait l'hospitalité en cherchant à corrompre les courtisans. Il dit à la duchesse d'Étampes, maîtresse du roi, qui voulait lui restituer un anneau d’un grand prixtombé de son doigt : Z! est dans de trop belles mains ; il donna sa parole au maréchal Anne de Montmorency qu'il cédérait le Milanais à un fils du roi, pourvu qu’on ne lui en parlât point tant qu'il serait en France.

On le crut; la cour de France l’accompagna josquà Saint- Quentin, et le roi lui fit rappeler sa promesse; au lieu de l’exécuter ; Charles-Quint proposa de céder les Pays-Bas à sa fille Marie, qui épouserait le second fils du roi; enfin il donna l’investiture du duché de Milan à Philippe, son propre fils.

François I°, voyant donc la guerre imminente , envoya des ambassadeurs pour consolider ses alliances ‘avec: la Turquie et Venise; mais ils furent massacrés en routé, saus: toutefois qu'on saisit leurs papiers. Aussitôt Charles füt, :assailli par trois armées, du côté de Perpignan, dans l’Artois et.le. Luxembourg, tandis que la flotte turque ravageait les côtes et venait

attaquer Nice. À Cérisoles, le duc d’Enghien livra la plus grande bataille qui se fût donnée dans le cours d’une guerre de huit ans ; l'infanterie créée par François [°' se distingua par son courage et sa bonne tenue ; les Impériaux essuyèrent une : défaite complète, tout le Montferrat fut pris, et le Milanais pouvait être occupé, si François I‘ n’eût craint pour ses propres États. |

En effet, la chrétienté s’indignait de voir le croissant uni aux fleurs de lis (1); Henri VII et l'Allemagne se déelarèrent contre la France, qui fat envahie par la Lorraine et Calais; les alliés marchèrent sur Paris , où ils seraient arrivés sans doute, si le manque habituel d'argent et de vivres ne les avait point arrôtés. Alors on conclut la paix de Crespy-en-Laonnais, par laquelle François 1°" renonçait au domaine direct sur la Flandre et l’Artois, à ses prétentions sur Naples, et s’engageait à restituer à la Savoie tout ce qu'il lui avait enlevé depuis la trêve de Nice ; de son côté, Charles-Quint renonçait à la Bourgogne (2). Henri VIII

(1) Le duc de Savoie fit frapper des médailles avec cette légende : Nicea a Turcis et Gallis obsessa.

(2) Les histoires de Paul Jove s’arrêtent ici.

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