‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 52 sur 146 · SIENNE · texte numérisé non relu

SIENNE

réformer l'État. Granvelle constitua une oligarchie sous la dépendance de son maître, établit des garnisons et désarma les citoyens. C’est ainsi que l'empereur traitait la ville la plus gibeline d'Italie ; bien plus, il y envoya des tr'upes sous les ordres de Diégo Hurtado de Mendoza, le premic: ‘istorien de l'Espagne, y construisit une forteresse , et laissa ses bandes affamées et pillardes commettre leurs excès accoutumés.

Mais Cosme voulait avoir Sienne, et le pape la désirait pour son neveu. Les Siennois, après avoir tenté vainement de rétablir la démocratie, toujours déchirés par les factions des bourgeois et du Mont-des-Neuf, ne virent d'autre ressource que de recourir à la France. Cette puissance, qui avait recommencé la guerre avec les Autrichiens, envoya, à la sollicitation du maréchal Strozzi, des bâtiments qui, réunis aux galères turques, ravagèrent les côtes de la Toscane et les îles voisines , remède pire que le mal; puis, aidés par le soulèvement de la ville, les Français y entrèrent en promettant, comme d'habitude, la liberté. La guerre se trouva donc engagée entre les Français, les Allemands, les Espagnols, les pontificaux et les Turcs, nor moins funestes les uns que les autres.

Cosme, qui, tout en haïssant les Français, redoutait les Espaguols, épiait le moment favorable, prêt à en profiter ; ayant endormi les Siennois et les Français à l’aide d’un traité, il leva des troupes, dont il confia le commandement à ce Jean-Jacques de Médici, lequel avait causé tant de mal à l’époque des guerres de Lombardie et qui, fait marquis de Marignan par Charles-Quint, avait puissamment aidé les Impériaux dans la dernière guerre. Renforcé par les Allemands et les Espagnols de Charles-Quint, il assaillit, sous prétexte de vouloir repousser les Français, Sienne dégarnie de troupes, mais bien pourvue de courage. Il avait annoncé, et il tint parole, qu'il ferait pendre quiconque attendrait dans un fort le premier coup de canon; mais sa conduite exalta le patriotisme jusqu’au désespoir. Chaque bourgade lui coûta du sang, et chacun aussi paya son courage de son sang ; on estime que cinquante mille hommes périrent par le fer,la faim ou le supplice. Le voyageur qui traverse en soupirant cette maremme désolée, couverte jadis d'habitations et d’une culture florissante, maudit encore les guerres dénaturées de cette époque, ce farouche Marignan et la mémoire de ceux dont il exécutait les volontés.

Pierre Strozzi, qui, avec le titre de lieutenant de France, et

suivi de quelques membres de sa famille, était accouru pour HST, UNIV, — T7. XIV, i4

155h, 2 août,

2 avril.

19 juillet.

Gênes,

combattre avec les derniers hommes libres de l'Italie , assaillit Florenceet lutta de cruautés avec l'ennemi ; mais, peu secondé par la France, quiavait pourtant fait promener en Italie une bannière avec ce vers de Dante , Libertà vo cercando si ch’ è cara, manquant de vivres dans un pays dévasté, battu ensuite à Luciguano (1) , il fut obligé de renoncer à tenir la campagne. De retour en France, il fut mal vu comme tout chef vaincu, et les deux partis l’accusèrent ; néanmoins, à force de courage et de persévérance, il recouvra gloire et renommée.

Cosme et le marquis de Marignan poursuivaient le cours de leurs barbaries, repoussaient les bouches inutiles qu’on avait fait sortir de la ville, et faisaient pendre quiconque tentait d’y introduire des vivres. Blaise de Montluc avec les Français défendait Sienne, qui, bloquée étroitement, vit le nombre de ses citoyens réduit de 30,000 à 10,000 ; elle continuait cependant à tenir, et les femmes elles-mêmes s’employaient à de pénibles travaux par amour de la liberté. Enfin, après avoir épuisé tous les vivres, mais non leur constance, ils obtinrent des conditions semblables à celles qu’on avait accordées à Florence vingt-cinq ans auparavant, et qui furent violées de même.

La garnison française fit place à des troupes espagnoles. Beaucoup de Siennois se réfugièrent en France avec Montluc; d’autres chefs soutinrent à Montalcino la cause de l'indépendance jusqu’à ce que la paix de Câteau-Cambrésis assujettit Sienne à Florence. Cosme avait acquis cette ville avec son argent, avec ses forces, et au prix de sa propre infamie ; Philippe II l’occupa néanmoins, et ne la lui céda que lorsqu'il eut besoin de lui. Les conditions qu’il lui imposa placèrent même la Toscane dans une sorte de dépendance de l'Espagne, qui se réserva les ports d’Orbitello, Talamone, Portercole, Monte-Argentaroet Saint-Étienne ; ces ports, appelés les présides, fermèrent la mer à Sienne, et la privèrent de son commerce.

En somme, la mort des républiques était décrétée par le temps ou les princes. Venise put, malgré eux, rester encore debout pour protéger la chrétienté contre les Turcs. Gênes avait reçu d'André Doria une constitution nouvelle.

Outre les deux partis guelfe et gibelin, entre lesquels Gênes était partagée « comme toutes les villes d'Italie généralement (2),

(1) Le 2 août, joar de Saint-Étienne. C’est pour cette raison que Cosme institua l’ordre de ce nom.

(2) Varoni.

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