GÈNES
elle avait encore des nobles et des bourgeois ; ces derniers se di-. visaient en citoyens et en plébéiens, et les citoyens, à leur tour, en marchands et en artisans. Toutes les familles, nobles ou roturières, qui avaient eu de }’importance dans les affaires de la cité, s'étaient associées, non par l'effet des liens du sang, mais par la communauté d'intérêts, en logis (alberghi), sous le nom de l’ane d'elles. Une partie du peuple favorisait les Adorni, une autre les Frégosi, gibelins, et aucun membre de la faction guelfe ne pouvait être nommé aux charges publiques; mais la servitude commune avait retrempé chez les opprimés le sentiment de fraternité, et assoupi les rivalités entre les factions fatiguées.
Douze réformatevrs furent chargés de donner au pays le gouvernement qui leur paraîtrait convenir le mieux ; ils établirent que toutes les anciennes familles propriétaires jouiraient de droits égaux à ceux des gibelins et des bourgeois, qui antérieurement s'étaient arrogé les emplois, et qu’elles constitueraient la noblesse dont les membres porteraient le nom de gentilshommes, titre que la vanité espagnole faisait alors paraître plus beau que celui de citoyen. De plus, chaque famille ayant six maisons ouvertes dans Gênes dut former un logis, noyau autour duquel se grouperaient les familles moins aïsées, tandis que les grandes associations des Adorni et des Frégosi, qui perpétuaient le souvenir des haines intestines, se dissoudraient. On eut soin d’ailleurs de mélanger dans les logis les nobles et les bourgeois, les guelfes et les gibelins, afin que les races cessassent désormais de représenter les partis.
On forma de la sorte vingt-huit logis (1), dans lesquels furent choisis quatre cents sénateurs annuels , chargés de nommer aux autres charges. Le gouvernement se composa donc du doge, élu pour deux ans, de la seigneurie des huit et des huit procureurs de la commune pour l'administration intérieure; des syndics, au nombre de cinq, pour surveiller les affaires d’État ; d’un conseil de cent, dont le nombre fut porté ensuite au double, renouvelé tous les ans. Sur le refus d'André Doria, Oberto de Lazzaro Cattaneo fut élu doge,
Les inimitiés entre l’ancienne noblesse et la nouvelle, de même
(1) Savoir : Auria (Doria), Calvi, Cattani, Centurioni, Cybo, Cicada , Fieschi, Franchi, Fornari, Gentili, Grimaldi, Grilli, Giustiniani, Imperiali, Interiani, Lercari, Lomellini, Marini, Negri, Negroni, Palavicini, Pinelli, Pro-
montori, Spinola , Salvaghi, Sauli, Vivaldi, Usodimare.
qu'entre ces deux classes et: le peuple, exclu des emplois publics, s’étant:ensuite ravivées, les noms des logis furent abolis, et chaque: famille reprit célui qu’elle portait anciennement.
Dans cette constitution, aucune: part n'était assignée ni au menu peuple de:la-ville, ni à celui de la campagne, sauf le cas. où le mérite et la richesse ouvraient à quelques-uns les portes des logis; mais, quoique l'aristocratie se fût consolidée dans Gênes, le peuple ne resta jamais entièrement effacé comme à Venise: c’est pour cela que cette république vieillit moins, et put, deux cents ans plus tard, manifester son horreur pour cette servitude à laquelle l'Italie s'était habituée. Les haines entre les: nobles et les bourgeois ne restèrent pas éteintes malgré cette réforme:(t): Bien qu’André Doria eût refusé la principauté, il conservait dans sa patrie cette suprématie que lui donnaient ses bienfaitsietses grandes qualités. Ilavait à lui des vaisseaux dans le port, et ses vaisseaux comme son palais étaient gardés par des soldats. 11 n’abusa point de ces prérogatives ; mais on craignait
(1) Hubert Folietta révèle, dans un discours rédigé pour sa défense, les dis. cordes intestines et l’arrogance des aristocrates ( Anecdota, Uberti Folietæ, Gênes, 1838 : « Sed quid ego, ut.sanguinem misceant, loquor, cum nobiles ab « ipsa popularium consuetudine abhorreant, se seque ab eorum aditu, con- « gressu, sermone sejungant, illosque devitent , perinde quasi illorum con- «tactu se polluere ac contagione contaminare formident? Quare, separata loca « et compita habent, in quæ utriusque corporis juventus conveniat, cum al- « teri alterius corporis homines excludant. Quin etiam, cum forum unum « esse, in quod omnes cives conveniant, necesse sit, ratione quadam assequuti « sunt, ut forum ipsum dividant, ac duo fora prope faciant : duæ enim sunt « porticus, in quas alteri ab alterius corporis hominibus separati conveniunt. « Eadem quoque distinctio in juventutis sodalitatibus servatur, quarum multas « nobiles instituerunt ; in quas neminem unquam ex popularibus acceperunt, « cum nonnulli, privauis necessitudinibus illis conjunéti, se admitti postulas- « sent, sed ad repulsæ injuriam, vérboruin quoque contumelias addiderunt, « eum sé degenerum sodalitate commaculäturos negarent. Jam vero, cum ad « animos hominum accendendos major sit contemptus, quam injuriarum irri- « tatio, dii immortales! quam despecti ab istis nostris nobilibus sumus, quam «illi a nobis abhorrent, quam nos auribus et animis respuunt, quam contemp- « tim de nobis loquuntur, in quanta convicia, linguæ intemperantia, prove- « huntur, cum nos degeneres et rusticanos, non modo Genuæ, sed in aliis « Civitatibus appellant, perinde quasi deorum genus, atque e cœlo delapsi ipsi « sint; exterosque, simul atque de aliquo ex nobis incidit sermo, etiamsi alia « res longe agatur, sedulo admoneant, hominenm illum degenerem et ex infima « plebe esse, nobilitateque sibi haudquaquam comparandum : neque sentiunt « se risui plerumque exteris esse, quos non pudeat fœnus ac sordidiores quæ- «stus exercentes, nobilitatis nomine : quam comprimere deberent, se commen- « dure, haud ullam animæ nobilitatis mentionem facere. »
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