‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 56 sur 146 · PAUL IV · texte numérisé non relu

PAUL IV

porté au pontificat. Lorsqu'on demanda au nouveau pape, qui jusqu'alors s'était montré simple et d’une piété austère, comment il voulait être traité : En grand prince, répondit-il. Après son couronnement , qui fut d’une extrême splendeur, ilse montra somptueux en toutes choses, et plus temporel qu'il ne convenait à sa dignité.

Ïl disait que Charles-Quint voulait le tuer de fièvre morale, mais qu’il saurait lui donner de l'occupation, et qu’il délivrerait la pauvre Italie ; il la comparait à un instrument dont les quatre cordes étaient Naples, Milan, Venise et l’État de l'Église : Malheureuses, disait-il, les âmes d’Alphonse d'Aragon et de Ludovic le More, qui furent les premiers à gâter ce noble instrument de l'Italie! Navagero, auquel il s’adressait, ajoute : « Jamais il ne parlait de Sa Majesté (Charles-Quint ) et de la « nation espagnole sans les traiter d'hérétiques, de schismatiques a et de maudits de Dieu, de race de Juifs et de Maures, de « lie du monde, en déplorant la misère de l’Italie , contrainte « de servir une nation si abjecte et si vile. »

Ce pape soupçonnait sans cesse l’empereur de vouloir attenter à ses jours. À l’instigation de ses neveux, qui espéraient profiter des troubles, et de monseigneur della Casa, son secrétaire, qui désirait voir l’affranchissement de la Toscane, sa patrie, il dépouilla les feudataires romains, et conclut une alliance avec le roi de France ; il avait formé le projet de frapper les Espagnols de déchéance et de transférer à Henri IT ou bien à lui-même le royaume de Naples et le Milanais. A ceteffet, il traita, dit-on, avec les Turcs pour qu'ils attaquassent les marines toscane et napolitaine , et avec le marquis de Brandebourg, luthérien, pour assaillir l’empereur en Allemagne; tous les moyens lui semblaient légitimes pour atteindre son but.

L’appui des autres seigneurs eût été nécessaire au pape pour réaliser son magnanime dessein de délivrer l'Italie : mais la Savoie, obstinée dans sa lutte contre la France, était contrainte de s'appuyer sur l’empereur; les agrandissements du pape faisaient ombrage à Venise ; Cosme craignait de voir les Caraffa obtenir Sienne, objet de leur ambition ; Octave Farnèse, oubliant l’assassinat de son pèreet l’usurpation de la moitié de ses domaines, s'était réconcilié avec les Impériaux, et les servait avec zèle ; les neveux même du pape, qui avaient toute sa confiance, capricieux, arrogants, lui suggéraient des résolutions inopportunes et de misérabies expédients.

Bataille de saint uenun

40 août.

Paul IV, néanmoins, organisa une sainte ligue, à la tête de laquelle fut placé Pierre Strozzi, qui l’enflammait de ses haines implacables.

A'ce moment, s'offrit aux regards charmés des protestants d'Allemagne le spectacle nouveau d’un pape en guerre avec l’empereur et le roi catholique, et la perspective d’un nouveau sac de Rome par l'armée de ces princes, sous les ordres du duc d’Albe; ce qui n'eût pas manqué d'arriver si les Français ne fussent accourus à temps.

Cependant François de Lorraine, due de Guise, qui les commandait, ne fut pas secondé; bientôt même on le rappela pour l'envoyer en hâte, avec l'élite de la noblesse française, du côté des Pays-Bas, où douze mille Anglais s'étaient réunis à l'armée espagnole, commandée par le comte d'Egmont et par Emmanuel-Philibert de Savoie, gouverneur de ces provinces. Il se livra sous les murs de Saint-Quentin une bataille mémorable, où les Français furent mis en pleine déroute ;cette défaite jeta dans Paris une extrême épouvante (1). A la nouvelle de cette victoire, Charles-Quint, qui avait abdiqué en faveur de Philippe II, son fils, pour se renfermer dans un monastère, demanda : Mon fils a-t-il poursuivi sa victoire jusqu'aux portes de Paris ? Lorsqu’on lui eut dit que non, il poussa un soupir, etreprit: À mon âge et avec pareille fortune, je ne me serais pas arrété à moitié chemin.

Philippe IL, au contraire, s’obstina au siége de Saint-Quentin, tandis que Henri IT s'occupait de réunir de nouvelles forces. En moins de trois semaines, le duc de Guise, aidé par des intelligences secrètes, par l'hiver, par la négligence de l'ennemi et la vaillance de Strozzi, s’empara de Calais, et délivra le continent des insulaires qui s’y maintenaient depuis deux cents ans. Ces événements avaient influé d’une manière fâcheuse sur les affaires de l'Italie, et le pape, abandonné à lui-même, dut se résigner à traiter.

Le duc d’Albe, « qui n’avait pas encore appris à connaître

(t) « J'ai entendu, au sujet de cette bataille, de la bouche de son excellence, ces paroles, presque mot pour mot, savoir : que le résultat de cette journée n'était pas dû à beaucoup de valeur de la part de son armée, puisque le résultat aurait été le même si les hommes d’armes eussent été autant de demoiselles ainsi que sa cavalerie ; n’ayant eu autre chose à faire qu’à poureuivre les fauyards, à tuer et à faire des prisonniers, tant ces gens de France étaient pris de frayeur, » Rapport de Boldu, ambass. vénitien.

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