ROYAUMES MUSULMANS. — S0LIMAN
L'Autriche et la France, à cause de leurs guerres, furent sur le point de livrer aux Turcs l'Allemagne et l'Italie (1). Le fanatisme guerrier de ce peuple avait rajeuni l'esprit arabe, et les troupes féodales étaient peu en état de résister à ses guerriers disciplinés, aux janissaires, aux mameluks et à la cavalerie persane. Heureusement pour !la chrétienté, les Persans étaient en proie aux discordes politiques et religieuses, et, par rivalité de sectes, ayaient conçu une haine mortelle contre les Ottomans. Les mameluks circassiens, que saint Louis avait vus maitres des rives du Nil, et qui, sous Bibars, s'étaient étendus jusqu’en Syrie, pour être ensuite humiliés par Tamerlen, se régirent pendant deux siècles et demi à l’aide d’un système que l’on ne connaît pas bien, mais qui constituait un despotisme militaire; pour suffire à ces guerres continuelles , l'empire ottoman ne pouvait donc obtenir du secours de ce côté. Toutefois il assaillit le royaume de Naples, et « menaça d'envoyer Venise consommer son maria;;e au fond de la mer; » mais, comme il visait plutôt à étendre ses conquêtes qu'à extirper le ek:ristianisme, on conclut souvent des traités, et la politique du divan marcha de concert avec la politique de noscabinets.
Mahomet II, dans les vingt-huit années qui suivirent la prise de la Mère de l’univers, comme les Turcs appellent Constaniinople, assujettit, en Europe, l’Achaïe, la Morée, l’Épire, l’Acarnanie, la Servie, la Valachie, la Bosni: :t Négrepont; en Asie, Kastermouni, dernier État seljoucide, l'empire de Trébizonde et les possessions qui restaient aux Génois dans l’Asie Mineure
(1) François Veltore écrivait à Machiavel, en juin 1513 : « Mais, mon cher compère, nous allons baguenaudant parmi les chrétiens, et laissons de côté le Turc, qui pourrait bien, tandis que ces princes négocient leurs traités, faire quelque chose dont peu de gens se préoccupent. 11 faut que ce soit un homme de guerre et un capitaine par excellence. On voit qu'il s’est proposé pour but de régner ; la fortune lui est favorable, il a des soldats toujours prêts, beau:oup d'argent, un pays très-grand ; aucun obstacle ne le gêne, il est allié avec le Tartare; je ne m'étonnerais donc pas qu'avant qu’un an se soit écoulé, il eût donné une grande bastonnade à notre Italie, et mis en déroute ces prêtres ; je n’en veux pas dire plus long sur ce sujet, pour le moment. »
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