ÉGLISE GRECQUE
et sur la mer Noire, possessions qui furent assurées à la Porte, après la prise de Kilia et d'Akerman de Moldavie par Bajazet. Conserver les conquêtes était un devoir; c’est pourquoi le grand visir Ibrahim disait au Hongrois Laszki : Notre loi veut que tout lieu où a reposé la tête de notre mattre , où est seulement entré son cheval, appartienne éternellement à son domaine. Ce n'est pas la couronne qui donne le royaume ; ce n'est ni l'or ni les pierreries, mais le fer; le fer assure l'obéissance; ce que l'épée acquiert, l'épée doit leconserver.
Mahomet ne voulut pas seulement faire des conquêtes , mais encore organiser l'empire ottoman. Aux termes de la capitulation, il respecta l'Église grecque (1) , c'est-à-dire ses patriarches, ses métropolitains, ses archevêques, évêques, prêtres et clercs, et le droit d’élire et d'ordonnér ses membres; mais les dignitaires durent obtenir à un haut prix le bérat du Grand Seigneur, lettres patentes où étaient énumérés les droits et les obligations de l'impétrant, comme aussi les émoluments qu'il pouvait exiger des Grecs. Le sultan donnait l'investiture au patriarche de Constantinople en lui remettant le diplôme, le pastoral, le chapeau violet, la cape noire, le manteau, la soutane à fleurs et un cheval blanc; mais les élections pouvaient-elles être libres et les cauons respectés, là où la volonté du souverain est la loi unique? La nomination s’obtenait moyennant une forte somme, etle moindre mécontentement attirait au titulaire l'exil ou la décapitation.
Le patriarche œcuménique, comme on appelait celui de Constantinople, présidait le saint synode permanent qui résidait dans cette ville, et dont faisaient partie, outre dix ou douze évêques des métropoles les plus voisines, le grand logothète ou carmerlingue séculier, ainsi que les archontes, c’est-à-dire les Grecs revêtus de hautes dignités par le gouvernement. Le synode, tribunal suprême du clergé, recevait l'appel des jugements des évèques, élisait et même déposait le patriarche, nommait aux autres dignités, et répartissait les impôts ecclésiastiques ; mais il fallait le bérat du sultan pour donner forces à ses décisions.
Au patriarche, en général, appartenait le soin de protéger les Grecs près de la Sublime Porte; en outre, il avait la juridic-
(1) C’est ce qu’affirme positivement Franza, liv. ILL, 11 : KeXeüoaç {vx müvtes Ooot èx Tic môdEUS Épuyov, à Tov pébov Toù moképou, Éxaotos «Ty ÊTttpéÿn es Tôv olxov abtob, 66 nai npôrepov fv Opoiws rpostaéas Îva Tounowor xoÙ Tatpiépynv, de oÜvnbEs Av karTa Tv Tébiv aûTov nv yap Toourobavv à TATEUAPYNC.
tion civile sur tous ceux qui résidaient dans son diocèse ; avec un tribunal composé de juges choisis parmi le clergé séculier, il statuait sur les cas criminels, ecclésiastiques et mixtes relatifs aux Grecset aux Arméniens. Il pouvait condamner à la prison et aux galères sans que le souverain eût besoin de confirmer la sentence ou püôt faire grâce, à moins que le coupable n’embrassût l'islamisme. À chaque instant il fallait employer les revenus considérables de l'Église à satisfaire aux demandes des Turcs.
Les évêques, archevêques et métropolitains avaient le gouvernement ecclésiastique de leur diocèse respectif, la surveillance de l’enseignement, avec certains biens et différentes taxes sur les dispenses matrimoniales et autres éventualités. La caisse commune du patriarcat (c'est ainsi qu'on appelle une espèce de banque où les Grecs et même les Turcs mettent leurs fonds en dépôt ) fait don au fisc de vingt-cinq mille piastres par an ; moyennant cette somme , le haut clergé est exempt de la capitation imposée à tous les sujets du Grand Seigneur.
Le clergé séculier continua d’être divisé en deux penda ou classes, Dans la première sont le grand logothète ou archi-chancelier du trône patriarcal, le scevophylax ou gardien du mobilier sacré, le cartophylax ou archiviste, le grand ecclésiarque et le grand orateur. Dans l’autre penda se trouvent le grand économe , le protonotaire, etc. Des prêtres de ces deux classes sortent les familles phanariotes, c'est-à-dire habitant près du phare, à Constantinople, élite du pays qui conserve la langue et
les lettres. so Au temps de la conquête, le siége archiépiscopal de Brousse ca était occupé par Joachim, du rite arménien ; Mahomet, l'ayant m 6. appelé à Constantinople avec quelques familles, lui donna le dl titre de patriarche et de chef hiérarchique, et le nomma son lieutenant pour les choses politiques relatives aux Arméniens de la n Grèce et de l’Anatolie, auxquels il avait accordé le libre exer- n cice de leur culte. Quelle devait être la condition des chrétiens ! qu'il suffise de savoir qu'en 1519, sous Sélim I°", en 1639 , sous p Mourad 1V, puis à la fin du siècle passé, on discuta dans le divan c si le parti le plus sûr ne serait pas de les exterminer tous. ‘ n ‘Armatoles. Les conquérants de l’Acarnanie, de l’Epire et de l’Albanie, fl pour retenir dans la sujétion leurs populations redoutables sur a leurs montagnes, avaient été forcés de leur accorder des privi- P léges. Le mont Agrafa (1) obtint le premier un capitaine et des û
(1) JAGOv any Rizo Nerouros, Hist. moderne de la Grèce.
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