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Après le sanguinaire Sélim, Soliman ceignit le cimeterre : la même année que Charles-Quint fut sacré empereur; vaillant, généreux, entreprenant, il porta l'empire à son apogée. Véritable héros turo, il se confiait aux grands virirs , et les faisait ensuite égorger. Il donna la mort à dix princes du sang, et il n’y eut pas d'homme ‘puissant dans ses États qui ne finit par le lacet. Il entreprit trei:3 expéditions, à l’aide desquelles il étendit les confins de l’empire à l'orient jusqu'au Wan , à l'occident jusqu’à Gran, au midi jusqu’à la Nubie; il fit flotter l'étendard aux queues de cheval à Diu et à Vienne, à Marseille et à Rome; Rhodes et Belgrade formèrent ses frontières. Les Commentaires de César étaient sa lecture habituelle; il enrichit son pays de li- : vres et de chefs-d’œuvre d'art, et donna une bonne organisation aux ulémas. D'un caractère très-actif, bouillant, religieux, il avait en horreur les schiytes et les juifs; comme on lui conseillait de persécuter les chrétiens, il se contenta de montrer un jardin embelli par la variété des arbres et des fleurs.
Un Grec enlevé à Parga, sa'pat'ie, par des corsaires, et vendu à une veuve des environs de Magnésie, avait été élevé par elle dans l’islamisme sous le nom d'Ibrahim. Appelé au service de Soliman, dont il était chargé de tailler les ongles, il en parfumait les rognures avec des eaux de senteur et les conservait avec vénération, comme des reliques. D’autres fois , au contraire , il grondait son maître et le rudoyait. Grâce à ces alternatives de brusqueries et d’adulations, il gagna si bien sa faveur que Soliman le nomma grand vizir, et beglerbeg de Romélie; il créa même pour luila nouvelle dignité de séraskier ou généralissime, avec soixante-dix mille ducats de traitement , ordonnant d'obéir à Ibrahim conme à lui-même. Il épousa même une sœur de son favori ; enfin leurs rapports n’étaient pas ceux d’esclave à maitre ni de roi à ministre, mais de frère à frère.
Les Hongrois ayant maltraité l'ambassadeur qui était venu leur demander le tribut, Soliman s’avança contre Louis II, roi de Hongrie, encore enfant, avec unearmée nombreuse, et trentetrois mille.chameaux chargés de munitions et de vivres; il assiégea Belgrade en personne, et, avec l’aide d’un artilleur fran-
fantassin, 4. Pour tous les corps d'armée, on dépensera huit millions at demi d’or, et, d’après le calcul indiqué ci-dessus, on en retire douze, sans compter les ornements et les trésors des églises.
On peut puiser d'autres renseignements dans Rosco, Vie de Léon X, vol. XVII, édition de Milan.
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SOLINAN, 231
çais, il prit ce boulevard de la chrétienté, renvoya les habitants hongrois sur la rive droite du Danube, et transporta eeux de nation bulgare à Constantinople. L'Europe, qui déjà le voyait en Allemagne, s'en svouvanta au milieu de ses divisions; mais le sultan suspendit ses coups pour le moment, afin d’assaillir d’abord l'île de Bhodes avec trois cents voiles et cent mille hommes de dé-
barquement ; il jugeait cette acquisition nécessaire pour établir :
un point de communication entre Constantinople et l'Égypte. Les buit langues de l'Ordre se partagèrent la défense des bas-
tions sous le grand maître Villiers dé l’Ile-Adam. Candie ex-
pédia ginq cents hommes avec Martinengo, habile ingénieur, qui dirigea la défense; mais on rapporte qu’André d’Amaral, chancelier de l'Ordre, et compétiteur de Villiers, après avoir, par vengeance, excité les Turcs à cette expédition, les aida dans leurs attaques. Les Turcs qui n'avaient pas moins de cent canons, dont douze Jançaient des boulets de onze à douze palmes de circonférence, renouvelaient sans cesse leurs sanglants assauts; les chevaliers.combattaient en héros ; les femmes apportaient des rafraichissements, de la terre pour combler les brèches, des pierres pour jeter sur l'ennemi (1), Plus de cent mille Tures avaient péri, lorsque Soliman accepta la capitulation, et laissa sortir le grand maître avec cinq mille personnes.
L'Ordre était sans asile lorsque Charles-Quint lui accorda les Îles de Malte, de Gozzo et de Comino, roches arides qui ne pourraient faire vivre leurs habitants, si la Sicile n’y envoyait du froment et de la neige; on dit alors qu’elles ne valaient pas le parchemin sur lequel on avait écrit la donation ; mais l’empereur y trouvait le moyen de mettre à couvert Naples et la Sicile. Villiers de l’Ile-Adam mourut dans cette nouvelle rési-
dence de l'Ordre qu'il avait illustré, et l’on inscrivit sur son
tombeau : Zei repose la vertu victorieuse et la fortune. ‘Soliman, qui avait voulu le voir et lui adresser des paroles de
(1) Voy. JACQUES, BATARD DE BourBon, La grande et merveilleuse et trèscruelle oppugnation de la noble cité de Rhodes, 1526 ; — JaAc. FONTANI, de. Bello Rhodio : témoins oculaires. Le dernier, qui était ingénieur, raconte qu'une femme grecque, ayant vu tomber son amant sur le bastion anglais, accourut avec ses deux enfants dans les bras, et les jeta dans Les flammes, après avoir fail sur eux le signe de la croix, en disant : 14 sont trop bien nés pour tomber vivants ou morts entre les mains des chiens. Puis, prenant le manteau et l'épée de son amant, elle se précipita dans la mêlée, en frappant aufaur d’elle avec furie avant de succomber.
Prise d
Rhodes
Bataille de Mohacz.
Août 1596.
consolation, dit en entrant dans le palais qu'il venait de quitter : Je regrette d'obliyer ce chrétien, à son dge, de sortir de sa demeure. Au mépris des conventions, il fit décapiter en sa présence, avec ses deux fils, un fils de Djem qu'il avait trouvé dans l'île; la capitulation ne fut pas respectée davantage par les janissaires, qui profanèrent les églises et les images sacrées.
Soliman, se dirigeant alors vers le Danube avec cent mille hommes et trois cents pièces de canon, vint établir son camp à Mobacz. Après la mort de Mathias Corvin, Ladislas II de Bohême, de la famille des Jagellons, l'avait emporté sur ses compétiteurs ; mou et méprisé, quoique turbulent, dans la Bohème et la Hongrie, qu'il réunit sous le même sceptre, il reperdit ce que son prédécesseur avait enlevé à l'Autriche. Les Hongrois auraient pu profiter des discordes qui éclatèrent sous Sélim I°", si leurs finances ne s'étaient pas trouvées entièrement épuisées, et si la célèbre infanterie de Corvin n’a vait cessé d’exister. Quand Léon X eut proclamé la croisade contre les Turcs, soixante-dix mille paysans abandonnèrent leurs champs et leurs vignes pour se mettre en marche, guidés par George Doza et par Ambroise Shbares de Pesth. Entrainés par les propriétaires, qui se plaignaient de voir les terres laissées en friche , les croisés attaquèrent les paysans avec fureur; mais l’armée hongroise, commandée par Jean Zapoly, fils d’Étienne, extermina les croisés. Dozsa , qui avait pris le titre de roi, fut placé, avec une couronne et un sceptre rougis au feu, sur un trône embrasé, où les flammes consumèrent son corps; ses adhérents, dont quinze jours de jeûne avaient aiguisé la faim durent se repaître de ses chairs. Le reste des prisonniers fut abandonné à la fureur des Zingaris; quarante mille hommes périrent en quelques semaines.
Afin de calmer les factions, Ladislas promulgua le recueil de lois d'Étienne; Werbôez, intitulé Opus éripartitum ; mais l'effet ne répondit pas à son attente. Sous le faible Louis II, qui lui succéda, les factions se ranimèrent; elles avaient pour chefs Étienne Werbôez et Jean Zapoly, vayvode de Transylvanie, riche, puissant et ambitieux. Au milieu de ces partis, le roi, qui s'était rendu les états hostiles, ne put réunir que trente mille hommes, tandis que la diète germanique discutait avec lenteur sur l'urgence du péril.
La victoire de Soliman fut complète. Vingt-quatre mille Hongrois périrent à la journée de Mohacz; parmi les morts on
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compta deux archevêques, cinq évêques et cinq cents magnats ; quatre mille prisonniers furent massacrés, et le roi Louis se noya dans sa fuite.
Soliman marcha sur Bude, qu'il livra aux flammes ; puis il gagna Pesth, et ravagea le pays jusqu'à Raab. Arrêté dans sa course victorieuse par les commotions de l’Asie, il prit le chemin de ses États, après avoir tué, en deux mois, cent mille Hongrois, sentinelles avancées de la chrétienté, dont l'énergie était paralysée par les ambitions privées.
Aucun prince de la famille des Jagellons ne survivant à Louis IT, l'archiduc Ferdinand d'Autriche se présenta pour lui succéder à la couronne de Bohême et à celle de Hongrie. Le premier de ces royaumes le reconnut pour souverain; mais Jean Zapoly, dont le courage veillait à la défense du territoire, se fit proclamer dans l’autre. Ferdinand vint l’attaquer, le battit et le déclara traître. Alors Zapoly eut recours à Soliman, et reconnut tenir de lui la Hongrie. Le monarque ottoman, convaincu qu'il ne pouvait envahir l’Europe que sur le cadavre des Madgyars, ambitionnait la conquête de ce pays; il fit donc marcher cent cinquante mille hommes contre le prince autrichien, qui s'était plus occupé de ses acquisitions que des moyens de défense, Il prit Bude, Strigonie , et investit Vienne, Ne pouvant l’assiéger faute de grosse artillerie, il lui donna vingt fois l'assaut ; mais il fut toujours repoussé par la garnison ; enfin, soit trahison du bacha, soit disette de vivres, son armée battit en retraite, laissant lé pays dévasté au loin. La délivrance de Vienne fut fétée avec d'autant plus d'enthousiasme qu’elle était plus inattendue. Les cloches, restées muettes tant qu'avait duré le siége , l'artillerie des bastions et la musique des tours annoncèrent l’heureuse délivrance.
Soliman conféra la couronne angélique à Zapoly , et conduisit à Constantinople soixante mille esclaves , après avoir laissé garnison à Bude, comme gage de son retour. En effet, tandis que la Hongrie était déchirée par la guerre civile des deux compétiteurs, et bouleversée par les troubles nés de la réforme, Soliman reparut à la tête detrois cent mille guerriers pour effacer l'affront qu’il avait subi devant Vienne. La résistance que lui opposa à Güns Nicolas Jourise parut si prodigieuse' qu’elle fut attribuée à un miracle; Soliman lui-même voulut le voir et déclara qu'il renoncait à continuer le siége. Jourise pria Soliman de lui donner des hommes pour réparer la brèche, dont la largeur était
telle que trois cent cinquante personnes ne suffisaient pas pour la couvrir ; les Turcs y montèrent musique en tête , les bannières déployées, et remirent la forteresse à son héroïque commandant.
Soliman s’avança alors sur l'Autriche pour chercher cet ar-chidue qui fuyait lâchement devant lui; il dévasta ce pays ainsi que la Styrie, et emmena trente mille captifs. Charles-Quint, afin d'opérer une diversion, avait envoyé en Orient André Doria, qui occupa Coron et Patras, et menaça Constantinople. Cette attaque et les affaires de Perse, qui réclamaient promptement sa présence, décidèrent Soliman à regagner Belgrade, puis Constantinople, et à entamer des négociations. Vienne vit pour la première fois un envoyé de la Porte; Ferdinand dut abaisser son orgueil, adopter comme père Solimar, comme frère et protecteur Ibrahim son favori, et s'excuser d’avoir, en attaquant la Hongrie, offensé par igoorance le monarque ottoman ; après cet acte de soumission, Soliman accorda une paix perpétuelle à son fils repentant,
Le Vénitien Louis Gritti, l’un de ceux qui faisaient trafic de leur courage, envoyé par Soliman à Jean Zapoly, commit des actes arbitraires,et décapita même le gouverneur de Transylvanie pendant qu'il était endormi. Les amis de la victime s’insurgèrent et firent subir à Griti le même supplice. Soliman, alors occupé en Perse, ne cessait de demander satisfaction de ce meurtre; en outre, les gouverneurs turcs ne se croyaient pas obligés, par la paix qui avait été conclue, de renoncer à piller Jeurs voisins, ce qui amenait des représailles sanglantes. Ferdinand s’en plaignit. Soliman réerimina, et l’épée dut vider la querelle. Zapoly, en mourapt, avait recommandé son fils au berceau, Jean Sigismond, non pas ayx Autrichiens ses rivaux, mais au Grand Seigneur ; celui-ci, en qualité de tuteur du jeune prince, occupa Bude, et convertit l’église en mosquée, avec promesse de la rendre à sa première destination à l’époque de la majorité du roi; puis il retourna à Censtantinople.
Ferdinand, qui prétendait toujours à cette couronne, sollicita les secours de la diète germanique ; mais les dissensions religieuses ne faisaient qu'ajouter aux lenteurs habituelles de cette assemblée. On réunit cependant un corps d'Allemands , de Hongrois et d’Italiens, qui, sous les ordres d'Alexandre Vitelli, entra dans la Hongrie, dont l’administration était confiée à Martinuzzi, évêque dû Grand- Waradin ; mais cette troupe fut si maltraitée sous les murs de Pesth qu’elle ne put tenir la campagne.
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