‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 64 sur 146 · ALGER. BARBEROUSSE · texte numérisé non relu

ALGER. BARBEROUSSE

Soliman n'avait pas interrompu sa guerre contre Charles- Quint ; comme roi d’Espagne, il le tenait pour son égal, mais il refusa de le comprendre dans le traité de paix, parce qu'il s'intitulait empereur. Il conclut avec François 1°" un traité de commerce, et lui proposa de former une ligue contre Charles-Quint à l’effet d'en vahir le royaume de Naples; mais Venise ne voulut pas y consentir.

Les deux frères Aroudj et Khaïreddin Barberousse, redoutables pirates de Lesbos, s'étaient mis au service du sultan afside de Tunis. Le premier périt, après s'être rendu la terreur des côtes d'Europe et d'Afrique ; le second, après avoir tué le sultan d'Alger, s’empara de son royaume et de celui de Tlemeen, qu'il tint comme vassal de l'empire ottoman. Il se mit alors à faire la course sur une grande échelle, et toutes les côtes eurent à souffrir de ses pirateries, à l'exception de celle de France, garanties par Solimap. De l’Andalousie qu'il avait attaquée, il ramena soixantedix mille individus d’origine mauresque, qui fuyaient l'intolérance espagnole. Soliman le crut seul capable de tenir tête à André Doria , le célèbre amiral, A Ja tête de quatre-vingt-quatre vaisseaux, dont dix-huit lui appartenaient, il dévasta le royaume de Naples, et surprit de nuit Fondi; puis, ayant débarqué à Tunis avec quatre-vingt mille janissaires que lui avait donnés Soliman , il déposa Mouley-Hassan, 22° sultan afside, et soumit ce pays à la suzeraineté de la Porte. ,

Le sultan détrôné se réfugia auprès de Charles-Quint, et ses sollicilætions, jointes à celles des chevaliers de Malte, qui persuadèrent que les projets de ce cardinal Ximénès envers lequel il s'était montré si ingrat n'étaient pas sans utilité réelle; qu'il importait à la grandeur de l'Espagne non moins qu'à sa sécurité, que son autorité fut rétablie sur les côtes d'Afrique afin de détruire la piraterie.

Alger, pays qui acquiert aujourd’hui tant d'importance, avait vu se succéder diverses dynasties arabes. Les Aglabites dominaient dans la partie orientale, et les Rostamites , au couchant. Les Fatimites vainquirent d’abord ces derniers ; puis ils se divisèrent ; les Ouaédites établirent à !:sest le royaume de Tlemcen, les Amadites celui de Bougie, à l’est, et les Zéinites occupèrent entre eux l’Aschir, où se trouvait Alger. Les Almohades absorbèrent ces divisions ; mais bientôt ils se fractionnèrent eux-mêmes en Zéinites à Tlemcen, et en Afsides à Bougie, qui, selon la chance des armes, possédèrent Alger tour à tour.

Alger.

Après leur expulsion de la péninsule ibérique, les Maures qui s'étaient réfugiés sur les côtes de l’ancienne Mauritanie se mirent à faire la course contre l'Espagne. Ferdinand le Catholique avait envoyé plusieurs fois des forces contre eux; en 1510, les Espagnols, s'étant emparés de la côte voisine d'Alger, y avaient bâti un fort redoutable dit Peñon d'Espagne, qui assurait leur domination en fermant ce port aux pirates. Après la mort de Ferdinand, les Algériens réclamèrent le secours de Sé'im Eutémi, scheik arabe de grand renom, qui assaillit le Peñon avec l’aide de Barberousse , et s’en empara ; maisil en fut dépossédé lui-meme par son redoutable auxiliaire.

C'était contre Barberousse que Charles-Quint dirigeait son attaque. La flotte, composée de cinq cents voiles et commandée par André Doria, se réunit à Cagliari ; elle portait trente mille hommes des vieilles bandes espagnoles , sous les ordres d’Alphonse

d’Avalos, marquis de Guast, et l’empereur lui-même était à bord.

On prétendit généralement que Charles entreprenait cette expédition contre Barberousse, pour ne pas être obligé de combattre Soliman en Hongrie; aussi disait-on que jamais on n'’avait vu un prince fuir l'ennemi avec autant d'appareil (1).

(1) Pauz Jove, l. XL. Grégoire Léti accuse aussi Charles-Quint d’avoir fui devant Soliman, en gagnant l'Italie par la route la plus courte. Ce fait est attesté par un beau document inséré dans les Journaux manuscrits de Marin Sanuto, Nous le rapporteronsici, comme preuve de l’insubordination des troupes à cette époque. *

« Elles ne voulaient pas (les bandes italiennes) aller en Hongrie pour y mourir de faim. En conséquence, le seigneur marquis du Guast voulant en finir, et avoir l'opinion de ces infanteries italiennes, après lesavoir toutes remises à leurs colonels, demanda, en passant au milieu de leurs rangs, qui voulait rester pour la Hongrie, et qui retourner en Italie? Alors un maraud sans chaussure et déguenillé commença à répondre : Zéalia, [talia! andar, andare ! (Italie, Italie ! s’en aller, s’en aller!) En un moment donc, comme il arrive d'ordinaire dans les guerres et les camps , le désir de revoir la patrie, les mauvais payements , la disette de vivres, la crainte de mourir en Hongrie et de ne plus pouvoir revenir en Italie, la mauvaise disposition des gens d’outremonts, hostiles aux Italiens, furent cause que tous les Italiens répétèrent à grands cris : Ztalia, Italia! andar, andare! 1\s partirent ainsi en rang en dépit de l’empereur, du marquis de Guast et de leurs chefs, que les arquebuses intimidèrent et mirent en émoi plusieurs fois ; ils tuèrent, en effet, trois de leurs colonels, qu’ils remplacèrent par trois autres nouveaux chefs. Ils vinrent sous leurs ordres au-devant de l’empereur, faisant en un jour six lieues, qui sont soixante milles. Arrivés ainsi en bon ordre jusqu’à la Chiusa, comme ils ne trouvaient pas de vivres, et qu’on voulait les retenir, ils se mirent à

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