BARBEROUSSE
Barb erousse avait savamment fortifié Tunis et le port de la Goulette, où s’abritaient les pirates, et duquel ils s’élançaient pour écumer la Méditerranée et ravager les côtes: IL s’y trouvait alors dix-huit galères avoc cent bouches à feu ; vingt mille cavaliers maures et une infanterie innombrable couvraient la ville du côté de la terre. L'entreprise fut heureuse pour les Impériaux : ils s’emparèrent du port, de l'arsenal et des vaisseaux de Barberausse, qui sortit de la place avec cinquante mille hommes. Avant de partir, il voulait massacrer dix mille chrétiens qui se trouvaient dans Tunis; mais, détourné de ce projet par ses officiers, il eut à se repentir d’avoir écouté une fois la pitié. En effet, ces captifs s’insurgèrent, brisèrent leurs fers, et tournèrent contre lui les canons de la citadelle ; pris entre deux feux, il essuya une déroute complète, et s'enfuit à Bone, tandis que les Impériaux pénétraient dans Tunis, égorgeaient trente mille personnes et faisaient dix mille esclaves.
Mouley-Hassan, rétabli sur le trône, se reconnut vassal de l'Espagne, délivra tous les chrétiens qui étaient esclaves dans ses États, et livra les ports à l’empereur, auquel il paya douze mille ducats pour l'entretien des garnisons de la Goulette.
Alors tous les pirates se réfugièrent à Alger, d’où l’on jugea nécessaire de les expulser. Charles, maître d'Oran et de Tunis, montra, par le soin extrême qu’il apporta aux préparatifs de cette expédition, qu’il en appréciait la difficulté. Il appela des marins de l’Italie et de l'Espagne; Gênes, Naples et Venise lui expédièrent des galères. Vingt mille fantassins et deux mille
tuer, à saccager, à maltraiter les prêtres , à violer les femmes. Mais dans un endroit surtout, appelé Trévisana , quelques capitaines et gentilshommes qui marchaïient en avant ayant été tués, ils ont brûlé et fait le plus de mal qu’ils ont pu, tellement que je crains que cela n’ait renouvelé la haine et les inimitiés anciennes des ultramontnins contre les Italiens. Vilach, qui arriva à francétrier à travers des chemins affreux et à peine frayés, envoyé en diligence par l’empereur au capitaine Ponté, maître de camp impérial, pour les arrêter à cet endroit, soit par de bonnes paroles , soit par force, ne put rien obtenir en promettant de leur donner, de l’argent, et encore moins par force ; car ils mirent le feu au bourg par lequel ils devaient passer, et pendant trois jours de suite ils ne vécurent que de racines, jusqu’à ce qu’ils eussent atteint la Chiusa. Une fois arrivés sur notre territoire, y trouvant de bons préparatifs de vivres, et voyant qu'ils étaient compris, ils ont commencé à crier : Marco, Marco! Italia, Italia ! (Marc, Marc! Italie, Italie!), disant que, crussent-ils avoir un empire à gagner,rils ne retourneraient pas dans ce pays; qu'ils y manquaient d’argent et de vivres, et, quand ils demandaient du pain ou du vin, que tous leur répondaient : Nicht fruct, ete. »
93 juillet.
238 | QUINZAIÈKS ÉPOQUE.
homimés de cavalerie, Espagnols, Allemands, Italiens, la plupart vétérans, se réunirent en Sardaigne; dans le nombre étaient Fernand :Cortez avec ses trois fils, Pierre de Tolède, Ferrant Gonzague; Colonna, Spinola; le duc d’Albe, cent. chevaiiers de Malte accompagnés de mille soldats de l’ordre, et beaucoup de dames espagnoles. Cette armée, embarquée sur deux:cents vaisseaux de guerre et trois cents bâtiments de transport, mit à la votle au commencement d'octobre, malgré les :eonseils d'André Doria, qui représentait que là saison était défavorable. Le débarquement s’opéra dans la baie de Temendfust; mais biéntôt la pluietomba en telle abondance que le camp. semblait us lac. La tempête la plus horrible que Doria eût vue dans l'espace de cinquante années détruisit une partie dé sa flotte, et causa au reste de fôrtes avaries. L’empereur dut, pour se rembarquer; faire avee l’armée ; à travers mille dangers, trois lieues en trois jours sans vivres, et harcelé sans cesse par l’en nemi ; au retour, une nouvelle tempête dispersa les bâtiments qui, après les plus grands efforts, abordèrent les uns en Espagne, les autres en Italie. Charles-Quint lui-même eut grand’: peine à regagnki le continent sur un mauvais navire,
Venfse avait renouvelé avec Saliman les traités qui assuraient la liberté de son commerce, et la protection d’Ibrahim lui {fut toujours acquise. Cependant, de la rencontre fortuite dé: ces navires avec ceux des Turcs, il était ‘résulté, à l’occasion du salut et des signaux, des conflits d’abord , et puis quelques combats partiels. Bien que Venise eût envoyé faire des excuses et puni ceux qui avaient outre-passé leurs instructions, Soliman dirigea sur Corfou les troupes qu’il avait rassemblées pour attaquer Naples. Khaïreddin enleva plusieurs Îles appartenant à la république où à des Vénitiens; mais l'expédition échoua.
Charles-Quint manœuvra si bien qu'il fit entrer dans une ligue avec lui Venise et Paul III, dans le but de purger l’Europe des Turcs. De grands préparatifs furent faits alors; mais, quelles qu’en aient été les causes, l’amiral Doria ne profita point des occasions favorables pour battre Barberousse, et laissa les Vénitiens seuls à Corfou. Indignés de se voir trahis par Doria ou son maitre, les Vénitiens traitèrent avec la Porte, et obtinrent la paix moyennant trente mille ducats, plus la cession de Malvoisie et Napoli en Morée, de Nadinao et de Laurona sur les côtes de Dalmatie, de Scyros, Pathmos, Egine, Nio, Stampalia, Paros et Antiparos.
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