RAPHAEL
Léon X le chargea de la surveillance de toutes les antiquités , avec défense de tailler aucune pierre portant une inscription sans son consentement ; il eut ainsi l’occasion d'étudier davantage les restes de l’ancienne Rome, qu'il songeait à restaurer. Dès lors il déserta ses premières traditions, et produisit , dans l’histoire de Psyché, une véritable étude d'art païen. Tandis qu'autrefois il disait à Castiglione : Je me sers d'une certaine idée qui me vient dans l'esprit, il ne fit alors que copier; aussi la dignité manque souvent à la physionomie de ses femmes, tandis qu'il en imprime une si graude aux hommes qu’ils ont quelque chose de surhumain. |
Pressé par les commandes, il ébauchait les toiles ; puis, après les avoir fait colorier par Jules Romain, il leur donnait ce fini qu'on ne pouvait espérer de dépasser. Alors le même iableau était copié par des élèves de second ordre, et Raphaël donnait les dernières touches. Voilà pourquoi tant d'ouvrages lui sat attribués , et pourquoi la difficulté de reconnaitre les oriciruux soulève tant de discussions; mais quelle imagination, quélle promptitude d'exécution il fallait avoir, pour cone:vc ." et finir tant d: travaux! car il faut y ajouter de nombreu. poïtraits, des tableaux à l'huile de grande dimension, les fêtes à diriger, et les cartons à dessiner pour les tapis que l’on exécutait en Flandre.
Loin de se faire le détracteur de ses rivaux, il cherchait à profiter du mérite de chacun d’eux. Au lieu de s’offenser de l’exagération de Michel-Ange qui disait : Tow ce que Raphaël sait de peinture, c'est moi qui le lui ct enseigné, il se proclamait heureux d'être né du temps de Miche:-Ange. D’un naturel doux, de ma-nières aimables et gracieuses comme ses peintures, Raphaël ne laissa jamais apparaitre de ces bizarreries, de ces airs sauvages et distraits que les artistes a’‘ectent parfois comme indice de génie ; aussi se vit-il recherché + tous, et sa vie fut-elle une suite de triomphes ; toujours heureux, il eut même le bonheur de mourir avant l'heure des déceptions.
Une saignée, qui lui fut administrée lorsqu'il était épuisé par les plaisirs amoureux, le tit succomber à l'âge de trente-sept ans. Son tableau de la Transfiguration, qu’il s'occupait de terminer, accompagna ses restes ; ce fut la plus magnifique des oraisons funèbres du grand artiste, dont la perte arracha des larmes à tous les yeux.
Raphaël peut être inférieur à quelques peintres pour eertaines parties, mais aucun ne le surpasse dans l’ensemble de toutes