‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 72 sur 146 · JULES ROMAIN · texte numérisé non relu

JULES ROMAIN

laient les chefs-d’œuvre de l’art antique et de l’art moderne, avaient contribué à développer en lui un goût châtié, qui n'excluait ni l’imitation des anciens ni les hardiesses des modernes. Il plaça dans le tableau du Mariage un petit temple trèsvanté pour le style et la perspective. Le fond de l’École d’Athènes offrit une belle composition architectonique, A la mort du Bramante, il fut chargé d'achever la cour où se trouvent les loges du Vatican, galeries ouvertes qu'il éleva en trois étages, et sur lesquelles il peignit cinquante-deux faits sacrés, avec des arabesques dans le genre antique.

A Florence, le palais Uguccioni sur la place du Grand-Duec, et celui des Pandoifini dans la rue San-Gallo , furent construits sur ses dessins , d’un style pur et noble dans l’élévation et les ornements. 11 édifia pour Chigi, en face de la Farnesina de Peruzzi, un petit palais d’une extrême élégance; on admire surtout celui qui se trouve auprès de Saint-André della Valle.

Il fut nommé architecte de Saint-Pierre , et pouvait tout attendre d’un pareil choix ; mais il ne reste de son projet que le plan , simple, grandiose, harmonieux s’il en fut jamais.

11 dirigeait avec un intérêt affectueux les jeunes artistes ; aussi, lorsqu'il se rendait à la cour, marchait-il accompagné d’une cinquantaine de peintres distingués , ses élèves. Après sa mort et celle de Léon X, ils se répandirent dans toute l'Italie, et propagèrent le bon goût ; qu’auraient-ils fait à Rome sous le pontificat d’Adrien VI, étranger aux arts , au milieu de la peste et des Allemands, ou des éloges prodigués à Sébastien du Piombo?

Jean d'Udine, renommé pour les paysages, les fleurs, les vases

et les clairs-obseurs , surpassa tous ses modèles dans les arabesques dont il orna les loges du Vatican; François Penni, dit le Fattorino , alla raviver l’école napolitaine. Jules Pippi, célèbre sous le nom de Jules Romain, et dont l’histoire est ignorée, fut non-seulement grand peintre, mais encore architecte; Raphaël le chargeait d’exécuter ses plans à peine esquissés. C’est ainsi que nâquirent diverses maisons de plaisance de Rome, la villa Madame sur la pente du Monte-Mario , chef-d'œuvre d'élégance et de grâce, avec des décorations , les plus belles qui existent après celles des loges du Vatican. Plein de verve, quoiqu'il fût moins heureux que Raphaël dans l’exécution , et ne joignit pas le choix des idées à la fécondité, la correction à la rapidité, la popularité à la science, Jules Romain resta le chef de l’école

jusqu'au moment où le marœuis de Gonzague lui confia la diree-

Jules Romain.

tion des travaux de construction qu’il faisait exécuter à Mantoue,

Là le savant artiste maîtrisa par des digues solides le Pô et le Mincio, dessécha les parties basses de la ville , refit des routes entières, restaura les anciens édifices et en éleva de nouveaux. L'un des principaux est le palais du Té, bâtiment carré de cent quatre-vingts pieds sur chaque face, avec une immense cour à colonnes encaissées, construit et peint par le même maître , qui se plut à imiter l’antique, surtout dans les bas-reliefs en stuc. Dans la salle des Géants , la peinture fait tellement illusion que l’œil ne peut en reconnaître la forme architectonique. Dans toutes ses autres compositions historiques, il associa la poésie à la peinture, poésie paienne qui ne dédaignait pas de se prostituer aux

infamies de l’Arétin. Il refit la cathédrale de Mantoue à la ma- au

nière antique et d’un goût correct; dans la façade de Saint- Fran Pétrone à Bologne, il tint le milieu entre le style gothique et le <a ie style grec. ce pt Romain eut pour élève D. Jules Clovio, natif de Croatie, è see

d’un talent remarquable pour la miniature , mais qui fut surpassé pre par son élève, le père Félix Ramelli. Dans les livres de chœur ou su ”

de dévotion ,‘on trouve des miniatures d'artistes inconnus, d’une To

telle perfection qu’on peut désespérer de faire mieux; mais on

considérait ce genre de peinture comme de mauvais goût et des- be tiné seulement à faire gagner de l’argent, sans autre but que re d'obtenir la ressemblance. | der Périno, fils abandon‘ d’un des Français qui avaient suivi dbitd

Charles VIIT, fut placé d’abord chez un apothicaire; puis il épris entra dans l’atelier de Vaga, dont il prit lenom. Raphaël lui fit fau exécuter à fresque plusieurs de ses dessins; Doria l’accueillit se pe ensuite à Gênes, d’où il revint à Rome, travailla beaucoup, et dit

| conserva plus que les autres la manière du maître ; mais, quand ui le Titien vint dans cette ville, il craignit de se voir supplanté L : ki! par ce peintre , et mourut. rartil | 1408-1838, Polidore de Caravaggio se rendit à Rome pour y travailler et D a | comme manœuvre, au moment où Raphaël était à la ! .e des rable | . travaux de construction. Le grand artiste découvrit ses dispositions enté

et le forma à la peinture; s’étant lié dans son atelier avec d’autres d'en élèves, surtout avec Mathurin, ils se mirent à peindre en clair-

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Bourbon, ils s’enfuirent à Naples, où Mathurin mourut; les nobles , occupés de chasses et de cérémonies d’apparat, négligèrent d'occuper Polidore ; il passa donc en Sicile , où il avait beaucoup de travaux, quand son domestique l'’assassina pour le voler.

Dans l’école du Pérugin avait grandi le Pinturicchio, qui représenta à Sienne les hauts faits de Pie IT, et varia par de beaux paysages le fond de ses tableaux. Les Siennois, dont la jalousie avait d’abord exclu les étrangers, apprirent de lui et de Raphaël, qui peignit aussi dans la sacristie de la cathédrale, à connaître l'art moderne.

Après avoir travaillé avec Jules Romain dans le palais du Té,

surtout aux ouvrages en stuc, le Primatice de Bologne passa en

France pour décorer Fontainebleau ; il apporta dans ce pays un grand nombre de statues et de modèles antiques , et François 1°" le fit surintendant des bâtiments de la couronne. Déjà travaillait à cette cour le Florentin Rosso, peintre qui ne voulut suivre les traces de personne, et tomba dans l’extravagance pour vouloir faire du nouveau : c’est ainsi qu’au lieu des apôtres il plaça une zingarata au bas de sa Transfiguration , à Città de Castillo.

Toto de la Nunziata est vanté par les Anglais, chez lesquels il composa tous ses ouvrages.

Michel-Ange Buonarroti, l’un de ces rares génies que la nature enfante de temps à autre pour montrer l'immense puissance de l’homme, suivit d’autres voies que celles de l’ordre et de la correction. Il naquit à Caprèse , sur le territoire d’Arezzo ; s’étant épris de bonne heure des arts, il fut placé chez Dominique et David Ghirlandaïo, les peintres les plus célèbres de Florence, et se passionna pour le travail au point de se faire pardonner par son maître les corrections qu’il faisait à ses dessins , corrections qui portaient sur les contours.

Déjà Brunelleschi, Léon-Baptiste Alberti et Bramante avaient ramené l'architecture vers la pureté classique ; Laurent Ghiberti et Donatello avaient fait produire à la sculpture des œuvres admirables. Masaccio aurait été un Raphaël si la mort ne l'avait pas enlevé jeune encore. Michel-Ange sentait en lui la puissance d'embrasser les trois arts à la fois; mais il n’aurait pu surpasser ses contemporains et les anciens qu’en associant la perfection classique à l’étude du vrai et à la profondeur du sentiment. La conversation de Laurent de Médicis et des hommes de lettres de cette cour, ainsi que l'étude de cette galerie si riche en chefs

Michel-Ange.

254 QUINZIÈME ÉRPOQUE.

d'œuvre, l’initièrent aux mystères de l’art antique; mais son âme, toute d'action, ne pouvait endurer les entraves de l’art, ni presque celles de la matière,

La sculpture était sa vocation. Lorsqu'il eut vu plusieurs morceaux antiques qui venaient d’être exhumés , comme le forse du Belvédère, Hercule et Antée, l’Hercule Farnèse, le Laocoon, et qu'il les eut comparés avec les productions modernes, dont le calme lui paraissait dénué d'expression, il pensa qu’il convenait de donner :la, vie aux marbres de la tête aux pieds; il s'attacha donc de préférence aux nus et à l’anatomie. Les artistes qui l'avaient précédé s'étaient montrés sobres, éloignés de toute exagération, recherchant dans le dessin la convenance plus que le merveilleux ; dans l’anatomie , l’art de rendre raison des mouvements plutôt qu’un étalage de science; dans l'architecture, la réunion de la force et de la convenance de la destination, Michei- Ange s’aventura à des hardiesses permises au seul génie. Il disait que celui qui ne sait bien faire par lui-méme ne peut bien se servir de ce qu'ont fait les autres. Pour se railler de ceux qui s’avaient de louanges que pour l'antique, il fit un Cupidon endormi, et l’enterra dans l'endroit où l’on pratiquait d'ordinaire des fouilles ; on le découvrit, et l’admiration fut extrême jusqu'à ce que Michel-Ange, à peine âgé de vingt ans, s’en déclara l’auteur.

Les éloges dont on l’accabla, les grands ouvrages qui lui furent commandés, accrurent sa confiance en lui-même. A Florence, d'un bloc de marbre déjà ébauché par Simon de Fiésole, il tira le David du Palais-Vieux. Après l’expulsion des Médicis, il fut recueilli par le prieur du Saint-Esprit , qui lui fournit des cadavres pour ses études de prédiiection ; appelé enfin à Rome, il eut la commande de plusieurs ouvrages , parmi lesquels Notre-Dame de Pitié au Vatican.

Recherché partout et partout vanté, il fut pris soudain de découragement, d’une telle défiance de lui-même et de l’art qu'il abandonna le ciseau , et, n’emportant que la Bible et la Divine Comédie, s’isola pour gémir en vers désolés. Les grandes âmes savent ce que signifient ces alternatives d’exaltation et d’abattement. Jules II lui rendit la confiance, et le chargea de lui préparer un mausolée ; ce monument devait être en rapport avec le génie de celui qui le commandait et de l'artiste choisi pour l'exécuter, construit pour être aperçu de toutes parts, d’une architecture grandiose, accompagné de quarante statues , parmi les-

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quelles aurait figuré le Moïse (1). L'’avarice des héritiers du saintpère ou d’autres occupations de l'artiste furent cause que cette œuvre sans égale se réduisit au morceau que les curieux vont admirer dans l'Église de Saint-Pierre aux Liens.

Les compétiteurs déjà vieux du jeune artiste jetèrent les hauts cris, et cherchèrent à le discréditer auprès de Jules IL; mais le saint-père l'ayant fait atter dre un jour dans son antichambre, il dit à l’huissier : Qurnd le pape me demandera, vous lui répondrez que je suis allé ailleurs.

En effet , il partit aussitôt pour retourner en Toscane. Le pape expédia en toute hâte des courriers à sa poursuite; mais il eut beau lui écri:e et adresser à ia seigneurie de Florence des brefs menaçants , il ne put obtenir qu'il revint à Rome. Il s'était mis à travailler à Florence, où il prépara, pour peindre la guerre de Pise, des cartons qui lui valurent la réputation de dessinateur de premier ordre, et devinrent un objet d’étude pour tous ses conterA:porains ; puis il disait avoir l'intention d'aller à Constantinople, où le Grand Seigneur l’appelait pour construire un pont entre la villeet Péra. Enfin il consentit à retourner à Rome , où Jules IL le chargea de faire sa statue pour la ville de Bologne; dans cette œuvre, il avait exprimé la majesté, la force sous un aspect redoutable , à tel point que le pape lui demanda : Donnet-elle la bénédiction ou la malédiction? Les Bolonais , révoltés, la brisèrent, et Alphonse d’Este en fit faire un canon.

On rapporte que Bramante, pour l’humilier, avait insinué à

(1; On ne s'accorde pas dans sa description. 11 devait avoir dix-huit coudées de longueur sur douze de large, et être isolé. Au-dehors tournait un rang -de niches séparées par des termes vêtus dans la partie supérieure, et soutenant sur leur tête la première corniche. Dans chaque niche était enchaîné un prisonnier nu, dans une attitude bizarre, et les pieds appuyés sur le bord d'un soubassement. Ces prisonniers représentaient les provinces réunies au dcmaine pontifical. D’autres statues, aussi enchaînées, Sguraient les Vertus et les Arts assujettis à la mort comme le pape qui les favorisait. Sur les coins de la première corniche se dressaient quatre grandes statues, savoir : la Vie ‘active, la Vie contemplative, saint Paul et Moïse. L'ouvrage s'élevait en diminuant audessus de la corniche, et en déployant une frise de bronze avec des faits historiques, des enfants &' ‘es ornements divers. Au sommet, deux siatues : l'une, le Ciel, soutenant ne bière sur son dos, et souriant de ce que l’âme du pontife était pa..sée au séjour de gloire ; l’a tre, Cybèle, déesse de l2 ‘c: 7e, soutenant aussi le cercueil, mais pleurant la perte éprouvée. On entra: :‘ ‘on sortait par les bouts de la quadrature du monument , entre les niches ; à l’intérieur se trouvait un temple ovale, dont le milieu devait recevoir les restes du pontife.

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Jules 1I l’idée de lui faire peindre la voûte de la chapelle de Sixte IV, pensant qu'il resterait inférieur à Raphaël et aux autres artistes dans l'exécution des fresques , dont il n'avait pas l’habitudc. Après s'en être vainement défendu , Michel-Ange se renferma sans voir personne , et travailla tout seul. « Au lieu de faire faire les mélanges , les préparations ordinaires ei is autres choses nécessaires , il broyait lui-même jusqu'aux couleurs. ne se flant ni aux praticiens ni «ax garcons d'xiciier {1}, » 5". ne pouvait échapper aux distractions officieuses que venait lui causer Jules IL, i! laissait toxuber, comme per hasard, une planche à ses pieds ou le couvrait de poussière ; lorsque le pontife impatient lui demandait : Quand auras-tu fini” il iii répondait : Quand je pourrai. Ce travuil , la merveille de tous et le désespoir de ses rivaux , fut terrniné en vinyt mois. Ces prophètes et ces sibylles dans leurs attitudes nouvel: , dans leur physionomie, dans la manière dont ils sont drapés, révèlent l'inspiration ; à travers les nombreuses difficultés d'exécution, le charme du beau se révèle dans la création, ainsi que le calme dans les scènes pâtriarcales.

IL'avait soixante ans lorsque Paul IIT se transporta chez lui avec dix cardinaux, pour le prier de peindre une paroi de la même chapelle. Il accepta ; mais, étant tombé de l’échafaudage, il se cassa une jambe, et, pris d’ur nouveau découragement, il résolut de se laisser mourir. Détourné de ce projet, il termina en huit ans le fameux Jugement dernier. La symétrie qu’on admire dans ses fresques est si bien dissimulée dans ce tableau qu'elle imite la variété de la nature; toutefois, sans qu'aucun interstice manifeste une distribution systématique , la pensée s'élève gradueliement du premier reflux de la vie, des premières angoisses de l'enfer, des premières aspirations vers le bien suprême, jusqu'aux dernières luttes de l’espérance ; ou bien, du calme des bienheureux jusqu'à l'ivresse de la victoire et à la gloire de Celui qui, d'une main terrible, abaisse les sphères sur les maudits. Ainsi, dans cette chapelle, il avait retracé les deux points extrêmes de la vie du genre humain ; personne, mieux que lui, ne sut ravir à la nature le secret des proportions inégales, de manière à imprimer sur les membres les diverses destinations, ni révéler plus habilement la vigoureuse expr::sion méditative.

Comme Phidias s'était ::1r6 d’Homère et des traditions

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poétiques de son siècle, Michel-Ange s’inspira de la Bible et de la Divine: Comédie pour ennoblir la nature humaine; mais Dante, après avoir assombri l'âme par les angoisses de l'enfer, lwrécrée du sourire éternel et de Ja douceur merveilleuse des cieux ; Michel Ange subordonne l’éthéré et le surhumain aux ressources matérie!les du dessein ; il veut le nu, il veut étaler aux regards l’anatomie humaine, sans souci de la modestie et de la convenance, sans se rappeler que, dans l’art comme dans Ja morale, « il ne « faut pas trop observer sous la peau, » Ceux qui blâment Paul IV d’avoir fait couvrir par Daniel de Volterra (1) les nudités messéantes de la Sixtine devraient se rappeler qué l’Arétin, l’Arétin, disons-nous, que Michel-Ange consultait sur les grandes scènes de la religion , désapprouva lui-même ces indécences (2),

(1) Cicognara, par exemple, à qui ces nudités parurent un effet de l’innocente simplicité du seizième siècle.

(2) Cette lettre, moitié sérieuse, moitié plaisante, est rapportée par Gaye un peu différemment du texte tel qu’on le lit dans la correspondance de l’Arétin, et mérite d’être connue :

« À Michel-Ange, à Rome.

« Messire, en voyant l’esquisse entière de tout votre Jugement dernier, « j'ai achevé de connaître l’illustre grâce de Raphaël dans l’agréable beauté de « l'invention. Cependant, comme baptisé, j'ai honte de la licence que vous « avez prise d'exprimer les idées dans lesquelles se résout la fin où aspire chaque sens de notre très-véridique croyance. Ce Michel-Ange d’une renommée merveilleuse, ce Michel-Ange remarqué pour sa prudence, ce Michel-Ange « o4mirable aurait-il voulu montrer autant d’impiété irréligieuse que de perfection de peinture ? Est-il possible que vous, qui, étant divin, dédaignez la s0ciété des hommes, vous ayez fait cela dans le plus grand temple de Dieu, sur le premier autel de Jésus, dans la plus illustre chapelle du monde, dans un lieu où les grands cardinaux de l’Église, où les prêtres vénérables et le vicaire du Christ confessent, contemplent et adorent, avec les cérémonies catholiques, avec les ordres sacrés, avec les oraisons divines, son corps, son sang et sa chair? Si ce n'était chose coupable d'établir une comparai. son, je me vanterais de bonté dans lé traité de la Nanna, en mettant ma sage précaution au-dessus de votre conscience indiscrète; car, dans une matière lascive et impudique, je n’emploie pas même d'expressions messéantes ct réprouvées, mais je me sers de mots chastes et irrépréhensibles ; mais vous, dans le sujet d’une si haute histoire, vous montrez les anges et les saints, ceux-ci sans aucune retenue terrestre, et ceux-là privés de tout ornement céivste. Voyez les gentils dans leur sculpture : lorsqu'ils représentent non « pas Diane vêtue, mais Vénus dans sa nudité, ils la font couvrant de sa main « les parties qui ne se découvrent pas. Et celui qui cependant est chrétien, « parce qu'il estime plus l’art que la foi, tient pour spectacle royal aussi bien « l'absence du décormn dans les martyrs et dans les vicrges, que le geste de « l’enlevé par les muinbres génitaux, dont la prostitution elle-même détourne- MST. UNIV, — T, XIV. ° 17

2 F2 LR PIRE R ES

dont l’âbus, de 14 part d’un si beau génie, démontre combien les idéés païëtines s'étaient alors incarnées dans l’art.

Noûüs ne süivrons pas Michel-Ange dans tous ses travaux, très-nombreux, mais originaux, sans tradition d’écolé, et tou jours empréints d'üne pérsontialité puissante. S’il est vrai que Raphaël apprit Sur ses ouvrages à faire plus largement, ét lui dut ainsi sa déruière fiäniète, ce seräit l'inverse du Dante, qui n’apprit pas dé Virgilé, son mattfe et son auteur, à imiter sa perfection exquisé. Tandis qué Raphaël doute de son génie, se plie au genre de différetits maîtres, et conserve dé sa grâce primitive lors même

qu'il vett éséayer du vigoureux et du théâtral, Michel-Ange boù-

féétél lés hotions du beau, etrend les limites de l’art incertainés, arbitraires, conventionièllés, Il nous est arrivé quelquefois de

« rait les yeux pour ne pas le voir ! Votre faire eût convenu dans un bain « voluptueux, non dans un chœur suprême. Il serait donc moins à regretter « que vous n’eussiez point de croyance, que d'en manifester une qui nuit à celle « des autres ; mais jusqu'ici l'excellence de merveilles si téméraires ne demeure « pas impunie, puisque leur miracle même est la mort de votre louange.Ravi- « vez donc son éclat en voilant de flammes de feu les vergognés des damnés, « et celles des bienheureux de rayons de soleil ; ou imitezla modestie florentine, « qui ensevelit sous quelques feuilles dorées celles de son beau colosse, qui « pourtant est posé dans une place publique, et non dans un lieu sacré..

« Mais, comme nos âmes ont plus besoin du sentiment de la dévotion que de « la vivacité du dessin, que Dieu inspire la sainteté de Paul comme il inspira « la béatitude de Grégoire, qui préféra déparer Rome des superbes statues an- « tiques que de priver, à cause de leor perfection, du respect des fidèles « les humbles images des saints, etc., etc.

« Venise, novembre mDLxv:

« Votre serviteur, « L'ARÉTIN, »

Salvator Rosa Condamnä aussi les nudités de la chapelle Sixtine, dans ce passage de ses satires :

Dovevi pur distinguere e pensare Che dipingevi in chiesa : in quanto a me Sembra una stufa questo vostro altare….

Dunque là dove al ciel porgendo offerte Il sovrano pastore à voti scioglie, S’ hanno a veder le oscenità scoperte?

Tu devais distinguer et sbtiger, par ma foi, Que c'était une église où tu peignais. Pour moi, Eu voyant ton autel, je crois voir une étuve.….

I faudra donc qu'aux lieux où le Pasteur suprême Avec le sacrifice au ciel offre 108 vœux, D'obscènes hadités se découvrent aux ye'ix ?

bien les

r'Avaux, Lou jours Raphaël ainsi sa prit pas on exu génre rs même

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ritaines, efois de

s un bain | regretter uit à celle > demeure ige.Ravi- ; damnés, lorentine, osse, qui

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