ANDRÉ DEL SARTO
saire de’ Savonarole , comme attaché aux Médicis, n’apporta aucun choix dans ses types, et mourut par excès d’intempérance.
André Vanucchi del Sarto étudia les ouvrages de frère Barthélemy, et conservasa manière dans ses Vierges et ses saintes Familles ; son chef-d'œuvre à l’huileest la Vierge de Saint-François, que l’on voit dans la tribune de Florence, comme la Vierge au Sac est la plus parfaite de ses fresques. Quoiqu’on l’ait surnommé André sans erreurs, il ne posséda point la poésie des grandes conceptions et des groupes vigoureux. L'Histoire de saint Jeun- Baptiste, qu'il fut chargé d'exécuter dans le Scalz0, est un dessin pur et facile; il y a de la simplicité dans la disposition des figures, de l’assurance dans les attitudes, et les anges et les enfants ont un charme délicieux. En 1510 il commença, dans la cour de l’Annonciade, l'Histoire de saint Philippe Benizzi ; il est toujours souriant et gracieux, mais il incline vers la monotonie et la négligente facilité. Appelé en France par Francois I°', il fit quelques tableaux à Paris, et revinten Itaïie, avec de l’argent que lui avait remis le roi pour acheter des tableaux ; mais il en disposa, entrainé qu’il fut par sa passion pour Lucrèce del Fede; honteux de cette bassesse , dont il avait conscience, il vécut dans la retraite. Il eut à souffrir des derniers désastres de sa patrie, et finit par mourir à l’âge de quarante-deux ans, abandonné même par Lucrèce. Lorsque, pendant le siége de 1529, on démolissait les faubourgs de Florence, les soldats n’osèrent porter le marteau sur une muraille de Saint-Salvi, où André avait peint la Cène de Notre-Seigneur.
Il eut pour amis et collaborateurs Franciabigio et Puligo ; mais Jacques Carducci, dit le Pontormo, fut le seul, parmi ses élèves, qui montra de la grandeur. Après avoir vu les gravures d'Albert Durer, il se consacra à ce genre, puis il adopta la manière de Michel-Ange. Cette mobilité lui enleva tout caractère propre; mais il imitait, à s’y méprendre, celui des autres. Il eut pour élève Bronzino, dont les visages sont gracieux et les compositions charmantes; mais sa peinture a peu de relief, et déplaît par une couleur jaunâtre.
Luc Siguorelli commenca par suivre les traditions de l’'Ombrie, puis il voulut rivaliser avec ses contemporains en s’essayant dans des genres différents, et se prit de passion pour l’anatomie, comme on peut le voir dans son beau Jugement dernier, à Orviéto.
André del Sarto.
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Léonard de Vinci.
270 QUIN2IÈME ÉPOQUÉ.
Daniel Ricciarelli, de Voltérra , se montre excellent dans sa Déposition dé croix à la Trinité-des-Monts, l’un des trois meilleurs tableaux de Rome, et dans le Massacre des Innocents, à Florence.
Thaddée Zuccaro, et plus encore son frère Frédéric, travaillèrent sur les traces de Raphaël dans le palais Farnèse à Rome et à Caprarola, puis à l’Escurial ; mais l’art devait être bien déchu, si de päréilles mains étaient appelées à recueillir l’héritage de ceux qui les avaient précédés,
On räpporte que Michel-Ange, jaloux de rivaliser avec Raphaël, qu’il entendait vanter pour la convenance de l'invention et l'harmonie du coloris, faisait dés dessins qu’il donnait ensuite à
peindre à Sébastien del Piombo, imitateur du Giorgione, et ar-
tiste d’un fini soigné. De cette manière naquit la Résurrection de Lazarre, qui fait pendant à la Transfiguration. Sébastien en conçut de l’orgueil, et prétendit être l’égal de Michel-Ange et de
“Raphaël ; mais, lorsqu'il fut chargé d'accompagner le Titien dans la
visite des peintures du Vatican, il l’entendit s’écrier, à la vue des restaurations faites dans les chambres après les dégâts : Quel est le présomptueux ignorant qui s’est avisé de gâter ces figures? C'était Sébastien.
Parmi les peintres qui se firent remarquer après Michel-Ange, noüs citerons le Florentin Granacci; Baptiste Franco, émule de Jean d’Udine, qui se distingua même dans la peinture des porcelaines de Castel-Durante; Bernardin Poccetti, d'une touche vigoureuse dans les fresques. Le Miracle du noyé, dans le cloitre de l’Annonciade, prouve qu'il aurait pu égaler les grands maîtres si à la verve il avait pu joindre la patience.
Une autre école était fondée par le Florentin Léonard de Vinci, élève de Verocchic, peintre, sculpteur, poëte, musicien, géomètre, architecte, et penseur plus profond, plus grand homme que son siècle ne le connut. Louis le More , « qui se plaisait beaucoup au « son de la lyre, l’appela à Milan pour qu'il en jouât ; Léonard « s’y rendit avec cet instrument fabriqué de sa main, d'argent « pour la plus grande partie, chose bizarre et neuve. » S’étant fait connaitre à cette cour par des qualités plus précieuses que celles de musicien , il futemployé à des travaux de mécanique et d’hydrestatique ; mais « il semblait qu’il tremblât chaque fois qu’il se mettait à peindre ; c'est pourquoi ilne menait jamais à fin ce qu’it commençait, considérant la grandeur de l’art, si bien qu'il apercevait des erreurs dans les choses qui paraissaient à d’autres
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dés miraclés (1). » 11 travailla seize ans au modèle d'une statue équestre de François Sforzä ; mais, quand les Gascons pässèrent lés Alpes avec Louis XI1, ils s'en firent un but pour leurs flèches. Il émploya un temps considérable à peindre la Cène däns le réfectoire des Grazie à Milan; écartant de ses personnages les symboles que la tradition appliquait aux apôtres, et les indices matériels de là Divinité et de la saititeté, il voulait que chacun fût reconniäissable à son air, et à l’expression des sentiments qu’avaieñt fait naltre én lui les paroles solennelles du Rédempteur. Il représenta donc l'échelle ascendante de la beauté dans la forme, et s’en servit comme de manifestation visible de l’intelligence et du sentiment. Ce chef-d'œuvre , mal sitüé et peint à l'huile sur la müfaille, à beaucoup souffert de ces circonstances.
Aptès la chüte de Louis le More, Léonard revint à Florence, où il resta quatré ans à travailler au portrait de madame Lise, qui fut acheté quatre mille écus par François I°"; dans cette ville, il prépara lé carton de là bataille d’Anghiari, qu’il devait peindre eh coficürrence avec Michel-Ange; mais, au milieu d’une émeute populaire, ses envieux ou ses admirateurs ( car souvent ils arrivent au même résültat par des voies différenites) mirent en pièces ce carton, en se disputant à qui l’emporterait.
Il avait alors cinquante-deux ans, et, comme il était difficile à satisfaire , il dut renoncer à lutter avec Michel-Ange et ses imitateurs, qui terminaient leurs ouvräges avec une extrême rapidité. 11 accepta donc volontiers l'invitation du roi de France, qui l’appelait sa cour ; bien qu'il ne fit, que nous sachions du moins, aucun oùvrage dans ce pays, il aurait pu former le goût de la nation, non en lui faisant imiter les grands artistes italiens, mais en luienseignant comment ils avaient fait, non en l’éblouissant par l'enthousiasme, mais en secondant la qualité qui domine chez elle, c’est-à-dire l'intelligence.
Léonard de Vinci prouva qu’on pouvait être grand artiste en conservant un caractère pur et ferme. Généreux avec ses élèves, qu’il secouräit , il achetait des oiseaux pour avoir le plaisir de leur donner la liberté; si l’on n’était pas content de ses tableaux, il faisait remise du prix convenu. C'était pour lui un plaisir de surprendre ses amis par des inventions bizarres ; tantôt il répandait dans l’air des odeurs parfumées, tantôt des exhalaisons fétides ; il lui arrivait aussi d'emporter dans sa poche