ÉCOLE LOMBARDE
tion qui ne feront jamais un peintre, sans doute, mais qui aident les talents médiocres à éviter des erreurs, sinon à produire des benutés. Plein de théories abstruses, de circonlocutions, de jargon astrologique, il fatigue le lecteur et s'égare au milieu des étoiles pour parler d’un art qui s'adresse aux sens; cependant il peut, si on le médite, suggérer aux jeunes artistes des idées saines et larges. Ainsi, il ne veut pas que l'élève s’obstine sur un modèle, mais qu’il s’en forme dans l'esprit une idée générale, pour étudier ensuite les détails sur la nature.
Lomazzo est encore important à connaître pour l’histoire des arts, en ce qu’il appuie ses préceptes d'exemples, même lombards , ignorés ailleurs, et que, dans ses jugements, il va plus au fond des choses que Vasari. Il avait réuni quatre mille tableaux ; il parle beaucoup de Bramantino, peintre
et architecte milanais (1). IL dit qu’il possédait un traité de pers-
pective de Bernard Zenale et un autre de Vincent Foppa, tous deux Milapais, traités dans lesquels Albert Durer et Daniel Barbaro avaient été devancés.
Léonard de Vinci n'ayant pas laissé d'ouvrages remarquables daus sa patrie, y exerça peu d'influence; mais bientôt à l’ancienne école florentine une autre succéda, que nous ne dirons pas meilleure, et qui parut ne s'occuper d’autre chose que du dessin.
On a dit que Raphaëlavait vécu trop peu pour les arts, et Buonarroti trop longtemps ; en effet, l’adoration dont le dernier devint l'objet fut cause que l’on ne chercha d'autre qualité que la force. Ses élèves, recopiant sans cesse les figures de Buonarroti, finirent par en prendre la roideur et le nerveux, sans connaître suffisamment le jeu des muscles, ni la souplesse des téguments, ni la combinaison des couleurs, et nese rappelaient pas qu’il avait dit : Celui quiva derrière, ne passera jamais devant. Delà partout des poses forcées, des muscles en relief, une anatomie aride, des géants et des statues jetés sur de grandes toiles. L'exécution avait fait des progrès ; on modelait, on sculptait au naturel, on composait bien, mais on s’éloignait de plus en plus de l’ancienne simplicité; en cherchant la grâce, on oubliait qu’elle fuit ceux qui la cherchent, et que le beau des anciens ne saute pas aux yeux avec prétention mais qu’on le découvre à force de le contempler. milanais, divisé en sept livres, contenant toute la théorie et la pratique de cet
art. Milan, Pontio, 1584. Idea del tempio della pittur'a, 1590. (1) Livre VI, ch. 24.
Imitateurs
Michel-Ange,
De là un air de faille entre tous ces artistes, et une facilité d’inventions dénuée de réflexion, qui choque d’autant plus que l’on connaît les magnifiques occasions offertes à leurs travaux. Ces défauts apparaissent déjà dans le tombeau de Michel-Ange, à Sainte-Croix, où les statues, dont une par Jean de l'Opéra, élève de Bandinelli, les autres par Valério Cioli et Baptiste Lorensi, sem: blent poser pour servir de modèles,
Les peintres n'étaient plus inspirés par le sentiment ou la dévotion, mais par les commandes des Médicis, qui acquitent ainsi le titre de Mécènes; mais ont-ils mérité celui de sages protecteurs? Les artistes traitaient de préférence les sujets mythologiques ou même adulateurs. Le profane Paul Jove choisissait et disposait ceux de la ville du Poggio à Caiano. Ce fut sous ces itifluences que s’acerut le nombre des émules et des imitateurs de Michel-Ange, qui proclamaient le grand style, et accusaient de sécheresse , de pauvreté, dé maigreur, ceux qui faisaient autrement qu'eux; ils rabaissèrent, plus qu’il ne méritait peut-être, Baccio Bandinelli, inventeur incorrect, mais vigoureux. Son groupe d'Hercule et Cactus ne nous paraît point inférisur aux autres ouvrages contemporains, quoi qu’en dise la rivalité haîneuse de Benvenuto Cellini, qui trouve ces « figures mal faites et toutes rapetassées, »
. et ajoute que « l’on y suspendit plus de mille sonnets pour conspuer
cette œuvre misérable. »
Il est juste de citer comme un sculpteur habile Benoît de Rovezzäno, qui fit le Saint-Jean-Baptiste dans la cathédrale de Florence, et lemonumer ‘aint-Jean-Gualbert, détruit lors du sac de 1530. On doit à : sois Rustici, élève de Léonard, les statues en bronze qui sont sur le Eaptistère, où travailla aussi André Contucci de Sansovino, sculpteur, fondeur, architecte, qui a laissé des ouvrages à Gênes, à Rome dans l’église du Peuple, en Portugal, et “ont l'extérieur de la Sainte-Case de Lorette est un des principaux ouvrages.
Plusieurs artistes de Fiésole continuaient à suivre les traces de Ferrucio. Le monument des Doria à Gênes est du frère Montorsoli, qui avait travaillé avec Michel-Ange, de même que le tombeau de Sannazar au mont Pausilippe, et la fontaine de Messine. Les portes de Saint-Pétrone à Bologne font foi du mérite de Tribolo, qui sut éviter les exagérations à la mode.
Vincent Danti, de Pérouse, fondeur et sculpteur très-fini, a laissé sur son art de très-bons aperçus; mais il n’évita point, dans la pratique, l’allure des imitateurs de Michel-Ange.
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