IMITATEURS DE MIGHEL-ANGE
Bandinelli et Sansovino eurent. pour élève Barthélemy Ammanato, producteur de colosses ; il fit le Neptune de la place du Grand-Duc, en concurrence avec Jean Bologne, Danti et Cellini, et l'emporta sur eux, parce que les décisions ne dépendaient plus du peuple, mais de Cosme: Son Jupiter Pluyieux, à Pratolino, maison de plaisance construite par Bernard Buontalenti, aurait, s’il était debout, cinquante coudées de haut. À Rome, il éleva le palais Ruspoli, qui devait avoir quatre faces, et le vaste collége des jésuites. La duchesse Éléonore de Tolède ayant acheté le palais de Luc. Pitti, édifié sur les dessins de Brunelleschi, chargea Ammanato de terminer l'intérieur; pour le mettre en rapport avec. l'ordonnance extérieure, il releva.les trois portiques de la cour au moyen de bosses , et les sépara par des colonnes appuyées aux. pieds-droits des arcs, ce qui produit une masse imposante pour la solidité, et d’un effet inimitable.
L’art des ponts consistait à faire de fortes piles ayant jusqu’à un tiers et jamais moins d’un quart de l'ouverture de l'arc, ce qui rétrécissait le lit; puis les arches étaient courbées en plein cintre ou en ogive, ce qui augmentait la pente, et resserrait d’autant plus le lit que les eaux étaient plus hautes. Ammanato construisit le pont de la Trinité, à Florence, formé de trois arches qui avaient, celle du milieu quatre-vingt-dix pieds d'ouverture, et celles de côté quatre-vingt-quatre; les piles évaient de vingt-cinq pieds d'épaisseur, et les voûtes se courbaîent en ellipse très-écrasée. Dans sa vieillesse. il reporte ses pensées vers Dieu, et se repentit des nudités de ses figures (1).
« Barthélemy Ammanato au grand-duc Ferdinand. « Sérénissime grand-duc,
« Mes fatigues depuis ma jeunesse, mes années et toute mon industrie ont « été inises au servieë de la sérénissime maison de votre Altesse. Déjà, près « de mes qnatre-vingts ans, et peu éloigné d'entendre cette voix par laquelle « Dieu nous appelle tous à lui, je suis contraint, par ma conscience, de dire à « ‘Votre Altesse ce que j'espère en obtenir facilement. On a vu se répandre en ce « siècle cet abus, dans la sculpture et dans la peinture, que l’on remarque par- « tout, de peindré et de sculpter des personnages nus, et par ce moyen, sous « couleur et apparence d'art, de faire vivre la mémoire de choses déshonnêtes, « ou d’éveiller:une adoration tacite de ces idoles pour la destruction desquelles « les martyrs et lessaints, amis de Dieu, croyaient leur vieetleur sang bien em- « ployés. Or, très-affligé d’avoir été dans ma vie instrument detelles statues et « ne voyant pas comment les pouvoir ôter de la vue de tant de gens, j'aiécrit, « il y a déjà quelques années, une lettre qui fut imprimée, aux hommes de ma « profession, afin que eet État de Votre AMesse n'eût pas à recevoir, au milieu « des autres vices auxquels nous sommes enclins, quelque châtiment de Dieu.
Porta.
Jean Bologne.
280 OUINZIÈME ÉPOQUE.
Guillaume della Porta, de‘Milan, travailla à la Chartreuse de Pavie. En exécutant à Gênes le tombeau de Saint-Jean-Baptiste, où fl fut aidé par Périn del Vaga, il donna plus de largeur au style vulgaire des Lombards ; puis, s'étant épris à Rome de Michel-Ange, il fit le mausolée de Paul III, l’un des meilleurs de Saint-Pierre, si l’on s’attache seulement à la pose, à la grâce et à vérité des chairs. Aux deux côtés du pape, qui est d’une très-belle exécution, sont conchées deux femmes, l’une jeune et l’autre vieille, qui sont censées représenter certaines vertus, mais ne fignrent que la maîtresse du pape et sa mère, toutes deux dans un état de nudité inconvenant; ainsi, tandis que le corps ridé de l'une repousse, celui de l’autre inspire la volupté,
Jean Bologne, né en Flandre, vint tout jeune à Florence, où iltravailla beaucoup sur le marbre et le bronze ; il fit, entre autres, le Mercure volant, composition hardie et d’une exécution . gracieuse, et l’Enlèvement de la Sabine, groupé avec art, et dans lequel la différence des trois âges est heureusement mise en relief. Francheville de Cambray, son élève, travailla beaucoup
« Aujourd’hui que, dans ma vieillesse , je dois sentir l'importance de ce fait, « me sentant croître, à un si grand âge, un vif désir de lagrandeur et de la félicité « de Votre Altesse, je veux, avantde mourir, la supplier, pour l’honneur de Dieu, « de ne plus laisser sculpter ou peindre de choses nues, et d'ordonner que celles « qui ont été faites par moi ou par d’autres soient convertes ou enlevées entiè- « rement, de manière que Dieu en reste servi, et qu’on ne pense plus que Flo- « rence soit le nid des idoles, ou d'objets provoquant au libertinage, et à des « choses déplaisant souverainement à Dieu. Comme Votre Altesse a com- « mandé que les statues que j'ai faites, il ya trente ans, par les ordres du séré- « nissime grand-duc, à Pratolino, fussent transportées dans le jardin des Pitti, « ce qui a été exécuté, je sens un très-grand remords qu’un tel ouvrage de mes « mains doive rester là pour stimuler maintes pensées déshonnêtes qui pour- « ront veniren le voyant. Je la supplie donc ici, en toute révérence, comme le « plus grand don et récompense que je puisse recevoir de tous mes services, de « me faire la grâce, premièrement de me dispenser de toute coopération à leur « arrangement, puis de m’accorder la faculté de les vêtir artificieusement et « décemment sous le nom de quelque vertu, afin qu'elles ne puissent fournir « à personne l’occasion de vilaines pensées. Cela me sera d'autant plus agréa- « ble, que les yeux de la sérénissime grande-duchesse et ceux de la compa- «“ gnie qu’elle aura avec elle, ainsi que de tant d’autres dames qui viendront « souvent lui rendre visite, auront occasion de voir, dans tous les lieux du « domaine de Votre Altesse, des choses faites pour édifier une princesse très- « chrétienne, comme elle l’est. Et moi j’enresterai éternellement très-obligé à « Votre Altesse. »
On sait de quels remords fut aussi déchiré Augustin Carrache, dans ses dernières années, pour ses gravures lascives.
Chartreuse de Jean-Baptiste,
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