‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 81 sur 146 · IMITATEURS DE MICHEL-ANGE · texte numérisé non relu

IMITATEURS DE MICHEL-ANGE

à Gênes et à Paris, façonnant le marbre demain de maître, mais avec l'affectation ordinaire.

Jean Bologne fit la belle statue équestre de Cosme I‘', à Florence, et prépara celle de Henri IV, terminée ensuite par Pierre Tucca. Nous rappellerons, eu fait de chevaux, celui de Henri IF, que Daniel Ricciarelli de Volterra fondit par l’ordre de Catherine de Médicis, et les deux statues équestres de Plaisance, aux draperies flottantes et aux poses théâtrales, ouvrage de François

Mocchi de Montevarchi. Il existait à Naples, devant Sainte-Res-

titute , un cheval gigantesque que le vulgaire croyait avoir été fait par Virgile à l'aide d’enchantements, et auprès duquel on conduisait les chevaux pour les guérir ou les préserver de maladie. Les évêques crurent devoir détruire cette superstition, et le cheval servit à faire les cloches de la cathédrale; la tête seule, qui est magnifique, fut conservée par la famille Caraffa. Venise possède le remarquable monument de Coleone, commencé par André Verocchi, et fini par Alexandre Leopardi, de qui sont également les admirables tombeaux des étendards à Saint-Marc.

Georges Vasari, d’Arezzo, fut l’admirateur passionné de Michel-

Ange et le flatteur adroit des Médicis. La construction des Offices de Florence et les appartements du Palais-Vieux , attestent qu’il fut architecte habile ; il couvrit d'histoires médicéennes, « en faisant du métier, » comme il le dit, ce palais où la fatalité semblait appeler, mais en vain, tous les plus grands peintres pour le décorer. En cent jours il eut fini la Chancellerie, où les artistes trouvent de quoi louer, surtout dansla chambre de Clément VIII ; mais ces conceptions faciles et frivoles ne vont point à l’âme. L'exemple du chevalier, peintre de-cour, qui fournissait de l’occupation à la jeunesse, fit contracter à l’école florentine un style roide et maniéré.

Vasari a écrit la vie des peintres, mais il n’y a pas un historien des arts qui n'ait dû le réfuter à chaque instant (1) ; au reste, il parlé presque exclusivement desfaits relatifs à la Toscane, ou plutôt à Florence, et avec ses passions de contemporain et d'artiste. Il juge comme il peignait lui-même, lui et son école, c’est-à-dire qu’il ne s'occupe que des moyens matériels du dessin,

(1) C’est ce que fait constamment Lanzi, sans parler des autres, et surtout à la troisième époque de l’école florentine. Voyez aussi Bellori, Pungileoni, Rosini, S{oria della pittura; Von Rumohr, Italianische Forschungen ; Gaye, Portefeuille des artistes ; Bottari, et tous les éditeurs postérieurs de son ouvrage.

Vasari.

de la juste disposition des plans, du relief des têtes, qu'elles expriment ou non l’état de l’âme; idolâtre de la forme, fl ne s’élèvé jamais à la poésie de l’art, à la conception de l'idée et à Invention. D'ailleurs, courtisan des Médicis, il obéit servilement à leurs intentions.

Il s'aventura toutefois dans une carrière nouvelle ; il montre avoir vu de ses propres yeux une infinité de choses , qu'il juge avec connaissance. La seconde édition de son livre peut être considérée comme une œuvre refondue, tant elle contient de corrections et de changements que lui suggérèrent le temps, ses amis, la prudence et un nouveau voyage dans toute l'Italie. On le lira toujours comme un des auteurs les plus attachants, par cette naiveté de langage si rare parmi les classiques italiens, par l'abondance des anecdotes, qui vous font assister à Ja vie d'alors, surtout par la passion qu’il met dans ses descriptions de tableaux. Con.me il s’exalte quand il parle du portrait de Léon X et du Spasino, par Raphaël! Avec quelle verve il décrit les chefsd'œuvre de Michel-Ange! Ua artiste seul peut s’enthousiasmer ainsi, et tous ceux qui ont éprouvé ces enivrements sont heureux de les retrouver dans son livre.

Ajoutez encore qu’il n'est pas obligé d'entamer la polémique, entrave perpétuelle de ceux qui ont écrit après lui sur l’art, et cela même à cause de ses nombreuses erreurs. $’il néglige d’indiquer le temps où florissait tel ou tel artiste, les circonstances qui purent l'aider ou le contrarier; s’il ne comprend pas qu’un grand peintre doit être autre chose qu’un habile ouvrier, et l’interprète de la pensée morale de ses contemporains, combien y a-til de ses successeurs qui s’en soient souvenus, même dans nos siècles raisonneurs ?

Plusieurs àutres écrivirent sur l'art : outre Lomazzo, dont nous avons parlé, Bernardin Campi publia ses Opinions sur la peinture; @. B. Armenini de Florence, es Vrais préceptes de la peinture, et s'étaya d'exemples, Raphaël Borghini ne fait que puiser dans Vasari ; après avoir commencé par la forme du dialogue, il continue par celle du discours suivi, mais en style forcé ; d’ailleurs, n'est-il pas absurde de débiter de mémoire tant de choses positives? Frédéric Zuccari traita aussi de la peinture comme président de l’Académie de Saint-Luc, qui, fondée sous Grégoire XIII, obtint que rien ne serait publié à Rome sur les beaux-arts sans son autorisation : excellente manière pour empêcher de connaître et de corriger les abus!

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PIERRES FINES. MÉDAILLES. a83

Benvenvt Cellini, l’un des hommes les plus bizarres qui aient existé, fut écrivain et artiste, On aperçoit dans son Persée quelque chose de l’exagération de l'école dominante; il est plus célèbre pour ses ouvrages d'orfévrerie. Il était d'usage alors d'ajuster aux bonnets certaines médailles ou plaques d’or ciselées ; le Milanais Caradosso Foppa, « habile homme par excellence, ne « les faisait pas payer moins de cent écus romains chacune. Cellini, qui le réputait « le plus grand maître en ce genre qu’il eût vu, et avait jalousie de lui plus que de tout autre, » en fit beaucoup, ainsi que d’autres ornements pour les costumes pontificaux et les beautés de la cour de France. À cause du prix de la matière, ces ouvrages ont été détruits en grand nombre, et ceux qui restent sont au-dessus de toute valeur.

Il n’est presque pas do grand artiste qui ne se soit exercé à modeler quelques bagatelles ou à ciseler des bijoux précieux ; mais ils sont perdus. Les pierreries mêmes ne paraissaient pas d'un luxe assez grand si elles n'étaient travaillées. Jean des Cornioles (Cornalines) s'immortalisa sous Laurent le Magnifique, et fitun merveilleux portrait de Savonarole. Avec lui rivalisait Dominique de Camées, Milanais, qui représenta Louis le More sur un rubis ; Jacques de Trezzo grava sur un diamant les armes de Charles-Quint; le Milanais Jean Antoine exécuta sur le plus grand eamée moderne les portraits du grand-duc Cosme, d'Éléonore, sa femme, et de ses sept enfants, jusqu'aux genoux. Les cinq frères Saracchi produisirent des ouvrages remarquables sur le cristal, et gravèrent également sur pierres dures. L'un d’eux fit pour le duc de Bavière une galère en cristal montée en oreten pierreries , servie par des esri:ves noirs, armée de canons qui partaient , avec ses voiles et wui:s ses agrès. Un vase de la même matière lui fut payé six mille écus d’or, outre deux mille livres à titre de cadeau.

Le graveur de piérres fines et de cristaux le plus renommé pour l’habileté et l'élégance fut Valère Vicentino: il produisit des compositions difficiles et « avecune pratique si terrible, qu’il n’y eut jamais personue deson métier pour faire plus d'ouvrages que Jai (t): » Un coffret avec neuf compartiments dans le couvercle, et neuf dans le caisson, lui fut payé’ deux mille écus par Clément VII, qui en fit cadeau à François 1°", à l’occasion du mariage de Catherine. D’autres Milanais travaillèrent à Flo-

(1) Vasarr.

B. Cellini, 1500-1570.

Gravure,

rence et en France aux mosaïques de pierres dures. Le Crémopais Jérôme del Prato, le Cellini lombard, fit des nielles, des médailles, des objets d'orfévrerie, et un joyau donné à Charles-Quint per la ville de Milan.

La plupart de ces artistes s’appliquaient à contrefaire l’antique, préférant à la gloire les gros bénéfices (1). Jean Cavino de Padoue remplit le monde de médaillons faux, qnand il aurait pu lui-même en imaginer d'admirables. Michel-Ange dit que l'artétait parvenu au comble lorsqu'il vit une médaille d'Alexandre Césari, dit le Grechetto, faite pour Paul III. Le Phocion de cet artiste ne le cède pas à ceux des anciens.

Luc Kilian fut connu sous le nom de Ptérgntèle Tedesco, et l'on cite avec éloge Daniel Engelhard de Nuremberg; tous deux ne firent cependant que des cachets et des armoiries. Caldoré, qui était au service de Henri IV, se rendit célèbre en France. Les Flamands et les Allemands ont exécuté de beaux travaux en étain pour brocs et bassins, d’autres en acier damasquiné, surtout pour armures.

Déjà, depuis longtemps, on savait imprimer, avec des planches de bois ciselées, des cartes à jouer et des images sacrées ; puis à mesure que la pressese répandit, on forma de la même manière les lettres initiales, lesornements et les contours, et ce procédé fut amélioré par desartistes'illustres, comme l’Allemand Albert Durer, Mecherino de Sienne, Dominique des Grecques, Dominique Campagnola et d’autres encore, jusqu'à Hugues des Carpi. Ce Hugues, peintre médiocre (2), inventa , ou plutôt introduisit ce qui était déjà pratiqué par les Allemands, l'art de l'imprimerie en bois au clair-obseur, c'est-à-dire au moyen de deux, puis de trois planches, de manière à produire trois teintes ; il publia ainsi plusieurs compositions de Raphaël, avec plus de vérité que Marc-An-

(1) Vérone eut dans le quinzième siècle d'excellents artistes en médailles, tels que Matthieu Pasti, Victor Pisano, Jules della Torre, G. M. Pomedello, Caroto; et d'excellents graveurs en pierres dures, tels que Galeazzo et Jérôme Mondella, Nicolas Avvanzo, Matthieu del Nazaro, G. Jacques Caralio. Sperandio de Mantoue, François Francia de Bologne, Victor Camelo et Jean Boldon de Venise, excellèrent aussi dans les médailles. Dominique de Paul imitait à merveille les médailles antiques, ainsi que Ludovic Marmitta de Parme. J. Paul Poggi de Florence, Léon Léoni d’Arezzo, et son fils Pascal, travaillèrent à la cour de Philippe 11. Voyez Cicocnana, liv. V, c. 7.

(2) On voit dans la sacristie des Bénéficiés, au Vatican, un suaire per Ugo intajatore, fato senza penello (par Hugues, graveur, fait sans pinceau), c'està-dire avec les doigts.

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3, , Le Crémoelles, des mé- Charles-Quint

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