MARQUETERIE
toine. L'art se perfectionna par la substitution du cuivre au bois.
Dès le onzième siècle, le Tractatus lombardicus du moine Théophile décrit exactement le niellage (nigellus). On apprète, dit-il, une lame d'argent très-pur, et l'on y grave en creux avec le burin ce que l’on veut; puis, après avoir fait une fusion d'argent pur, de cuivre, de plomb et de soufre, on la fait entrer dans ces cavités ; on polit ensuite le tout, et il en résulte une plaque luisante avec un dessin noir, On ornait de nielles les coffrets d'ébène , les devants d’autel, les calices, les missels, les reliques, les ostensoirs. Plusieurs artistes se distinguèrent dans ce genre, entre autres, Forzone Spinelli d’Arezzo, les Milanais Caradosso et Arcioni, Francia de Bologne, Jean Turini de Sienne, les Florentins Matthieu Dei et Antoine Pollaiolo.
Quelquefois, la gravure faite, afin de voir l’effet du noir, on en prenait l'empreinte avec une terre très-fine, sur laquelle on jetait du soufre liquéfié; on introduisait ensuite du noir de fumée dans les creux de cette planche de soufre, et l’on pressait dessus du papier humide , soit à la main , soit au rouleau. On conserve quelques-uns de ces soufres et de ces épreuves, débuts d'un art nouveau. En effet, après avoir vu lebon effet qui en résultait, on songea à tirer un plus grand nombre d'exemplaires ; c’est ainsi que la chalcographie naquit dans les ateliers d’orfévrerie. La matière des planches fut variée, et l’on finit par préférer le cuivre; on introduisit les presses et les teintes différentes , notamment l'azur.
Il n’est pas bien certain que l'on soit redevable à Maso Finiguerra de cette découverte ou de ce progrès avant 1440; mais les prétentions des Allemands et de quelques villes, Florence exceptée, sont moins admissibles encore. Il parait que Conrad Sweynheim, qui publia à Rome {a belle édition de Ptolémée, enseigna aux Italiens l’usage de la meilleure encre.
Des artistes en renom s’appliquérent alors à la gravure, et au premier rang, Baccio Baldini, Antoine Pollaiolo, André Montegna, qui grava cinquante planches. Ils furent tous surpassés par Marc-Antoine Raimondi de Bologne, qui, formé à l’art de nieller par Francia, puis imitateur d'Albert Durer, se perfectionna dans le dessin sous Raphaël, qu’il récompensa bien de ses leçons en répandant ses ouvrages. Augustin Vénéziano et Marco Ravignano l’aidèrent dans ses travaux; puis, ils marchèrent sur ses traces et multiplièrent les œuvres des artistes du temps; parfois, ils créaient eux-mêmes les dessins, ou variaient les compositions
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des tableaux qu'ils copiaient , ou bien les empruntaient aux pensées des maitres plutôt qu'à des œuvres achevées : tels sont prineipalement différents ouvrages de Jules Bonasone de Bologne, que de grands artistes même ont quelquefois entrepris d'imiter comme des originaux.
La gravure à l'eau-forte fut introduite par le Parmigianino, quoique les Allemands l'attribuent à Wohigemuth. En 1843, Louis de Siégen inventa la manière noire, qui consiste à préparer toute la planche en lignes tirées au ciselet à grener, à la remplir de noir, puis à dessiner la figure; il faut gratter et polir le fond grené aux endroits où la lumière doit être plus grande; on en laisse une partie aux places qui ont besoin de demi-teintes, mais sans toucher là où il faut des ombres. Cette invention conduisit à la gravure en couleur.
D’autres artistes travaillèrent en marqueterie, surtout pour les stalles de chœur et les sacristies. On admire les armoires de Sainte-Marie del Fiore par Benoit de Maiano, et plus encore les ouvrages qu’il envoya à Mathias Corvin. Damien de Bergame, dominicain convers, travailla d'une manière remarquable dans sa patrie d’abord, puis dans le chœur de Saint-Dominique à Bologne, en perfectionnant la disposition des couleurs et desombres; plusieurs de ses compatriotes l’imitèrent : les frères Cap de Fer de Lovère, par exemple, qui firent dans Bergame le chœur de Sainte- Marie Majeure ; Pierre de Maffeis et les Belli; à Brescia, les Legnaghi, les frères Raphaël de Brescia et Jean de Montolivet ; à Milan, Christophe Saint-Augustin, Joseph Guzzi, Jean-Baptiste et Santo Corhetti. Les merveilleuses marqueteries dela Chartreuse de Pavie sont attribuées à Barthélemy de Pola. Cet art permit de mettre aux tableaux des cadres magnifiques. Raphaël fit ouvrager les portes et les tribunes du Vatican par Jean Barile, et donna les dessins des marqueteries que l’on admire chez les bénédictins de Pérouse. Parmi les œuvres de ce genre que l’on montre à Naples, nous citerons le chœur de Saint-Severin et Sossio par Barthélemy Chiarini et Benvenuto Tortelli, de cette ville, exécuté de 1650 à 1565, dont rien n'égale la variété et l'élégance.
Le Génois Damien Lercaro représenta sur un noyau de cerisc saint Christophe, saint Georges et saint Michel, et sur un noyau de pêche , la Passion, Le plus grand ivoire qui existe est le Sacrifice d'Abraham, dans la maison Volpi, à Venise, ouvrage de Gérard Van Obstat, de Bruxelles, dont les figures ont une coudée et demi.
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