ÉCOLES ITALIENNES. TITIEN
comme Hippolyte Costa, qui remplit Mantoue de peintures baroques et pourtant vantées, et Sabbatini, gracieux dans ses
compositions, quoique d’un coloris faible. Les Saints d’'Horace.
Sammachini, son ami intime, respirent une piété majestueuse et tendre; ce peintre sut néanmoins se montrer vigoureux dans la voûte de Saint-Abbondio, à Crémone.
À Ferrare, Dosso Dossi réussit dans la figure , et son frère Jean-Baptiste, dans le paysage. Bien qu’ils fussent peu d'accord, ils travaillèrent ensemble dans le palais du duc Alphonse d’Este, et Arioste les compta parmi les grands peintres. Le Garofolo (Benvenuto Tisio), plus habile qu’eux, étudia Raphaël et Léonard de Vinci; quoiqu'il reproduise les mêmes types, les mêmes effets de draperies, les mêmes nuances et les mêmes tons , il ne manque jamais de charme. Jérôme de Carpi, son élève, se forma sur divers modèles. Philippe Baffico fit, dans le chœur de la cathédrale, un Jugement universel dans le goût de Michel-Ange, page grande à la fois et neuve, même après un tel prédécesseur, sur lequel il l'emporte par la convenance et le coloris. Sigismond Scarsella, son concurrent, fut dépassé par son fils Hippolyte, gracieux dans les physionomies, au coloris suave et d’un dessin facile. Le Bastarolo (Joseph Mazzola), dont le pinceau est lent et le style étudié, est moins connu qu’il ne le mérite.
Sansovino, à l’époque du sac de Rome, emporta dans sa fuite des modèles, et amena des ouvriers à Venise, où, de cette:nanière, pénétra la corruption des imitateurs de Michel-Ange ; l’architecture fut moins atteinte. Il réussissait dans les coiosses et les Vierges; Thomas Lombardo de Lugano, bon architecte, sculpteur médiocre et mauvais poëte (1), fut son élève. Bologne possède de Titien Aspetti plusieurs bronzes dignes d’éloges. La Logette du clocher de Saint-Marc estun petit muséum. Alexandre Vittoria de Trente, artiste d’une exécution noble et moelleuse, est assez correct dans le dessin et fécond dans ses inventions; on peut dire que parmi les bons sonipieurs vénitiens, il est le dernier de ce siècle,
Vénitiens.
Titien Vecelli conserva à Venise le premier rang dans la ‘Titien ve-
peinture. Élève de Jean Bellini, il le surpassa dans le coloris, et travailla beaucoup pour gagner fort peu, jusqu’au moment où l'infâme Pierre Arétin parut à Venise; contempteur de Dieu et flatteur des puissants , un pareil homme ne pouvait que souiller
(1) Il écrivit la Marphise en vingt-quatre chants. HIST, UNIV, — T, XIV. 19
celli, 1477-1576,
une école qui avait grandi à l'ombre de la foi. Titien obtint son amitiéet ses éloges, et, grâce à lui, il eut plusieurs commandes, entre autres le portrait de Charles-Quint ; cette faveur. le mit: à la mode parmi les courtisans, lui procura de l'argent et fit connaître son nom au delà des limites de sa’ patrie. Acssi son voyage à Rome fut-il un triomphe continuel; ‘triomphe dont il jouit à la cour de l’empereur, et même en Espagne, a vé Ass ses ouvrages les plus:estimés, : 1.
L'école des Bellini, et puis le désird'égaler Albert Dust, lex rendirent ‘très-attentif aux détails, et minutieux même lorsqu'il le voulut. Il disait que le peintre devait être maître du blanc, du rouge et du noir ; en effet, il réussit parfoisd’une manière étonnante avec ces seules couleurs, à l’aide des contrastes ; quoiqu'il ne soit pas vrai qu’il les -employât ‘exclusivement. Il'est: sobre plutôt que:vif dans ses:compositions, ‘et l’expréssion fait le mérite de ses portraits; car'il donne:à ses figures d'hommes autant de vie et d’énergiequ'on:en voit peu: dausses anges et ses saints.
Dans tout le cours de sa vie, qui fut longue et tranquille, il se
montra ennemi des courtisaneries ; parce qu'il sentait la dignité de son art. Après avoir survécu à tous ses amis, sans connaître ni langueur ni décrépitude, il mourut dans un temps de peste, et le sénat de Venise Lt son p cadavre d’être brûlé comme les autres.
Il fit très-peu d'élèves, parce e qu'il manquait de patitrice pour enseigner, ou peut-être par jalousie, À sa suite pourtant vint une famille de peintres, qui fit son étude du coloris, au point de négliger pour li: couleur la composition et le dessin. Ce mérite suprême des Vénitiens provient; ‘indépendamment du choix de la matière:et de la blancheur de:l’empreinte , de leur procédé qui consiste à ne pas empâter, mais à toucher ; à ne pas tourmenter le pinceau , mais à jeter hardiment la teinte, qui ressort ainsi avec plus de pureté : cela exige une grande assurance, et l'art de marier les couleurs; dont le contraste jette tant de vivacité dans leurs peintures. Comme il y avait peu à inventer dans les nombreux portraits qu'il ‘ævait’ à faire, l'artiste raffinait sur les détails; ‘de là, leur habileté à reproduire les étoffes, les-velours, les métaux, ainsique les ornements d'architecture, les tables et les Autres accessoires.
‘François lit peindre les principales demoiselles de sa cour par Paris Bordone, imitateur du Titien, dont le coloris est riant et très-varié, les têtes pleines de vie, la composition convenable,
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