ARTS A L'ÉTRANGER
proche pas de ce que l’on construisait à la même époque en Italie.
L'Espagne commença, sous Ferdinand et Isabelle, à incliner vers les classiques, dont on avait étudié ‘les ouvrages en Italie. Le Palais-Vieux de Florence a servi de modèle àcelui que Charles-Quint fit élever à l’Alhambra de Grenade, et qui est de Pierre Machuca, bien qu'on l’attribueà Alonzo Berruguète ; quoique beau par lui-même, il semble énorme au milieu des légères constructions moresques, On ne cite dans ce pays aucun talent supérieur, mais plusieurs bons artistes, comme Ferdinand Ruiz, qui exhaussa la grande tour de la Giralda , ouvrage des Maures, et construisit l'église de Séville; puis Berruguète, peintre, architecte et princi palement sculpteur, de l’école de Michel-Ange. Ses ouvrages dans le Prado de Madrid et dans l’Alhambra, et la Transfiguration qu'il sculpta pour le chœur de la cathédrale de Tolède, ont servi de modèlesaux artistes de cette nation. Dominique Théotocopoli, né en Grèce, élève du Titièn , construisit à Madrid le collége de Marie d'Aragon, ainsi que l'église et l’hôpital de Huesca, dont la conception est grandiose. Barthélemy de Bustamante édifia l'hôpital de Saint-Jean-Baptiste à Tolède, avec une cour somptueuse. Jean-Baptiste de Tolède ouvrit à Naples la plus large rue, qui garde son nom , et bâtit Saint-Jacques des Espagnols ; il fit ensuite le plan de l’Escurial, qui fut continué par Jean d’Herrera, son élève. Le beau tabernacle dessiné en forme de petit temple par ce dernier, avec huit colonnes de jaspe sanguin, et une grande richesse de statues d'or et de pierreries, fut exécuté par Jacques Trezzo de Milan.
François de Olanda, miniaturiste portugais, écrivit en 1549 un dialogue, tenu à Rome, entre Victoire Colonna, Buonarotti et Lactance Ptolémée (1). La Russie, moins ouverte à la civilisation italiénne, conserva beaucoup plus l'empreinte de l’art byzantin. Vladimir L°", qui reçut le baptême à Kerson, chargea des Grecs de construire un temple dans cette ville, l’église de la vierge Marie à Kief en 989, et Sainte-Sophie à Novogorod; tous ces édifices sont ornés d'images dans le style byzantin. Ce ne fut
qu’au douzième siècle que des artistes nationaux modifièrent ce .
style; puis, à l'invasion des Tartares, on voit des constructions à la manière orientale et lombarde, qui donne un caractère original aux églises de Moscou et au Kremlin. Les édifices, construits
(1) Publié naguère par C.-A. RaczyNsky, les Ars en Portugal; 1846.
Espagnols.
Flamands.
d’abord en pierre par Ivan. ILT à Moscou, sont également originaux ; en 1483 Euphémius, évêque de Novogorod, fit bâtirpar des Allemands un palais en a avec des peintures et une horloge. s
Ivan appela. d'Allemagne et ‘d'Italie des artistes renommés. Aristote Fioravanti construisit, l’église du Kremlin; Pierre-Antoine Solaro (1), en. 1487; commença le palais dit de granit, qui fut achevé par, le Génois. Paul Bossi,. par. Marco:et, d'autres ; le Milanais Aloisio.y.fit le Belvédère et termina l’Assamption.ayec de nouvelles. coupoles, et. d’antres édifices mêlés d'oxiental et d'italien, Plus tard, même il y eut de bizarres mélanges,.et, Ja Vasili-Blagennoi à Moscou, de 1554, a des coupoles bulbeuses ;, telles que les Russes devaient les voir dans leurs guerres avec.les Tures. La plupart des églises, sont, des carrés longs. à l'intérieur, avec, une voûte soutenue par six colonnes. équidistantes.. cinq coupoles , trois portes à l'extérieur, précédées d’un portique, et pareil nombre. dans, l’espace intérieur qui; fait communiquer aux trois autels:, dérobés aux regards par l’iconostase, Souvent une église est placée sous une autre, mais non souterraine, et dans laquelle on .enterre les, princes. En 1600, Moscou comptait 400 églises, dont 45 au Kremlin. Quant aux:peintures, les czars voulaient; que les, nouvelles reproduisissent fidèlement les anciennes,.et jusqu'à Fédor KE", en 1581, on ne RFA que des saints.
Les Italiens gardèrent le silence sur les, étrangers, ou.p'en parlèrent, qu'avec le dédain d’une supériorité incontestable; en effet, hors de l'Italie, ce n’est qu’en France et. en, Allemagne qu’on trouve un.enchainement historique, un accord scientifique des arts et des écoles caractérisées.
Dès 1454 il avait été institué à Anvers une académie qui s’exerçait de préférence à représenter la nature telle que L'artiste la voit. Peut-être le, goût prédominant du coloris émoussa-t-il le sentiment de la forme.et de la beauté idéale,
Nous avons déjà fait mention des Van Eyck, dont les traditions furent suivies, jusqu’à Quentin Messis ou Methzys, d’Anvers; on, admire les tableaux, de ce dernier. dans. la ; galerie de cette ville. L'imitation italienne RPPMEREE à partir de ce moment,
Michel Cockier, de Malines, se forma sur Raphaël ; Pierre
(1) Kzarrorn, Tableaux hist., p.274.
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oDPRERysvvr 10) 341 Campana, Flamand aussi, passa vingt anné” n Italie; dans ce long séjour, il se dépouilla de la sécheresse a. , école natale. Il obtint à Séville le surnom de Divin, et sa Déposition, à Sainte- Croix, ‘excita l ‘admiration.
Pierre de Wit| Candide), de l’école de Vasari, dirigea en Bavière plusieurs ouvrages, notamment le mausolée de Louis de Bavière, l’un des ornements les plus remarquables de Munich, coulé en bronze par H. Kramperde Weilhem, en 1622. Lambert Lombard, de Liége, est cité comme un architecte et un peintre très-habile, Pierre Breughel peignait avec une extrême vérité les scènes champêtres , et tout ce qui se passait autour de lui. Venu en Italie, il continua de reproduire le naturel, courant les campagneset les tavernes pour mieux observer. Au milieu de l’immenseet originale variété de ses tableaux, il représenta des scènes de diableries. Son fils Jacques, qui s’en inspira peut-être, fut surnommé d’Enfer par ce motif, et, comme Callot, il finit par croire au diable et'aux sorcelleries, qu'il voyait partout. Son frère Jean fut, au contraire, appelé le Paradis, à cause de la préférence exclusive qu'il donnait aux fleurs et aux anges ; son Paradis terrestre est surtout célèbre, et les burins les plus habiles n’ont pu réussir à rendre le fin minutieux de ses beautés.
En Allemagne, Martin Schœn, de Colmar, n’eut ni modèles ni disciples. La cathédrale de Fribourg possède de belles peintures de Jean Grün; celles du Saxon Luc Cranach conservent l'originalité native, ‘mal appréciée par les idolâtres de la pure forme. Si les artistes italiens avaient une existence mobile et magnifique, Albert Durer de Nuremberg passa la sienne dans le calme et la simplicité, comme il nous l’a décrite dans ses Mémoires. Placé dans l'atelier d’un orfévre, profession que son père exerçait, il montra son habileté, à l'âge de vingt et un ans, dans la ciselure admirable d'une Passion. Alors il voyagea, s’adonna de préférence à la gravure et se fit une grande réputation. En 1506 il vint à Venise, pour demander réparation au sujet de certaines de ses gravures contrefaites par Marc-Antoine Raimondi. Les Vénitiens, tant épris du coloris, firent peu de cas du graveur; mais Jean Bellini se fit son appui auprès des patriciens.
« Pouvez-vous rester là-bas! écrivait Durer à l’un de ses « amis. Combien les Italiens sont aimables! ils m'ont entouré de « prévenances, et chaque jour ils me montrent plus d’attache- « ment, ce dont mon cœur éprouve une indicible satisfaction.
Allemands,
Alb. Durer.
« Ce sont des gens bien élevés, instruits, élégants, bons joueurs « de luth, pleins d’esprit et de dignité, affables et bons avec moi « au delà de ce qu’on peut dire; fl est vrai qu’il ne manque pas «/non plus chez eux de gens sans foi, de menteurs, de fripons, qui n’ont pas leurs pareils sous le ciel. A les voir, vous les prendriez pour les meilleures gens du monde ; ils rient de tout, même de leur mauvaise réputation. Je fus averti à temps, par mes amis, de ne manger ni boire avec eux, ni avecles peintres de leur coterie. Parmi ceux-ci, quelques-uns se sont mis à me faire la guerre, et copient effrontément mes tableaux dans les églises et les palais, tandis qu'ils vont criant que je ruine le goût en m'éloignant des anciens; ce qui n’a point empêché
Jean Bellini de m’accorder de grands éloges en nombreuse
compagnie; en outre, il vouiut avoir quelque chose de moi, « et vint me trouver en persopie pour me demander un dessin, « ajoutant qu’il était jaloux &e le bien payer. Il est aimé, res- « pecté, admiré de tous ; on n° parle que de sa bonté, de son « esprit, et, quoique vieux, il a peu d'égaux. »
De retour dans sa patrie, Durer fit le portrait des hommes illustres de son temps ; mais il s’appliqua plus particulièrement à la gravure; on compte, en effet, cent six planches de lui sur cuivre, et trois ceut douze sur bois. Le grand arc de triomphe de l'empereur Maxir\i'ien, Composé de quatre-vingt-douze planches de dimensionsdiverses, dont la réunion forme un tableau de neuf pieds sur dix et demi, est aussi de Durer, ou exécuté sur ses dessins. Indépendamment de sujets d’histoire et de mythologie, il en tira beaucoup de son imagination, comme le fameux Cheval de la Mort et la Mélancolie.
Avant lui, la pureté du style et le sentiment de la beauté physique n’avaient pas été appréciés en Allemagne ; il écrivit sur la géométrie élémentaire, la fortification des places, la proportion du corps humain, et toujours avec des planches explicatives. Il ne négligea pas non plus la peinture, et son tableau le plus célèbre est le Crucifiement, à Vienne. Dans la précieuse collection de l'archidue Charles, il faut étudier ce peintre unique par une nombreuse variété de dessins de tous genres, aussi finis dans les détails que herdis dans la composition. 11 voyagea deux fois en Hollande, fêté partout, et trouvant dans cet accueil un encouragement à produire de beaux ouvrages (1). L'école qu'il laissa,
(1) Durer se révèle parfaitement dans la relation de ce voyage ; dont une
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