‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 93 sur 146 · HOLBEIN · texte numérisé non relu

HOLBEIN

fut surpassée par les Flamands, les Italiens de l’Allemagn: Holbein naquit à Bâle, d'un peintre médiocre ; sans autres mai tres, sans quitter ses montagnes , il devina la peinture, et on

partie a été publiée récemment par Demurr, dans le Journal allemand des beaux-arts. « Moi, pauvre Albert Durer, je partis de Nuremberg à mes frais, avec ma femme. Nous passâmes la nuit dans un village de Bavière, où nous avons dépensé trois batzen moins six deniers, De là nous allâmes à Anvers. Le dimanche était la fête de saint Ospute, et la congrégation des peintres m'invita à un grand banquet, avec ma femme et ma fille. Vaisselle d'argent, service de cristal, table excellente, rien n’y manquait. Les dames étaient toutes en habits de fête, et quand on me conduisit à ma place, le peuple se pressait des deux côtés de la table pour voir ma célébrité. 1! y avait plusieurs personnes de qualité, princes, ducs, qui me reçurent de la meilleure grâce, m'offrirent leurs services et leur protection pour tout ce qui pourrait m'être utile. Quand je fus assis, le maître d'hôtel des seigneurs d’Antorff s'approcha de moi, accompagné de deux valets, et m'offrit, de la part de ces nobles seigneurs, quatre pintes de vin qu'ils me prièrent de boire de suite, et d'accepter en signe de haute considération. Je me soumis à cette loyale invitation , en protestant de mon dévouement à l'illustre famille. Vint ensuite à moi maître Pierre, charpentier de la ville, qui me présenta deux pintes de vin, toujours avec l'offre de ses services. Après avoir passé gaiement une bonne partie de la nuit à boire et à chanter, les convives se levèrent, et m’accompagnèrent avec des torches jusqu’à mon logis, absolument comme un consul romain, A la porte je pris congé d'eux, et dormis d’un bon somme jusqu’au lendemain. J’allai ensuite à la maison de maître Quentin (Me{hzys). Fischer m'acheta, pour le compte des seigneurs d’Antorff, seize images de la Passion pour quatre florins ; d’autres du même sujet, d’une forme plus petite, pour trois florins; vingt autres demifouilles de différentes espèces, pour un florin en tout. 1tem, j’ai vendu à mon hôte une petite Vierge peinte sur une mauvaise toile, pour deux florins du Rhin.

« Le jour d’après la Saint-Barthélemy, je fus conduit à Malines ; maître Ronsard, et un peintre dont le nom m'est échappé, m'invitèrent à souper. Maître Ronsard est le fameux sculpteur au service de madame Marguerite, fille de Maximilien. Le lundi nous allâmes à Bruxelles. J’y ai vu chez le conseiller quatre belles peintures du grand maître Rudiger, et les deux cadeaux apportés du Mexique au roi, savoir : un soleil d’or large d’une toise, et une lune d’argent aussi grosse que le soleil, et par-dessus le marché, toutes sortes de vases, d’ustensiles, de plats d'or et d'argent, des ornements étranges d’unetelle splendeur qu’ontrouverait difficilement les pareils. 1ls sont si précieux qu’on lesestime 100 m. livres d’or. Je n’ai jamais vu, de ma vie, chose qui me fit autant de plaisir. J'ai admiré ces ouvrages si fins en or, m'étonnant de l’habileté et de l'esprit subtil des hommes des pays lointains.

« Madame Marguerite m'a fait dire que j'avais en elle une protectrice auprès du roi Charles ; elle m’a montré beaucoup d'intérêt, et je lui ai envoyé une bellé épreuve de ma Passion. Quand je suis allé à la chapelle de la maison de Nassau, j'y ai vu l'admirable portrait fait par le grand maître Hugue. Maitre Bernhardt, peintre, n’a invité à diner, et le repas a été si magnifique que je ne pense pas que Bernhardt en ait été quitte pour dix pièces d’or. Il yassistait plu-

Holbein 1608-166

J4i QUINZIÈME ÉPOQUE.

l’admira bientôt,pour son tableau, fait à Bâle, de la Danse des Morts , qui, propagée par la gravure , influa tant sur l’art pational. Facile et fécond, il multiplia ses ouvrages; il a une touche

sieurs nobles qu'il avait invités pour me tenir compagnie, entre autres le trésorier de madame Marguerite, dont j'ai fait le portrait, le chambellan du roi, le trésorier de la ville, à qui, j'ai envoyé une épreuve de la Passion, et qui m’a envoyé.en, retaur une escabelle de goût espagnol, en bois noir, qui peut valoir trois pièces &'or, J'en ai.aussi adressé une épreuve à Érasme, de Rotterdam, secrétaire de Bonisio. Puis j'ai faitau charbon le portrait de maître Bernhardt, peintre, de: madame, Marguerite, et, de nouveau, celui d'Éranme,; Mais aix personnes dont je terminai. les portraits à Bruxelles, ne me donnèrent pas un sou. Puis je passai à Aix-la-Chapelle, où je vis le couronnement de Char: les-Quint. :

« Le vendredi je sortis d'Aix. pour aller à, Louvain, Le samedi, j'étais à Colugne, où j'achetai pour cinq deniers un Traité du docteur Luther, et pour un, denier un autre intitulé . Condamnation du. saint, homme Luther, Le dimanche; je vis les fêtes et les divertissements, et j'assistai au banquet donné en l'honneur du , couronnement. Le lundi je reçus de l’empereur le diplôme de peintre de cour. Le, samedi suivant, nous partimes, pour Bruges avec Hans Lixben d'Ulm, et Saint-Plos, fameux peintre né dans cette ville. Dans la mai: son de l’empereur, j'ai vu; la chapelle peinte par Rudiger, et les tableaux d’un ancien peintre, ptobablement Zemling. Chez Jacob, j'ai vu aussi des tableaux d’un grand prix de Rudiger,, Hugue et autres grands maîtres. J'ai vu la, statue de la Vierge.en albâtre, ouvrage de Michel-Ange, les tableaux de Van Eyck et.d’autres peintres. Là encore, il me fut donné un banquet superbe; les con. seillers de la. ville me firent présent de douze pintes de vin, et la compagnie, composée de soixante personnes , m’accompagna au logis après le repas. De là je vins à Gand ; le doyen des peintres et les personnages principaux me reçurent avec!enthousiasme, et tous me conduisirent à la haute tour de Saint-Jean. J'ai vu le fameux tableau de Van Eyck, si beau, si admirable , qu’il n’y a pas d'argent pour le payer. La Vierge. surtoutet.le. Père Éternel sont d’une expression merveilleuse. Les peintres et leur doyen ne melaissèrent pasun moment, et, tout le temps que je restai dans cette ville, ils: voulurent m'avoir à: déjeuner et à souper avec:eux. Enfin je partis pour Anvers. Après y avoir passé quelque temps, je suisretonrné avec les miens:à Malines, auprès de madame Marguerite ; je:lüi montrai le portrait de l’empereur, que je voulais lui offrir en don ; mais elle ne voulut:pas l’accepter.

« De tout ce que j'ai fait dans les Pays-Bas, je n’ai retiré que des pertes. Nobles ni bourgeois ne m'ont payé, et madame Marguerite pas plus quelles autres. Pour tous les cadeaux que je lui ai faits, pour toutes les esquisses que jelui ai adressées, elle ne m’a pas donnéun fétu,. Au moment de partir, je reçus à l’improviste une lettre de Christiern IE, roi de.Danemark, qui m'ordonnait de me rendre auprès de lui en toute hâte pour faire son portrait et celui des seigneurs de:s4 cour, en m'assurant que. je serais, bien traité, ,et.mangerais à la table royale. Le lendemain, je montai sur. un vaisseau, de l'État, et je m'en allai à Bruxelles chez le roi de Danemark, à qui je donnai mes meilleures gravures. Ce fut chose très-curieuse pour moi de voir l’étornnement avec lequel les gens de: Bruxelles regardaient passer Christiern; je vis aussi l’empereur aller au-

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