‹ Histoire universelle [microforme] (volume 4)Chapitre 98 sur 146 · LANGUE LATINE. J · texte numérisé non relu

LANGUE LATINE. J

La poésie latine fut cultivée d'une manière remarquable par Sannazar, Fracastor, Flaminius et Vida. Avec quelle tendresse Sannazar n'adresse-t-il pas à sa patrie le salut d'adieu, lorsqu'il suit, exilé volontaire, Frédéric IT, le dernier rejeton de la famille royale de Naples, après avoir tout vendu pour fournir aux besoins de son protecteur prisonnier (1)! Son poëme de Partu Virginis (1526 )respirel’élégance, uneextrême pureté, une harmonie virgilienne, bien qu'on soit choqué de trouver ces nymphes, ces Protées, ces Phébus, mélés aux dogmes les plus vénérables. C’est ainsi que, sur son tombeau, l'on voit figurer Apollon et Minerve, des faunes et des nymphes dans une église chrétienne. Vida, de Crémone, composa avec beaucoup de facilité un Arf poétique. Dans le Jeu d'échecs (1527) et dans le Ver à soie (1537 ),il affronta la difficulté de préceptes arides que le latin ne devait plus faire entendre. Il répandit une véritable piété dans la Christiade (1535), œuvre pure de tout ornement profane; il tira de son sujet un meilleur parti que Sannazar, dont il n’égale pas toutefois, à beaucoup près, la douceur et la dignité.

Fracastor, pour qui la muse n’était qu’une distraction au milieu d'études plus sévères, choisit un thème étrange dans la Syphilis ÿ mais il sut, grâce à l'association de ses deux qualités de poëte et de médecin, l’ennoblir par de belles digressions et pallier la dégoûtante indécence du sujet, comme aussi les périphrases contournées et l’aridité dialectique. Toujours harmonieux, il est loin cependant de la suavité de nombre et de la sobriété de Virgile.

Navagero professait tant de haine pour les arguties et les affé-

(1) Parthenope mihi culta vale, blandissima Siren ;

Atque horti valeant, hesperidesque tux ;

Mergillina vale, nostri memor ; et mea flentis Serta cape, heu domini munera avara tui.

Maternæ salvete umbræ, salvete paternæ ; Accipite el vestris thurea dona focis.

Neve nega optatos, virgo Sebethias, amnes ; Absentique tuas det mihi somnus aquas.

Det fesso æstivas umbras sopor, et levis aura, Fluminaque ipsa suo lene sonent strepilu ;

Exsilium nam sponte sequor. Sors ipsa favebit. Fortibus hæc solita est sæpe et adesse viris.

Et mihi sunt comites Musæ, sunt numina votums Et mens læta suis gaudet ab auspiciis,

Blanditurque animo constans sententia, quamvis Exsilii merilum sit satis ipsa fides.

(Epigramm. lib., ep. 7.)

teries de Martial, qu’il brülait chaque année, en hécatombe aux Muses, tout ce:qu’il trouvait d'exemplaires de ce poëte. Fracastor, dans le dialogue sur la poésie auquel il donna son nom, l’éleva au-dessus des préceptes mesquins ; il met l’essence de la poésie dans l'idéal, comme le fait une école philosophique toute récente.‘ \"

Sadoleto écrivit d’un style:très-pur et sans affectation ; Pierre Bembo, avec magnificence. Pierre Angelio Bargeo composa en latin la Chasse aux chiens et à la glu,et la Syriade ou les Croisades. Marcel Palingenio( Zodiacus humanæ + ..æ) flagella, dans des vers moins beaux que les pensées , la corruption du clergé, Basile Zanchi, de Bergame, habile poëte latin, mourut prisonnier de Paul IV. Nous citerons encore trois frères Capilupi et cinq Amaltei, egregii fratres queis Julia terra superbit ; André Marone, de Bréstia, improvisateur, comparé par l’Arioste à son homonyme antique, et qui mourut de faim lors du sac de 1527. Jean-Aurèle Augurelli fit hommage à Léon X de sa Chrysopeia ou l'Art de faire de l'or ; en échange, il reçut de ce pontife une bourse vide pour: y mettrece métal. François Arsili, dans son élégie de Poetis urbanis, donne des éloges à plus de cent poëtes latins vivant à Rome sous Léon X, et comparés par leurs contemporains aux plus illustres.

Jules-César Scaliger est: le premier moderne qui, dans sa Poëétique, lvre:sans bornes, ait songé à réduire l’art des vers en système, à l’aide de nombreux exemples. Dans son parallèle entre Homèreet Virgile, on aperçoit l’homme degoût plutôt que l’homme de génie. Préoccupé de son amour pour l'élégance plus que du sentiment de la force, il donne toujours la préférence à Virgile sur le poëte grec; il est comme celui qui atme mieux la beauté délicateet fardée que la fille inculte des montagnes ; mais, ce qui est pire, il met au-dessus d'Homère Musée, l’auteur d'Héro et Léandre. 11 croit Horace et Ovide supérieurs aux Grecs, et soutient avec beaucoup d’art une these qui, prise en détail, n'est pas toujours un paradoxe; il passe aussi en revue les modernes, parmi lesquels il donne la palme à Fraeastor et, 'après lui, à Saznazar et à Vida.

D'autres érugits adaptaient les formes et le langage antiques à des choses nouvelles, voulant parler comme les anciens, mais vivre d’une vie propre, commenter moins et écrire davantage. Nous placerons dans ce nombre les historiens, les philosophes et ceux qui agitaient les questions de l’époque, écrivains auxquels

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