‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 102 sur 245 · CHRISTIAN VII · texte numérisé non relu

CHRISTIAN VII

Il nourrissait en outre deux belles pensées : attribuer les emplois au mérite, non à la naissance , et affrancbir les paysans; à cet effet, il voulait vendre les biens communaux et alléger les corvées.

Tandis que le roi se livrait aux plaisirs, autant que le lui permettait son corps énervé, Struensée affermissait avec la reine le gouvernement, tout en réalisant ses innovations. En effet, il abolit beaucoup d'emplois, diminua le nombre des fêtes, proclama la ‘ liberté de la presse , limita l’action de la police et lui interdit l’entrée du domicile, introduisit la loterie de Gênes, permit le mariage entre cousinset beaux-frères et l’union de l’adultère avec son complice après la mort de l’époux ; enfin il empprima la différence entre les enfants naturels et les enfamits légitimes, La plupart de ces idées étaient puisées dans ses auteurs ®prédiiection, et te faisaient passer pour un athée aux yeux de que ques-uns, pour un charlatan dans l'esprit de la plupart; celles meme de ses dispositions qui étaient bonnes mécontentèrent par la manière dont il procéda. Le clergé et la noblesse frémissaient de la sumpression de leurs priviléges; la presse se déchainait contre lu! st il dut réprimer ses excès ; le peuple , qu'il cherchait à se e ilieren faisant des distributions de viande et de vin, le peuple m méprisait, et sa préférence déclarée pour les Allemands et leur langue déplut à tous. Lorsqu'il tenta un coup décisif en licenciæ + la garde à pied, le tumulte qui survint révéla chez lui cette fraseur qui dégrade sans retour celui qui l’éprouve.

Sentant le péril, il voulut alors se retiree: mais la passion de la reine ne le lui permit pas. Juliane s’ocempait de creuser son tombeau; le roi fut assailli par les conjurés qu’elle dirigeait, et ils l’obligèrent à signer l’ordre d’arrestation de sa femme et de son ministre. Tous furent jetés en prison, et l’on "ait à la tête du gouvernement Frédéric, avec les complices de-1a trahison. On fit le procès à Struensée sur des accusations dont il est si difficile de

se justifier; entre autres crimes, on lui imputait d’avoir élevé le le prince aux travaux manuels, ce qu’il avait fait réellement pour se conformer aux préceptes de Rousseau. [l se disculpa suffisamment ; mais il eut la lâcheté d’avouer ses relations avec la reine, qui se trouva en butte au déchaînement de ses ennemis; combattue entre sa dignité de femme et de reine et sa faiblesse comme amante, elle finit par en convenir (1). Le divorce fut en conséquence

(1) Un anonyme, témoin oculaire, rédigea des Éclaircissements authentiques sur l'histoire des comtes Struensée et Brandt, qui furent ensuite ime

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prononcé, et Struensée condamné à mort, avec Brandt, ministre des plaisirs de Gustave. On n’osa cependant déclarer le prince royal illégitime. C’est ainsi qu’un homme qui aurait pu se faire bénir du peuple comme réformateur ne réussit qu’à s’attirer la haine par son arrogance et sa légèreté.

Le ministre Guldberg suggéra au prince héréditaire la loi de l’indigénat, d’après laquelle les indigènes seuls purent être appelés aux emplois et aux dignités, admis dans les colléges et les maîtrises. On applaudit à cette réaction contre la faveur prodiguée aux étrangers; mais bientôt on vit un grand nombre d'ouvriers allemands quitter le pays, les ateliers rester vides, beaucoup de fabriques se fermer, et toutes choses tomber en désarroi.

Ce fut une meilleure inspiration de favoriser la compagnie des Indes occidentales, qui prospéra, et d’ouvrir le canal de Kiel entre la Baltique et la mer du Nord, afin d’épargner aux bâtiments la nécessité de faire le tour du Jutland.

Lorsque le prince royal Frédéric eut atteint l’âge qui lui permettait d’être admis dans le conseil, il ‘rappela le grand Bernstorf, réforma certains abus, activa l’affranchissement des paysans, et décida que tous les liens qui les attachaient à la glèbe cesseraient au premier jour de l’année 1800. Il succéda ensuite à son père le 13 mars 1808.

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