CHAPITRE XVII
Nous avons vu décliner le midi de l’Europe, tandis que le nord grandissait de plus en plus, et l'Angleterre se mettre à la tête de
primés en allemand. Selon lui, le baron Schack-Rathlow, juge instructeur de ce procès, ne réussissant pas à circonvenir la reine par des questions captieuses, l’attaqua par le sentiment, en lui affirmant que Struensée avait avoué l’adultère ; mais, puisqu'elle le niait et qu'il ne voulait point douter de sa parole, les juges seraient obligés de condamner le ministre pour crime de lèse-majesté, comme ayant calomnié la reine, Elle resta frappée de cette insinuation, et deiwanda si un aveu de sa part sauverait Struensée, Schack fit un signe aftirimatif, et lui présenta aussitôt une feuille à signer, où elle se reconnaissait coupable. Elle prit la plume, écrivit Carol... ; mais ayant levé les yeux et aperçu la joie féroce qui brillait dans les regards de Schack, elle jeta la plume, se livra à des transports d’indignation, et tomba évanouie. Alors Schack lui prit la main, lui fit écrire le reste de son nom, et s’en alla avec la feuille fatale.
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la politique de ce temps , diriger les négociations de la paix, fournir des subsides pour les guerres. Ses révolutions précédentes l'avaient fait arriver à la réalisation du gouvernement parlementaire, alors que nul autre pays ne le possédait encore. On se plait donc à arrêter ses regards sur cette île, où la constitution et les lois étaient inébranlables, les fonctionnaires soumis au jugement de la publicité, les ministres responsables sous un chef inviolable, qui n’exerçait guère qu’une apparente direction.
La prépondérance politique de la Grande-Bretasne augmentait chaque jour en Europe à cause du luxe, de l’a: ‘‘‘té des plaisirs et de lesprit mercantile toujours croissant. Les rois, qui, dans leurs besoins de plus en plus grands, s’adressaient jadis à la Hollande comme à une banque universelle, avaient désormais recours à l’Angleterre. Sa situation, qui lui offrait j’avantage de n’avoir à redouter ni attaques imprévues, ni conflits pour ses frontières, lui permettait de jouir d’une liberté assez tempérée pour ne pas devenir turhulente, assez vive pour donner l’impulsion au pays, et tenir l’Europe attentive à ces discussions d’où
.sortaient des idées d’ordre et d’indépendance inconnues ail-
leurs. Tous les hommes d’État la contemplaient donc avec admiration ; en même temps, comme sa constitution intérieure lui faisait une loi de s'étendre pour subsister, et lui imposait l'obligation de produire beaucoup et de procurer constamment à ses marchandises un débouché , il en devait péaulisr une espéce d’héroïsme mercantile.
Les deux partis qui divisaient l’Angleterre sont FR l’âme du pays, bien loin d’y causer un déchirement, les whigs étant les gardiens de la liberté, et les torys ceux de l’ordre; les uns poussant au mouvement, et les autres le modérant ; les premiers semblables à la voile sans laquelle le bâtiment n’avancerait pas, et les seconds au gouvernail qui le maintient droit dans la tempête. Mais lorsque /a bonne reine Anne laissa le trône à George, électeur de Hanovre, ce qui faisait succéder à l’ancienne dynastie normande une famille originaire d’Italie, qui avait grandi en Allemagne, les deux partis semblèrent changer de rôle. Les whigs, croyant devoir soutenir la dynastie protestante, devinrent royalistes ; les torys se mirent de l’opposition pour combattre une dynastie élevée par une révolution. Rien d’étrange comme de voir ces torys, descendants des vieux catholiques, prôneurs de Strafford et de Laud, se faire les défenseurs de la liberté, et les whigs, successeurs des têtes rondes, qui juraient par la parole de Milton et de Locke, par les actes de Pym et de Hampden , ramper au
Gcorge ler.
12 août.
pied du trône ; mais, avant tout, on voulait un roi protestant, et les torys eux-mêmes nese seraieni déclarés pour le prétendant qu’autant qu'il aurait renoncé au catholicisme. D’autre part, le prétendant avait pour lui beaucoup d’Écossais et plus encore d’Irlandais, tous catholiques; mais le fantôme du papisme fut le véritable appui des deux premiers rois de la maison de Hanovre, qui autrement seraient tombés au milieu des huées, comme Richard Cromwell, auquel ils n’étaient point supérieurs.
George I‘, étranger au pays, dénué de talents, habitué aux usages d’une petite cour et n’ayant guère de goût pour une grande représentation, ignorait les coutumes, la constitution, le génie et jusqu’à la langue du pays ; il n’avait aucune des qualités qui rendent la nullité respectable ou le libertinage attrayant : cruel, entêté de mesquines idées, il était peu propre à se concilier les esprits, quoiqu'il fût économe du temps et des revenus publics, ami de la paix, tout en ayant quelque aptitude aux armes. Il serait tombé certainement sans la force du ministère wigh, et la persuasion où l’on n’était généralement qu’il n’était possible de choisir qu’entre la maison de Brunswick et le papisme.
George compléta le constitution par l'acte de septennalité, qui portait à sept ans la durée des sessions de la chambre des communes : règle fausse en théorie, mais utile en pratique pour se maintenir au r:ilieu de temps orageux , éloigner le désordre des élections fréquentes, rendre la chambre plus forte, Paffranchir de la couronne et des pairs.
Ileut d’abord pour ministre Charles, vicomte de Touwnshend ; Marlboroug , Robert Walpole (1) et les autres whigs, rentrés en faveur, demandèrent que l’on fit le procès au précédent ministère, dont Bolingbroke était le chef; il fut condamné pour avoir souscrit la paix d’Utrecht, qui pourtant était son chef-d’œuvre, et avait eu l’aveu de deux parlements. Le comte d'Oxford fut donc conduit à la Tour ; Bolingbroke et Ormond s’enfuirent en France, où ils firent assaut de débauches avec les roués de la régence, et encouragèrent le prétendant, qui s’intitulait Jacques IIL. Ce prince tenta une expédition en Écosse ; mais, battu et mis en fuite, il vit les jacobites châtiés d’une manière atroce, et il ne lui resta que le souvenir d’avoir été servi à table à genoux; ceux qui avaient favorisé l’invasion furent punis des supplices les
(1) On trouve de nouveaux renseignements sur les Walpole dans les Mémoirs of tho reign of George the II and George the III, by HoRACE WALPOLE, now Jirst published from the original mss., with notes by sir Denis LE Mar- CHANT ; 1845, Londres.
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plus barbares, et l’on décréta que chaque année, au jour anniversaire de l’avénement de George au trône, on brülerait en effigie le pape , le prétendant, le duc d’Ormond et le comte de Mar.
Walpole de Hougthon, qui fut peut-être le plus grand ministre de l'Angleterre, adopta pour but de toute sa politique l’affermissement de la maison de Hanovre; comme moyen, la paix de l’Europe et l'alliance de son pays avec la France. La reine Anne ayant laissé une dette de 53,681,000 livres sterling, pour laquelle on payait un intérêt de six et de huit pour cent, il commença par le réduire à quatre, en offrant de rembourser ceux qui ne voudraient pas s’en contenter. Idée nouvelle alors, mais qui fut néanmoins adoptée , et l’on établit qu’il serait formé un fonds d’amortissement (sinking-fund) résultant des économies produites par la diminution de l'intérêt.
Walpole aimait le pouvoir, et, pour le conserver, ilse livrait à des actes contradictoires. Tour à tour prudent et téméraire, facile, insinuant et pourtant énergique au besoin, il n’était nullement lettré, et ne savait qu’un peu d’histoire ; il était grossier de manières et dépravé dans ses mœurs, mais il possédait un esprit pratique et une connaissance profonde des hommes, de la cour, de la nation. $e détachant même de ses amis toutes les fois qu’ils pouvaient balancer son influence, ne voulant point de rivaux et préférant des ennemis, il est le premier qui ait conservé pendant vingt ans la direction des affaires avec l’appui de la majorité dans les chambres ; il avait pour collègue Townshend, son beau-frère, homme hardi, impétueux, aux mesures vigoureuses, dont la femme ‘savait maintenir son frère et son mari d'accord sur les maximes fondamentales. Sous un roi qui ne comprenait pas l'anglais et n’assistait même pas au conseil des ministres, le gouvernement était dans la main des agents, et leur rôle principal consistait à diriger la chambre des communes. Or Walpole l’entraînait par sa parole, et séduisait la nation par des projets qui offraient de gros bénéfices ; il savait, disait-il, ce que chaque homme valait, attendu qu’il n’en était pas un dont il n’eût marchandé le vote. ILest certain que ce système de corruption, dont on à fait un crime à Walpole, était un mal nécessaire alors que les membres du parlement n’avaient , pour la plupart, d’autre intérêt à soutenir le gouvernement que leur intérêt personnel. Aussi Shippen, le chef des jacobites, s’écriait-il : Robert et moi nous sommes d'honnêtes gens, lui pour le roi George, moi pour le roi
Jacques ; mais tous ceux-là ne veulent que des emplois, soit de IST, UNIV, — T, XVII, 20
George, soit des Jacobites. Walpole fit donc ce que le temps réclamait, et il le fit bien, attendu que, sous des rois nuls et vicieux, il organisa la paix et prépara la guerre ; qu’il atteignit son double but, qui était de consolider lesinstitutions anglaisesavec la dynastie hanovrienne, et d'accroître l'influence des classes moyennes en augmentant les richesses par une administration habile.
- Dans l’acte d'institution, George avait fait serment de ne point engager la nation dans des guerres ayant pour objet la défense de ses possessions continentales , et de ne choisir pour ministres et pour conseillers d’État que des sujets britanniques; mais il ne tint pas ses promesses. Il introduisit un système de corruption aussi odieux que le despotisme ; il se plut à imposer ses volontés au parlement, qui se prêta complaisamment à des dépenses et à des expéditions n’ayant pour but que ses possessions d’Allemagne, et la défense du Hanovre contre Charles XII, lequel, pour se venger, favorisa le prétendant.
George était venu en Angleterre accompagné de ses amis et de ses maîtresses , qui formaient ce qu’on appelait la cabale de Hanovre; il travaillait souvent avec eux dans la chambre de la princesse d’Éberstein, duchesse de Kindal, sa maîtresse ou sa femme, qui, avide et vénale, avait une grande influence sur les affaires publiques. Son autre maîtresse, la comtesse Platen , n’était pas moins cupide ; mais elle était moins puissante, et les Anglais les honoraient lune et l’autre des titres les plus pompeux. De concert avec le comte de Sunderland, gendre de Marlborough, elles réussirent à renverser les deux ministres, et à faire remettre le portefeuille à Sunderland et à Stanhope.
Une idée semblable à celle de Law fut proposée en Angleterre par le chevalier Blount, sous le nom de Système de la mer du Sud. Il existait depuis Guillaume IIE une dette dite dette des annuités non rachetables, qui s’élevait environ à 800,000 livres sterling par an ; on proposa de rendre cette dette rachetable, et la compagnie de la mer du Sud offrit, en concurrence avec la banque, 7 millions et demi pour le remboursement. Cette offre fut acceptée. La compagnie put en conséquence se rendre maîtresse des dettes non rachetables, qui étaient de 15 millions sterling, et des dettes rachetables, qui s’élevaient à 16 ; elle conduisit l’agiotage avec tant d’habileté que les actions montèrent jusqu’à mille pour cent (1).
(1) Telle était la inanie des spéculations de banque qu’un inconnu se présenta un jour à la bourse, en disant qu’il avait un projet qu'il ferait connaître dans trois mois ; qu’en attendant on eût à souscrire, et que ceux qui payeraient comptant deux guinées seraient inserits pour la valeur de cent, qui en rendraient
Les agioteurs, cédant à l’attrait de richesses acquises sans peine, s'étaient donné un grand ton, affichant avec effronterie le luxe, la corruption, limmoralité , l’athéisme. Mais ce jeu ne dura point une année : les actions tombèrent à 450, et même au-dessous; la nation, déconcertée, abattue, en accusa le roi, les ministres, la cabale hanovrienne; elle demanda le châtiment des coupables, et il en sortit la révélation de fraudes des plussales, de ventes simulées en faveur de Sunderland, de. Stanhope et des maîtresses du roi. Ils furent condamnés en conséquence, et l’on parla même de contraindre le roi à abdiquer. Walpole, qui avait tout fait pour empêcher cette entreprise, fut alors rappelé; les actions s’étant relevées aussitôt, il proposa de transmettre (ingraft) à le banque pour 9 millions d’actions de la compagnie ainsi qu’à la compagnie des Indes orientales, et de lui en laisser pour 20 millions à ellemême. Cette mesure apaisa les inquiétudes pou moment ; mais elle ne put être réalisée.
Cependant, afin de rétablir le crédit public, Walpole présenta un bill de réduction de la dette, dont le résultat fut avantageux à la nation; il chercha même à relever le commerce et à affranchir l'Angleterre de la nécessité de tirer du Nord les matières premières. Le gouvernement britannique se montra moins rigoureux dans les exclusions commerciales ; il abolit les monopoles, à l'exception de celui de la compagnie des Indes, et intervint le moins possible dans les intérêts du commerce. Sans renoncer au système mercantile, il reconnut qu’une constitution où les forces individuelles ont leur plus libre développement est bonne, et qu’il estutile aux gouvernants de favoriser l’action de l’industrie en allégeant de plus en plus ses entraves ; cn conséquence, les lois de douane furent modifiées dans un sens favorable au commerce, ce qui accrut la richesse publique, et avec elle la gloire et la prospérité du pays.
Une indigestion de melon mit au tombeau le roi George L°", qui laissa une dette de 30,267,000 livres sterling, des négociations embarrassées, des obligations de subsides à remplir et la constitution menacée. Il avait toujours négligé sa femme et traité trèsdurement le prince de Galles, qui lui succéda à l’âge de quarante-deux ans. Le nouveau roi , inférieur à son père en talent et en connaissances politiques, était obstiné, irascible, observateur sévère de l'étiquette ; il aimait les parades militaires, et n’avait,
chaque année autant. Il ramassa dans une matinée 2,000 guinées, avec lesqueilies il s’enfuit dès ie même soir.
Bill d'ingrafting.
1 juin,
Gcorge Il.
comme son père, aucun goût pour les arts et les sciences. Il considérait son intérêt comme le bien public, choisissait pour ministres les hommes qui lui convenaient personnellament, prenait ses aversions ou ses sympathies pour règles de sa politique, et se livrait à des maîtresses qu’il entretenait par faste et sans passion. La Walmoden, entre autres, assistait aux conseils ; mais la force de la constitution réduisait cette influence féminine à n’agir que sur les faibles, à faire distribuer seulement quelques emplois et des décorations de la Jarretière. George II avait beaucoup de confiance dans sa femme, Caroline de Brandebourg-Anspach, belle, spirituelle, amie des gens de lettres, notamment de Leibniz et de Samuel Clarke. Tout en cachant son désir de dominer, elle exerçait de l’empire sur son mari et même sur ses maîtresses, et gouvernait comme régente toutes les fois que George s’absentait. ù
Walpole demeura attaché aux whigs et à leurs opinions, c’est-à-dire au principe de la liberté. Chargé d’affermir le gouvernement contre ceux qui voulaient le faire reculer, aussi bien que contre ceux qui voulaient le précipiter dans l’anarchie, il encourut l’animadversion des deux partis , qui ameutèrent l’opinion contre lui. La paix seule pouvait sauver l'Angleterre, et il sut la maintenir malgré le penchant du roi, les criailleries de la foule, limpertinence française, l’astuce espagnole, l’ambition de l’Autriche et la puissance naissante de la Prusse. Malheureusement les vingt années qu’il passa au ministère lui firent mépriser les hommes, dont il avait vu les bassesses et les mobiles secrets. Attaqué journellement dans des libelles virulents, il se faisait défendre par des gazettes salariées ; il toléra des conspirations, inspira la patience au gouvernement et vainquit l'opposition dite des Jacobites , quoiqu’elle fût composée d’un amas d’éléments divers.
Il avait obtenu ou secondé la réhabilitation de l’abject Bolingbroke, qui, après l’avoir achetée à prix d’argent et de bassesses, ne cessa d’exciter l’opposition à présenter des bills populaires, dont le rejet püt rendre le ministère odieux. Townshend se retira alors, et Walpole entra de plus en plus dans la politique continentale. De français qu'était le cabinet, il le rendit autrichien, en s’alliant avec l’empereur et la Hollande ; c’est ainsi qu’il procura sans guerre à la Grande-Bretagne ce que le traité d’Utrecht lui laissait à désirer; dès lors il augmenta son autorité et s’acquit la faveur populaire. 11 ne prit part à la guerre de Pologne que comme médiateur ; entraîné par les criailleries de la multitude à
mt M nm mem ee ee,
des hostilités contre l'Espagne, il les conduisit avec lenteur et sans succès.
L'opposition, qui voyait avec déplaisir l’argent et le sang anglais prodigués en Allemagne, et des soldats étrangers entretenus au péril de la liberté, se déchaîna contre Walpole avec une violence extrême et dans une foule de libelles que dirigeait l’habile orateur Guillaume Pulteney. Il se vit donc contraint, pour se relever du discrédit où il était tombé, à des mesures en désaccord avec ses idées, et il altéra son beau système d’amortissement, créé pour diminuer les taxes. Il pensait avec les économistes que les contributions indirectes étaient plus avantageuses que les impôts directs; il voulait les simplifier, contre lavis du parlement, en abolissant les petites taxes vexatoires et gênantes, en substituant aux droits de douane l’accise ou impôt sur la consommation, dont il espérait tirer assez pour supprimer la taxe territoriale. Il commença à grever le café, le thé, le cacao, puis le sel, le tabac, le vin ; or, quoiqu’il procédât par degrés, afin de ne pas effrayer les consommateurs, l’opposition dévoila lartifice et cria aux armes. Le calomnieux Craftsman et les autres feuilles de l’opposition firent du mot accise un objet d’épouvante, comme s’il devait renverser la constitution; le peuple une fois prévenu, Walpole ne put arriver à son but; mais, lorsque l’opposition se flattait que George se dégoûterait de son ministre, il se fâcha, au contraire, contre les lords qui le combattaient, et, malgré les marionnettes de Bolingbroke, Walpole resta à son poste.
Si la révolution avait rendu le pouvoir exécutif responsable, la chambre, que menait un petit nombre de membres, et des débats de laquelle il était défendu aux journaux de rendre compte, la chambre ne l'était pas. Cette corruption systématique montrait la puissance du parlement; car les ministres n’auraient pas acheté des votes impuissants. Or on ne,pouvait y remédier qu’en rendant le pouvoir exécutif absolu, ou bien en donnant de la publicité aux débats, pour que chacun comparût au tribunal de l’opinion. Cela n’était possible qu’à l’aide de moyens détournés; ainsi l’un repportait les choses du temps comme s'étant passées dans le pays de Lilliput, un autre dans les comices de Rome, où l’on employait d’autres allégories. Mais, durant le long ministère de cet homme d’État qui méprisait la littérature, les protections corruptrices cessèrent envers les lettres; par suite, les écrivains s’adressèrent au public, et les créations de lesprit devinrent une propriété.
25 août,
L'opposition inventa les machinations les plus adroites pour renverser Walpole. Tantôt il résistait, tantôt il pliait; enfin, ayant négligé, dans sa confiance, d’appuyer l'élection de quelques-uns de ses anis, il eut le dessous, et remit son portefeuille à George IT, qui en versa des larmes. Le grave archidiacre Coxe (1) fait de lui un héros, un saint; d’autres en font un Séjan et le père de la corruption, ce qui prouve combien il est difficile de gouverner après une révolution. Mais, pour se soutenir pendant vingt-cinq ans au pouvoir, l’immoralité ne suffit pas; pour tenir tête aussi longtemps aux passions extrêmes, à la loyauté généreuse des jacobites et au républicanisme idéal des calvinistes, pour réussir enfin à vaincre les partis du dedans comme Marlborough avait vaincu les ennemis du dehors, il fallait réunir le caractère, la sagesse et le courage. On ne trouva rien d’irrégulier dans sa conduite lorsqu'elle fut livrée à l’examen, et il conserva son influence sur le roi, tandis que la discorde régnait dans le ministère formé par Pulteney et présidé par Pelham. Les torys, qui s'étaient toujours maintenus, recouvrèrent la faveur de la cour, bien que le manque de fortes têtes dans leur parti fit conserver encore aux whigs les principaux emplois de l'administration. Les deux partis firent taire leurs haines, précisément peut-être parce que les choses avaient été poussées à l’eitrême sous Walpole, et que le peuple s’aperçut que le changement du ministère n’amenait pas un changement de système.
Le prétendant Charles-Édouard, connu sous le nom de chevalier de Saint-George, n’avait cessé d’entretenir des intelligences dans le pays. Les attaques terribles dirigées contre le ministère, les discussions orageuses dont le bruit parvenait jusqu’à lui, le portèrent à croire que le mécontentement était au comble, et qu’il ne fallait qu’une étincelle pour faire éclater la guerre civile. Aidé des subsides de la France, il fit donc un débarquement sur la côte de Lochaber, où il arriva avec 200,000 livres à peine, deux mille fusilset six mille sabres. Le peuple se jetait à ses pieds; mais, Que pouvons-nous faire? s’écriaient les Écossais; nous sommes pauvres, désarmés ; nous ne mangeons que du pain noir. — Je le mangerai avec vous, répondait Édouard, je serai pauvre comme vous, el je vous apporte des armes. Se trouvant bientôt à la tête des clans des Caméron et de Macdonald, il fit proclamer
{1) Mémoires of life und administration of sir Robert Walpole, with original correspondence and authentic papers; 1798.
ri-
son père, et entra dans Édimbourg. Bien qu’il n’eût pas plus de deux 1 * cinq cents montagnards, sans cavalerie ni canons, le courage u usespéré avec lequel ils combattaient mit les Anglais en fuite, et le rendit maître de tout le royaume. Les Écossais de la plaine admiraient un prince « qui couchait sur la terre nue, dinait en quatre minutes et battait l'ennemi en cinq. » Ils composèrent des hymmes en son honneur et des satires contre John Cope, général des ennemis; tous avaient son portrait sur leurs tabatières, et quelques-uns donnèrent même de l'argent; mais les montagnes seules répondaient à l’appel de la cornemuse.
Cependant Charles-Édouard se proposa de conquérir l’Angleterre, qui, ayant perdu l'élite de ses soldats à Fontenoi, se trouvait dégarnie de troupes. A la nouvelle de sa marche, les magasins et la bourse furent fermés à Londres, et George tint des bateaux tout prêts pour fuir avec ses trésors ; si Édouard eût marché droit sur la capitale, il aurait mis en grand péril la fortune de la maison de Hanovre. Il différa, dans lespoir d’être rallié par ceux dont la timidité se bornait à des promesses, et parce qu’il comptait sur
" des intelligeances. Tandis que le gouvernement mettait sa tête à
prix, il défendait aux siens de faire aucune insulte à George ; mais, pendant ce temps, les Anglais réunissaient des troupes et de l'argent; après l'avoir repoussé de l’Angleterre , ils entrèrent en Écosse, et la guerre se termina tout à coup par la bataille de Culloden. Le duc de Cumberland traita si horriblement les blessés qu’on le surnomma le Boucher de l'Écosse, Le chevalier de Saint-George erra pendant cinq mois dans les montagnes d'Écosse avec des fatigues inouïes, traqué par des assassins et la mort sans cesse sous les yeux ; enfin il parvint à se réfugier sur le continent. On le prôna comme un héros , et, bien que la vérité ait été embellie, il est certain qu’il risqua sa vie trèschevaleresquement ; maisil lui manquait l’énergie nécessaire pour diriger le mouvement. Ilinspirait l’enthousiasme ; mais il n’avait ni fermeté pour se relever dans les revers, ni compassion pour adoucir les souffrances de ceux quidéfendaient le dernier des Stuarts. En outre, à Paris, il ne sut pas soutenirla dignité du malheur ; car, tandis que les têtes tombaient en Écosse pour sa cause, il se montrait dans tous les lieux publics, et demandait ses distractions à l’intempérance, comme le font souvent les hommes dont l'existence est brisée.
Quand la journée de Culloden eut mis en évidence la nullité du parti qui rêvait une restauration, éteint les haines en fai-
27 avril.
Pitt.
sant évanouir les espérances, et qu’une génération toute nouvelle se fut affermie dans le gouvernement, on s’appliqua sérieusement aux travaux parlementaires ; la révolution n’ayant plus besoin d’être protégée, on en vint aux idées pratiques. Alors surgirent les grands orateurs, comme Chatham, Granville, North, àla chambre haute; Cambden, Erskine, Mansheld, parmi les pairs judiciaires ; Pitt, Fox, Burke, Windham, Romilly, Wilberforce, Wilkes, Withbread, Dundas , Shéridan et d’autres encore à la chambre des communes, réunion rare de talents supérieurs.
Déjà William Pitt et lord Holland ( Henri Fox) avaient commencé à se montrer. Fox avait toujours admiré Walpole; Pitt était parmi ses adversaires. Le premier devint secrétaire d'État ; Pitt se mit à la‘tête de l'opposition, et son élévation, en dépit de Walpole, prouvaque l'opinion était plus puissante que la faveur. En effet, Fox sc retira, et accepta le poste subalterne mais lucratif de payeur génêral. Rien n’atteste mieux une révolution dans les opinions qu l’avénement au pouvoir de ce Pitt, fils d’un simple écuyer, parvenu si haut à force d’éloquence, de haine contre les Français, de réputation de probité. Dès ce moment commence l'administration de Pült, qui, doué d'une âme élevée , d’un caractère énergique, d’un esprit supérieur, d’une éloquence chaleureuse, sut se concilier le roi sans s’asservir à ses volontés, contrariant même parfois ses vues, et qui servit le pays de préférence au monarque. Il révéla l'Angleterre à elle-même, telle qu’elle était sortie d’une lutte séculaire pour conquérir ses institutions, lutte dont cinquante années avaient été employées à consolider la dynastie nouvelle, et qui donna pour base à ses institutions une monarchie acceptée par le pays. Il communiqua à la nation une ardeur intrépide , un caractère inflexible, un patriotisme énergique, presque distinct, et la fit triompher dé la coalition des souverains de la maison de Bourbon.
On a dit avec raison qu’il possédait les vertus d’un Romain et lurbanité d’un Français; car son patriotisme était tout à fait dans le genre antique, c’est-à-dire arrogant, disposé à sacrifier l’avantage des autres nations et la justice. Il voulut conquérir, exercer une monarchie universelle ; il poussa les Anglais à se faire les rois de l'Océan ; par lui PAngleterre domina en souveraine absolue dans les cabinets et sur les mers ; elle maintint la paix dans les colonies, auxquelles elle ajouta le Canada et la Louisiane, enlevés à la France, dont elle détruisit les comptoirs dans l'Inde, et, si la guerre de Sept ans eût duré, elle s’emparait de toutes les colonies françaises. Elle s’appliqua du moins à empêcher l’union des puis-
GRANDE. NETAGNY — LES GtuRGE. 3
sances européennes, pour les Menit cs une : épendance commune sous le titre d’équilibm
Pitt mit un terme aux persévutions comte les complices du prétendant, ainsi qu’à la loi de guerre qui pesait sur les Écossais, en admettant dans les rangs de l’armée beaucoup de jacobites en butte à des poursuit2s. Pendant ce temps les whigs, toujours en possession des hauts emplois, veillaient sans cesse pour empêcher les torys de rendre le gouvernement despotique, et la démocratie de devenir radicale.
George IL mourut subitement, à l’âge de soixante-sept ans ; si l'Angleterre vit son commerce s’acroître, ses armes prospérer, ce ne fut pas à ce prince qu’elle en fut redevable, mais à l’activité de ses habitants et à la décadence de la marine française. Sous son règne, le calendrier grégorien fut adopté, et la Société des antiquaires autorisée ; le gouvernement acheta le musée de sir Hans Sloane et la collection de manuscrits dite Harléienne, qui fut réunie à celle des manuscrits relatifs à l’histoire d’Angleterre, appelée Cottonienne, et à la bibliothèque du roi.
Frédéric-Louis , prince de Galles, avait été laissé en Hanovre par son père , dans la crainte qu’il ne devint le point de ralliement de lopposition, surtout après avoir empêché son mariage avec la princesse de Prusse, par animosité personnelle contre Frédéric-Guillaume. En effet, les opposants etles gens de lettres, comme Swift, Pope, Thompson et autres adversaires de Walpole, s'étaient groupés autour de ce prince. Chesterfield ainsi que Bolingbroke, très-habile à censurer finement les abusdes whigs autant qu’incapable de les réformer, avaient excité contre son père, qui le bannit même de sa présence (1738). Le prince de Galles mourut treize ans après, à l’âge de quarante-sept ans (1751), et George II respira plus à l’aise. Comme Frédéric-Louis ne laissait qu’un fils de douze ans, on avait pourvu au cas d’une minorité par une loi qui confiait la régence à la mère, assistée d’un conseil. Cette loi resta sans effet, attendu que, lors de la mort de son aïeul, George IIT avait vingt-deux ans ; il succéda donc à la couronne. Il avait grandi sans aucune connaissance des affaires; mais on l’aimait, parce qu'il était né en Angleterre, parce qu'il avait été élevé à la manière du pays, dans des idées de piété et de morale, et parce qu’il avait pour lui ces droits héréditaires qui souvent tiennent lieu de mérite, L’aversion de beaucoup d’Anglais, l'indifférence de la plupart pour les rois précédents avaient cessé ; il ne pouvait plus être question d’usurpation pour le troisième descendant de cette race ; la responsabilité du sang des lé-
1760, 2%octobre.
Georgeli.
1761, 8 octobre,
gitimistes qui avait été versé ne retombait pas sur lui ; enfin il avait un caractère ferme , une volonté forte, peu de pénétration d'esprit, il est vrai, mais de l’aptitude aux affaires.
Les torys, qui s'étaient toujours tenus éloignés du trône, quoiqu'ils en fussent les soutiens naturels, revinrent aux sentiments du royalisme; s'appuyant sur ce parti et ne s’apercevant pas que les droits nationaux étaient désormais inattaquables, George III eut quelques velléités d’étendre sa prérogative royale. C'était le système de Bolingbroke et de ses collègues, qui , instruments de la corruption parlementaire, voyaient qu’un roi patriote pourrait les rendre inutiles en se rendant plus fort que la chambre des Communes. Or, lord Bute, courtisan habile autant que politique incapable , et qui avait la confiance de George, s’était inspiré de ces idées ; bien que Pitt fût demeuré au ministère , il lui enleva son influence. Dans sa pensée continuelle d’agrandissement, et dans son amour pour la guerre, qui lui avait si bien réussi en Amérique, dans l'Inde, en Allemagne , Pitt voulait de nouveau attaquer l'Espagne, pour prévenir les conséquences du pacte de famille entre ce pays et la France; se trouvant contrarié dans ce dessein , il donna sa démission, et s’ouvrit un champ plus libre dans les rangs de l'opposition, mais sans tremper toutefois dans ses intrigues , lui qui avait détesté celles de la cour.
Le triomphe populaire, qui le récompensa de sa chute, grandit encore dès qu’on fut à même de reconnaître combien il avait prévu juste ; car Charles III, très-mal disposé envers les Anglais depuis qu'ils avaient menacé Naples, commença les hostilités, et il fallut déclarer la guerre à l'Espagne et à la France.
Le ministère de lord Bute, le premier qui eût été pris dans les rangs torys depuis l’avénement de la maison de Hanovre, s’était
proposé de relever l’autorité royale, de faire cesser la corruption
et les cabales oligarchiques , de détacher l’Angleterre de ses allances coûteuses sur le continent, et de mettre fin à la guerre avec la France; mais, s’il réussit dans cette dernière tâche, la corruption devint plus profonde, par la nécessité de soutenir le ministère contre la haine et le mépris populaire. On s’indignait contre ce ministre, dont l’élévation avait pour cause unique la faveur du roi, et qui, Écossais lui-même, remplissait tous les emplois publics d’Écossais dans un temps où la fusion entre les deux nations n’était pas encore complète, et où les blessures de 1745 se trouvaient à peine cicatrisées. L’irritation était donc universelle. À entendre les journalistes, l'Angleterre était plongée dans la misère et livrée au despotisme ; en effet, la position des ministres de-
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venait de plus en plus difficile depuis que la presse reproduisait chacun de leurs actes. Sauvegarde précieuse de la liberté, elle était une entrave au gouvernement.
Parmi les pamphlets du temps, les Lettres de Junius, publiées par un auteur inconnu, à divers intervalles de 1769 à 1772, furent surtout célèbres. Pleines d’une froide et inexorable ironie contre les actes des ministres, ces lettres, à en juger par l’éloquence et l'esprit qui les distinguent, et par la connaissance qu’on y montre des secrets des divers cabinets, devaient avoir pour auteur un personnage de haut rang ; mais jamais il ne se fit connaître. Il y avait plus d’acharnement dans le North-Brilon, que rédigeait Jean Wilkes avec autant d’esprit que d’impudence. Arrêté pour délit de presse, il se défendit avec hardiesse, se sentant appuyé par l'opinion publique, qui soutenait qu’en sa qualité de membre des communes, on ne pouvait procéder contre lui. Le parlement déclara ses livres, ainsi que le poëme d’un autre auteur sur les femmes, séditieux et infâmes; ils furent brûlés par la main du bourreau, et Wilkes s'enfuit. À son retour, il fut condemné, Par trois fois le peuple de Londres l’élut député, et par trois fois la chambre le repoussa. Au milieu de tant d'attaques, lord Bute, convaincu qu'il ne pouvait se soutenir que par la corruption, acheta un soutien.
De Holland , intrépide défenseur de Walpole et du pouvoir arbitraire, naquit Charles Jacques Fox, qui entra à cix-neuf ans au Parlement, où il fut le perpétuel contradicteur de Pitt et l’avocat des doctrines populaires. Son nère, qui avait acquis par des moyens indignes d'énormes richesses, l’habitua à les dépenser au jeu et dans les plaisirs, en même temps qu’il l’élevait à parler avec hardiesse et sur tout. Il acquit donc le génie oratoire et la straté-
gie parlementaire, habile dans les preuves et l'attaque, comme il
convient avec des gens positifs. Rivaux de gloire et de talents, tous deux hommes de lettres, amis des sociétés brillanteset des plaisirs de la table, ambitieux au même degré, Fox aimait l'argent; Pitt, non. Doué de cette faconde désordonnée qui vient du cœur et tombe sur le cœur, Fox était tout logique et jugement ; Pitt, dépourvu de connaissances pratiques, presque étranger au droit, mais hardi, sentencieux, plein d’allusions classiques, prononçait des discours simples, qui devenaient à l'occasion véhéments, irrésistibles ; surtout il savait gagner la confiance et l'affection de la multitude.
Lord Bute acheta Fox, qui se mit alors à recruter des votes pour le ministère, de telle sorte que le traité de paix par lequel la Grande-Bretagne acquérait le Canada fut adopté.
Fox, 1749-1803.
10 févricr.
Rurke.
Pitt, qui avait fait tous ses efforts pour que les conditions en fussent rejetées, continua, favorisé par l'opinion publique, de s’opposer à lord Bute, qui poussait le roi à l’absolutisme; quoique George IIT et ses ministres cherchassent à plusieurs reprises à se débarrasser de son opposition en l'appelant à prendre part à la direction des affaires, il refusa constamment, à moins qu’on n’admit les conditions qu’il jugeait nécessaires pour garantir les libertés publiques. L'opposition en obtint alors une des plus importantes dans l’inamovibilité des juges.
Lord Bute fit place au ministère de lord Grenville, qui, non moins impopulaire que son prédécesseur, jeta le roi dans l’impuissance en voulant le rendre absolu. Il dut alors avoir recours aux whigs; en conséquence, on vit s'élever avec le duc de Cumberland et lord Rockingham d’autres whigs plus moraux, s’ils étaient moins habiles, et qui se refusèrent aux expédients que l’honneur ne pouvait avouer.
De nouvelles illustrations figurèrent alors dans le parlement; parmi les whigs brillait au premier rang Edmond Burke, pauvre Irlandais, qui s’était fait une grande réputation par ses articles dans lAnnual-Register. Le marquis de Rockinghan lui offrit la somme nécessaire pour qu’il pût entrer au parlement, où il porta une éloquence nouvelle, riche d’images, fleurie, majestueuse. Ennemi du philosophisme et de la souveraineté populaire, il trouvait dans la propriété l’unique source des droits civils, et ne voyait rien de mieux que de consolider la constitution du pays telle qu’elle était. Fox, au contraire, poussait aux innovations, et il espérait dominer dans les communes non-seulement l'autorité royale, mais encore l'aristocratie.
Dans cette lutte longue et continue entre le patriciat des propriétaires et la classe des industriels anglais, Phomme d’État trouve des enseignements non moins élevés que dans l'étude de la république romaine ; mais, comme il s’agit d’un état de lutte essentiellement anormal, on aurait tort de vouloir juger les mesures et les hommes d’après des idées absolues.