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W.Penn.
nions religieuses. Charles Il en fit concession à Guillaume Penn, quaker fervent, moyennant un faible tribut, avec le droit de faire des lois conformes à celles d'Angleterre, et la promesse que le roi ne mettrait point de taxes sans le consentement de Penn et de l'assemblée. Raynal représente Penn comme un dés plus grands bienfaiteurs de l'humanité ; Montesquieu, comme un Lycurgue moderne; Franklin et d’autres, comme un adroit charlatan. La constitution qw’il publia avant son départ d’Angleterre n’était qu’uné amorce; car, une fois arrivé sur les lieux, il lui en substitua une autre entièrement dans son intérêt. Au lieu “e la laisser au peuple, il s’attribua la nomination des consellers et des fonctionnaires publics, ainsi que le pouvoir exécutif,
DIX-SEPTIÈME ÉFPOQNE.
“avec le droit d’opposer son vefo aux décisions du consr:!, et de
traiter avec les Indiens pour les acquisitions de territoirc. Ilimposa aux volons une taxe perpétuelle, qui, légère d’abord, s’accrut de jour en jour et produisit de grandes richesses à ses descendants; il en établit aussi une sur les proptiétaires , en prenant soin d’en exémpter ses héritiers, qui prétendirent maintenir ce privilége contre le vœu unanime des habitants, et ce fut une semence de discorde: (1). Cependant, lorsqu'il ne céda point aux suggestions de l'intérêt, Penn fit des règlements pleins de sagesse, La secte à laquelle il apparténait enseignait le travail, la paix, la tolérance religieuse, les vertus frugales,la simplicité ; elle écartait de Philadelphie, bâtie par Penn au confluent de la Delaware et du Schuylkill, le contraste insultant du luxe et de la mendicité.
Les Français avaient aussi établi des colonies dans ces contrées , et ils auraient pu avoir une très-grande part à la civilisation du nouveau monde ; mais ils n’eurent jamais la persévérance qui fait prospérer les établissements en se fixant irrévocablement dans un lieu, et cela sans projets farouches d’extermination, sans vouloir arriver au but malgré les obstacles et la conscience. De plus, le despotisme féodal et monarchique ne permettait pas ces concessions si nécessaires à la prospérité des colonies; la proscription des protestants enlevait l’assistance d’un grand nombre de bras et d’in-
(1) Les colons lui présentèrent, en 1707, une réclamation ainsi conçue : « Nous et le peuple représenté par nous, opprimés et ruinés par la mauvaise administration et les manéges de ton délégué, par la conduite détestable, les procédés rebutants et les exactions énormés de ton secrétaire, nous succomhons sous le poids des injustices et des oppressions arbitraires de tes mauvais ministres, qui abusent des pouvoirs à toi concédés par la couronne, et qui, nous le supposons du moins, dominant ton esprit, sont cause que tu nous as laissés jusqu’à présent sans soulagement, ct. » On sait que les quakers emploient constamment le êu au lieu du vous.
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telligences. Cependant les Français étaient aimés des naturels du Canada , à cause de leur tolérance et de leur facilité à se plier à leurs usages; de leur côté, les indigènes possédaient plusieurs des qualités et des défauts des Français , l’impétuosité à la guerre , le goût des aventures et des plaisirs du moment, plutôt qu’ils ne songeaient à jouir d’une prospérité durable.
Tout portait à croire que les Français et les Anglais ne pourraient pas démeurer longtemps en paix dans ce voisinage ; en effet, ces derniers ayant cherché à accaparer le commerce des pelleteries avec les Iroquois , il en résulta une guerre qui troubla l’état florissant des colonies. On combattit avec des chances diverses; dans ces luttes, la valeur farouche des sauvages s’allia à celle des Européens, jusqu’au moment où le traité d'Utrecht assura l’Acadie à l’Angleterre.
Les Français ne purent se résigner à cettte perts; épiant sans cesse l'instant de recouvrer un territoire aussi important , et ne sé trouvant pas assez forts, ils armaient contre la colonie les sauvages , qui renouvelaient sans cesse leurs attaques. D’autre part, les Espagnols poussaient avec acharnement les sauvages contre la Caroline, où les colons, se trouvant en grand péril, réclamèrent l'assistance des propriétaires; n’ayant pu rien obtenir d’eux, ils songèrent à se rendre indépendants sous la protection du roi, et ils réussirent, Le gouvernement avare et désastreux des propriétaires fut aboli, ainsi que la constitution de Locke; la Caroline, où tous les habitants furent appelés à participer à l’action législative et au vote de l’impôt, divisée en septentrionale et en méridionale, devint bientôt florissante.
Mis elle n’eut jamais assez de population pour s’étendre sur la plaine marécageuse, au midi, qui resta déserte jusqu’au moment où certains philanthropes eurent l’idée d’y transférer d'Angleterre les pauvres qui manquaient de pain dans leur patrie; ainsi commenÇa la colonie à laquelle on donna le nom de Géorgie, de celui du roi , qui fonda la ville de Savannah. Plus tard, le Suisse Pierre Pury y conduisit quatre cents de ses compatriotes, et fonda Purisbourg ; mais les propriétaires ne voulurent pas admettre les colons à partager leurs droits, et leur défendirent d'employer les nègres et de faire usage du rhum, lois plus morales qu’opportunes. La colonie languissait en conséquence, lorsque la non répression de la contrebande excita les Espagnols à faire la guerre aux Anglais ; la Géorgie, qui se trouva exposée aux premières attaques sans avoir ni hommes ni munitions pour se défendre, fut envahie par
. l’ennemi; mais elle résista si énergiquement , qu’it dut se retirer.
1759, 17 septembre.
Lors de la guerre pour la succession d’Autriche , qui mit aux prises les Français et les Anglais, les premiers envahirent l’Acadie ; les autres s’emparèrent de Louisbourg, ville de l’Ile-Royale, dans une situation importante, attendu qu’elle commandait le golfe de Saint-Laurent et les bancs de pêche de Terre-Neuve , u même temps qu’elle était le boulevard du Canada. Shirley, homme très-aventureux, qui avait tenté follement cette entreprise, ayant réussi, songea à en faire autant pour le Canada ; mais, à la paix d’Aix-la-Chapelle, l'Angleterre restitua sa conquête , et remit les choses dans l’état où elles devaient étre auparavant.
Les frontières restaient donc indéterminées entre les colonies anglaises et le Canada, ce qui avait déjà causé les démélés antérieurs. De plus, les Français s'étaient établis dans la Louisiane, sur le Mississipi, contrée aussi étendue que fertile ; leur projet était de la réunir au Canada , en occupant les terres intermédiaires, qu’ils appelaient territoire de l'Ouest , de manière à restreindre les Anglais dans le demi-cercle formé par les monts Alléghanys. A cet effet, ils avaient fortifié les lacs Ontario et Érié, ainsi que les sources de l'Ohio. Les marchands anglais ayant obtenu du roi un vaste territoire sur Ohio, les Français s’opposèrent à ce qu'ils l’occupassent. Les Canadiens réclamèrent cette terre comme leur appartenant, et ils dirent aux envoyés français : Pères, c'est trop de venir bâtir sur nos terres et de s'en emparer par force. Pères, les Anglais sont blancs, el vous aussi; or, nous sommes dans un pays au milieu, qui a élé destiné à notre résidence par le grand Ltre de là-haut. En conséquence, pères, nous demandons que vous vous retiriez, comme l'ont fait vos frères les Anglais.
Mais ni pères ni frères ne se retirèrent, et la guerre seule dut décider à qui des deux usurpateurs resterait le versant occidental des Alléghanys.
La turbulence des Acadiens fut cause qu’on les arracha tous à leurs foyers, et qu’on les dispersa dans les autres colonies, en laissant le pays dépeuplé. Cette discorde entre les colons et la mère patrie, ainsi que l’impéritie des ministres de George IL, attira aux Anglais de fréquents revers. Mais lorsque William Pitt apporta au ministère des intentions énergiques , tout changea de face ; on redoubla d’efforts, et Louisbourg fut repris avec d'autres points importants. Wolf se conduisit en héros à Québec, et mourut vainaueur (1). Bientôt les Français , resserrés dans Montréal, furent
(1) Blessé à la tête, et craignant que son armée ne se décourageät, il reparut le front bandé ; mais bientôt une autre balle l’atteignit dans le ventre. 11 dissimula encore cette blessure, et continua à donner ses ordres, quand une troi-
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contraints de capituler, en laissant tout le Canada à la merci des Anglais , et la. puissance française ruinée dans l’Amérique septen- 1160. trionale. Peu après fut signée la paix de Paris, qui assura à l’Angleterre le Canada, l’Ile-Royale et la Louisiane, sans compter qu’elle obtint de l'Espagne la cession des deux Florides.
L’Angleterre posséda donc tout le pays depuis la baie d'Hudson jusqu’au golfe du Mexique, et depuis l’Atlantique jusqu’au Père des fleuves, comme les Indiens appellent le Mississipi, sur un espace de plus de douze cents milles du nord au midi, et de mille de l’est à l’ouest. Parmi ces colonies, le New-Hampshire, le Massachusets, Rhode-Island , le Connecticut étaient au nord et à l'est: New- York, New-Jersey, la Pensylvanie , le Delaware , au centre; enfin le Maryland, la Virginie, les deux Carolines et la Géorgie, au midi. Ces pays , très-favorables à l’agriculture, comptaient environ deux millions de blancs ; mais ils n'avaient qu’un très-petit nombre de villes.
La Nouvelle-Angleterre n’était donc ni un établissement d’industrie et de commerce, comme les factoreries d’Afrique, ni une domination sur des peuples agricoles d’une autre race, comme l’empire britannique dans l’Inde et l'empire espagnol au Mexique et au Pérou , mais un établissement religieux , où la liberté civile se montrait, dès l’origine , inséparable de Ja liberté du culte. Ce qui étonne dans cette contrée , c’est l’infinité des sectes religieuses : les puritains fondèrent Boston, les quakers Philadelphie, les anglicans New-York, les catholiques Maryland ; cette origine fit que ces croyances diverses se supportèrent mutuellement, et que la liberté des cultes exista en Amérique avant que la fo/érance fùt pratiquée en Europe,
Ces colonies ayant été fondées sous la direction et aux frais de particuliers, le gouvernement ne s’en mêla que tard pour en tirer des avantages. Quelques-uns des colons étaient des citoyens libres, venus dans le pays pour y chercher la liberté de conscience; d’autres, des malfaiteurs déportés ; d’autres encore, des indigents amenés pour travailler et qui , après être restés un certain temps serfs, afin de payer les frais de leur voyage et de leur premier
10 fevrier.
sième balle le frappa à la poitrine. Obligé de se retirer et sentant sa fin prochaine, il se fit exhausser un peu pour voir la bataille ; mais sa vue s’obscurcissant, il demanda des renseignements à un officier; puis, lorsqu'il lui entendit dire que l'ennemi était en fuite : Je suis content, s'écria-t-il, et il expira.
Iln’en fallut pas davantage pour le faire comparer à Épaminondas ; mais le Thébain mourait en assurant la liberté de sa patrie, tandis que Wolf expirait dans le Canada pour les caprices de l’Europe.
établissement, devenaient libres ensuite. Quelques seigneurs obtenaient des terres, où ils fondaient la féodalité à la manière anglaise. V’était, comme on le voit, un bizarre mélange de fugitifs, de spéculateurs, d’enthousiastes, de gens perdus, formant néanmoins un peuple laborieux, qui comprenait que le premier intérêt d’une association politique est de se tolérer l’un l’autre.
On ne vit point là les excès des colonies espagnoles contre les naturels ; mais leur froide destruction y fut peut-être plus odieuse; car si les Espagnols se livrèrent d’abord à d’atroces violences, ils entrèrent par la suite en société avec les indigènes, si bien qu’aujourd’hui les deux races se trouvent mélées, et qu’elles seront un jour fondues ensemble grâce à la liberté. Les Anglo-Américains , au contraire, repoussèrent tout mélange, refoulèrent constamment les races indigènes; aujourd’hui même, ils continuent leur œuvre en les poussant dans les déserts au delà du Mississipi , sans que la civilisation et l'égalité républicaine soient parvenues à vaincre le préjugé qui existe contre les hommes de couleur.
Le gouvernement des propriétaires avait pu se maintenir dans la Pensylvanie et le Maryland ; le pouvoir royal s'était étendu sur les autres colonies, à l’exception du Connecticut et de Rhode-lsland, qui conservaient la constitution qui leur avait été accordée par Charles II.
Ainsi divisées de gouvernement et d'intérêts, mais riches et peuplées, ces colonies offraient déjà les éléments de la confédération : en 1690, elles tinrent un congrès à New-York, où elles arrétèrent le projet de conquérir la Nouvelle-France, indépendamment de la mère patrie ; mais la ligue projetéê entre elles donna de l’ombrage au ministère anglais. UT.
L’Angleterre n’exerçait guère sur elles sa suzeraineté qu’en les défendant et en les favorisant ; elle employait à des dépenses d’utilité publique les contributions, qui, au‘ dire de‘quelques auteurs, s’élevaient à peine, entre toutes les colonies, à trois millions de francs; quant au commerce, elle voulut en avoir tout l’avantage.
Les priviléges concédés à ces colonies étaient en opposition avec une maxime fondamentale des colonies modernes, maxime qui veut que la mère patrieseule y envoie les marchandises et en exporte les denrées. En conséquence, sous le règne de Georges [°", un bill du parlement resserra les liens entre les colonies et la métropole, au grand avantage de la dernière ; mais les colons, qui croyaient n’avoir perdu aucun de leurs droits comme Anglais en allant s’établir ailleurs, firent une résistance si forte, que l’ancien système fut conservé. L’Angleterre essaya plusieurs fois encore
d’y établir le monopole ; mais les Américains le corrigeaient par la contrebande, surtout avec les Hollandais. L'ile de Man, à vingt milles entre l'Angleterre et l'Irlande, autrefois royaume indépendant, puis réunie à la monarchie écossaise, avait été inféodée à Sir John Stanley (1485) , de la famille duquel elle passa à Jean Murray ( 1764 ); mais se trouvant, comme fief de la couronne, affranchie des lois du royaume, elle servait d’entrepôt à la contrebande d'Amérique, et le parlement ordonna de l’acheter, ce qui empêcha les Américains de continuer ce commerce,
Les manufactures ne pouvaient prospérer beauçoup dans un pays où les habitants étaient simples et peu nombreux, et la main d'œuvre fort chère. On s’appliquait donc plutôt à l’agriculture, et Von exportait des bœufs du nord, des grains du centre, du tabac, de l’indigo et du coton du midi; ajoutez-y du poisson et des bois de construction. L’Angleterre déterminait le prix, de manière à balancer celui des matières premières, qu’elle tirait en grande quantité de ces contrées, avec celuides produits manufactures, qu’elle y expédiait en petit nombre; en conséquence , l'argent y était très-rare, el l’on y suppléait par un papier imprimé et les polices de tabac en entrepôt. D’un autre côté, l'incertitude des limites des territoires assignés aux divers propriétaires y multipliait les procès et les avocats, qui seuls trouvaient à s’enrichir.
La Virginie surpassait en prospérité toutes les autres colonies. Constituée par l'aristocratie anglaise, elle en conserva le caractère ; les lois, et principalement celle qui réglait les successions, y favorisèrent la formation des grandes propriétés, cultivées par des esclaves. Les maîtres y acquirent ainsi l'habitude et l'esprit du commandement ; n’ayant point à vaquer à des travaux serviles, ils purent perfectionner leur intelligence par des études désintéressées; c’est pourquoi ce pays a eu et u encore en partie le privilége de produire les hommes les plus distingués par leur esprit, de même que les États du Nord en offrent de plus aptes à l’industrie, au négoce, au travail persévérant. Les premiers colons, brownistes, indépendants , puritains comme ils étaient, donnèrent à la législation et aux habitudes un air judaïque, s’attachant à une observation rigoureuse des formes extérieures, et déployant une grande rigueur pénale ; ainsi on lisait en tête dela loi du Connecticut : Que celui-là meure qui adore un autre Dieu que le Seigneur ! Us y associaient les idées protestantes : l’égalité de tous, comme étant inspirés et saints ; la conscience universelle , comme arbitre du bien et du mal; la souveraineté du peuple, comme principe du pouvoir. La fraternité puritaine, qui se développa en-
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suite en philosophie politique, portait à tenir compte de beaucoup or de détails alors négligés, pour prévenir et satisfaire les besoins s0- tre ciaux, tels que l'entretien des pauvres aux frais du public, l’éta- dé blissement des routes, l'éducation publique, tant élémentaire que a supérieure. dis
L'esprit démocratique s’implantait ainsi et se propageait , et, pe
dans un court espace de temps , les colonies avaient grandi en el nombre et puissance; l’accroissement rapide de Boston, de New- York, de Philadelphie montrait à quelle prospérité ces villes étaient destinées. Elles avaient produit des magistrats, des e administrateurs, des guerriers; la vie de chasse et de com-
merce avait fomenté l'esprit de liberté et d’opposition , in- : troduit par les premiers fondateurs. Originales sousle rapport des k idées et'des institutions, éloignées par une vaste mer de la mé- d
tropole, qu’elles avaient aidée dans ses guerres comme alliées li- . bres, elles sentaient pouvoir se passer désormais d’une dépendance k qui, si elle leur avait été utile dans les commencements, deve- , nait alors onéreuse par les droits que la mère partie prétendait ;
exercer, et parce que cet esprit national distinct, qui fait de cha- bi que peuple une individualité indépendante, était parvenu à sa ma- ce turité. Ces villes se trouvaient retenues par le besoin d’être protégées contre des voisins menaçants, comme les Français dans le Canada et les Espagnols dans les Florides ; mais, quand ces dernières contrées eurent été cédées à l’Angleterre par la honteuse paix de 1743, ce motif même disparut.
En portant les armes dans la guerre de Sept ans, les Américains avaient appris la discipline et fait l’expérience de leurs forces ; mais les officiers anglais, fiers de leur brevet royal, méprisaient les officiers des colonies, et le gouvernement fomentait ces jalousies en donnant ‘une plus forte solde aux premiers. C'est ainsi que se propageaient les dispositions malveillantes.
La guerre de Sept ans avait donné la prédominance aux Anglais en Europe et en Amérique ; ils crurent done pouvoir traiter les peuples avec la même arrogance qu'ils déployaient à l’égard
des rois. Comme ils avaient contracté d’énormes dettes dans la M dernière guerre, on voulut, après avoir épuisé dans la mère patrie bi les combinaisons d’une savante fiscalité, que les colonies, au profit fu desquelles elle avait été faite, contribussent à les payer. En d , conséquence, lord Granville ayant succédé à lord Bute dans le E ministère, on imposa une légère taxe sur les objets que les colonies ; te ne tiraient pas directement de la métropole, comme les toiles, ! P
«murs, les mousselines de l’Inde et le thé ; puis, un autre acte (Sfamp-act ) P
ordonna l'application d’un timbre sur le papier en usage dans les transactions publiques ; le produit de cette taxe devait servir aux dépenses de l'administration , et l’excédant à payer la dette de l'É-
tatf Pittet l'opposition combattirent cet acte ; mais Townshend
disait : Maintenant que ces enfants élablis par nos soins, nourris par notre bonté, protégés par nos armes, ont acquis plus de force et de richesses, refuseraient-ils de nous aider à supporter des charges toujours croissantes ?
Le colonel Barre répondait : « Des fils établis par vos soins? « ce fut, au contraire, votre oppression qui les força de fuir en « Amérique et de chercher un refuge contre des souffrances « inexprimables. Nourris par votre bonté ? ilsont grandi, au con- « traire, parce que vous les avez abandonnés, et quand vous « commençâtes à vous occuper d’eux, ce fut pour leur envoyer « des agents dans le but de machiner contre leur liberté et de « ravager leurs biens. Protégés par vos armes? ce sont eux, au « contraire, qui les ont prises pour votre défense et qui, aban- « donnant leur industrie active, ont baigné les frontières de leur « sang, tandis qu’à l’intérieur ils consacraient à votre soulage- « gement les épargnes de leurs famiiles. L'esprit de liberté qui « anima ce peuple à son origine, lanimera toujours, croyez- « m'en. »
Il est de principe dans 14 constitution anglaise, comme dans les autres constitutions d’origine germanique , que nul ne doit payer de contributions à moins de les avoir votées ; puis, comme une longue coutume avait fait croire aux Américains qu'ils devaient en être exempts, ils se recrièrent hautement contre un acte arbitraire qui lésait leurs intérêts. Ils formèrent des réunions , muis on les dispersa ; ils présentèrent des réclamations, mais lord Granville les repoussa avec opiniâtreté, et une mesure qui devait alléger les charges du peuple d'Angleterre, en faisant entrer dans les coffres de l’échiquier 300,000 livres sterling, trouvait beaucoup d’appui dans les chambres.
Il ne restait donc plus aux Américains que la résistance ouverte, Les Virginiens furent les premiers à y recourir, et les autres habitants de la Nouvelle-Angleterre suivirent leur exemple, en refusant de recevoir désormais les produits anglais : moyen terrible de ruiner un pays qui ne vit que du travail de ses manufactures. En même temps, le peuple se livrait à des démonstrations violentes : des cercueïls sur lesquels on lisait inscrit liberté étaient portés au cimetière; on brülait des balles de papier timbré, et, pour n’en avoir pas besoin, on interrompit les actes publics aux-
quels il avait été déclaré nécessaire. Une société des Fils de la liberté s’organisa pour entretenir cette fermentation populaire.
L'industrie anglaise se trouva bien plus frappée par la prohibition complète de ses marchandises que le produit du timbre n'aurait été profitable; l’opposition appuya dans le parlement les griefs des colonies, et, arrivée au ministère avec Pitt, elle proposa la révocation des mesures précédentes.
Lorsque l'abolition du timbre eut été obtenue, la joie qui se
.manifesta en Angleterre fut encore plus vive que dans les co-
lonies ; mais, outre qu’on est toujours porté à voir de la faiblesse dans les concessions faites par un gouvernement aux vœux populaires, une déclaration jointe au nouvel acte portait que « les colonies étaient de droit subordonnées à la métropole , et dépendaient de la couronne ainsi que du parlement d’Angleterre, en qui résidait l’autorité et la pleine puissance de faire les lois et statuts auxquels elles étaient tenues d’obéir. » Dans la question de la taxe, les droits de la métropole avaient été discutés; nonseulement on avait soutenu qu’il n’appartenait pas au parlement de mettre cet impôt, parce que les colonies n’avaient pas de représentants dans sonisein, mais on avait dénié même à la mère patrie toute suprématie ainsi que le pouvoir législatif. La déclaration parut donc tyrannique, et l’on commença dès lors à méditer l'indépendance des colonies et à la préparer. Le parlement agit avec une imprévoyance faite pour les irriter encore davantage. Après avoir aboli le timbre, il s’avisa de mettre une taxe légère sur les vitres, les couleurs, le thé et le papier introduits sur leur territoire. Les Américains s’opposèrent avec nne fermeté égale à ces nouvelles mesures, en défendant l'introduction de ces marchandises. Le Massachusets invita les autres colonies à s’unir ; les troupes envoyées pour réprimer cet esprit de résistance ne servirent qu’à l'accroître, et, dans une assemblée générale tenue à Boston, on prit le parti de se confédérer et de ne plus laisser aborder dans les ports de navires marchands anglais. La conséquence fut la ruine de beaucoup de maisons en Angleterre ; ce qui détermina le nouveau ministre, lord North, bon financier et mauvais politique, à abolir les taxes, en maintenant seulement celle du thé, non pour le produit qu’il en espérait, mais dans le but de conserver le dogme de la suprématie. Les chefs des Américains ne s’y trompèrent pas, et, en rapportant l'exclusion prononcée contre les autres marchandises, ils laissèrent subsister celle qui frappait le thé. Le calme parut alors rétabli, autant du moins qu’il était possible entre des esprits aigris.
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Benjamin Franklin, de Boston, né pauvre, mais laborieux et économe, avait commencé par être ouvrier imprimeur ; il avait ensuite publié un journal, ainsi qu’un almanach dé vérités pratiques, et il s'était appliqué à la physique. Le crédit que son mérite lui avait acquis parmi les Américains donna du poids à ses conseils dans ces premiers mouvements, soit pour les modérer lorsque c'était nécessaire, soit pour en assurer l’effet et persuader à ses compatriotes de bien consulter leurs forces avant de réclamer ce qui, une fois refusé ou suivi d’un échec, aurait retardé pour des siècles Paccomplissement de leurs vœux. Envoyé à Londres comme agent des colonies , il parvint à intercepter des lettres fort hostiles du gouverneur Hutchinson, qui excitait les Anglais à réprimer vigoureusement ce désir d’indépendance. Comme elles furent livrées à l'impression, les Américains demandèrent le rappel d’Hutchinson, pour son hostilité envers leur pays; bien que le roi persistât à s’y refuser, il se fit, peu après, remplacer par lord Gage, qui avait le commandement de l’armée. Les colonies virent là un motif pour s’unir plus étroitement , en formant dans chacune d’elles des comités en correspondance avec le comité central de Boston, afin de veiller au maintien de la liberté. Ce fut un véritable gouvernement indépendant ; il ne fallait plus que le signal, que ne tarda pas à donner le parlement par des mesures imprudentes.
Nous avons dit que les Américains avaient refusé de recevoir le thé “anglais ; c'était la Hollande qui, par contrebande, leur fournissait cette denrée. La compagnie des Indes orientales vit alors dix-huit millions de livres de thé, son principal débit, accumulés dans ses magasins. Lord North proposa donc, pour se tirer de ses embarras pécuniaires, de permettre l'exportation du thé sans la taxe ordinaire d’un schelling, et d’en établir des magasins en Amérique, en payant seulement trois pences par livre qui serait vendue. La proposition passa, et l’on y ajouta même le monopole, ce qui causa la ruine de ceux des négociants d’Amérique qui tiraient le thé d’Angleterre, et celle des marchands en détail. Que firent alors les Américains? ils prirent ia résolution de se passer de thé, et repoussèrent les bâtiments qui leur en apportaient ; celui que l’on put débarquer moisit dans les magasins ou fut jeté à la mer.
Le ministre lord North, mélange de violence et de faiblesse, comptant d’ailleurs sur la supériorité des troupes disciplinées, crut alors qu’il ne lui restait plus d’autre voie que celle du châtiment; il décréta donc l’interdiction du port de Boston et l’abo-