‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 107 sur 245 · CONGRÈS DE PHILADELPHIE · texte numérisé non relu

CONGRÈS DE PHILADELPHIE

le peuple des colonies de consentir l'impôt, et de l’injustice qu’il y avait à vouloir leur faire prodiguer, pour le luxe de Londres, ce qui était nécessaire à leur propre sûreté; mais de pareils mouvements ne s'arrêtent pas d'ordinaire à leur premier essor, et l’on en vint bientôt jusqu’à refuser obéissance au gouverneur. Néanmoins, au lieu de l’anarchie à laquelle l’ennemi s’attendait, une discipline rigoureuse fut spontanément observée, et l’on prit une attitude défensive, en constituant un congrès général des colonies siégeant à Philadelphie. Ainsi le péril commun faisait fraterniser ceux qui d’abord n’avaient pu s’entendre pour repousser les sauvages, quand ceux-ci les menacaient isolément.

Pitt, comme nous l'avons dit, avait été rappelé à la direction des affaires (1766), qu’il reprit avec les titres de pair et de vicomte de Chatham. Bien que sa santé ne lui permiît pas de supporter longtemps un pareil fardeau , et que l’acceptation de ces titres par un homme dont on avait jusque-là vanté l'intégrité lui eût nui dans la faveur populaire, il soutint la cause de la justice et

‘de l’humanité avec une chaleur qui parut imprudente à ses adver-

saires; mis il répondait que ses conseils suivis à propos feraient beaucoup plus de bien que ses prophéties ne pourreient causer de mal : « Rappelez-vous, milords, disait-il , que des hommes d’un esprit libre et entreprenant se réfugièrent dans ce coin de terre plutôt que de se soumettre aux principes serviles et tyrenniques qui dominaient alors notre malheureuse Angleterre ; qu’y a-t-il d’étonnant si les descendants de ces hommes généreux s’indignent de se voir enlever des priviléges achetés si chèrement? Si le nouveau monde avait été peuplé des enfants d’un autre royaume , ils y auraient peut-être porté avec eux les chaînes de l'esclavage, l’habitude de la servilité; mais ceux-là qui ont fui l’Angleterre parce qu'ils ne se trouvaient pas libres, doivent conserver leur liberté sur la terre où ils lui ont cherché ur asile. »

L'Europe prenait intérêt à cette résistance légale, et, dans un temps où tout enthousiasme avait succombé sous une sèche incrédulité, on sentit renaître le besoin de croire à quelque chose ; on se plaisait à discuter les droits des autres à défaut des siens , et l’on était généralement favorable aux Américains, tant par l’effet de ce penchant que l’on éprouve pour des zens qui soutiennent des droits menacés, que par le désir de voir ie despotisme anglais humilié.

Telle était la disposition des esprits, quand s’ouvrit le congrès de Philadelphie, où il fut arrêté que chaque colonie n'émettrai

Déclaration des droits.

qu’un seul vote, et d’où sortit une célèbre déclaration de droits. À la suite d’une exposition où l’on : 1nr:elait que le parlement britannique, après la dernière guerre, s'était arrogé le droit de dicter des lois et d'imposer dés taxes aux colonies d'Amérique; qu’il avait étendu la juridiction des cours de l’amirauté, rendu les juges, les gouverneurs, les conseillers dépendants de la couronne, entretenu des troupes durant la paix, déclaré que les accusés de trahison pouvaient être transportés en Angleterré pour y être jugés ; que le port de Boston avait été interdit et la constitution de Massachusets abrogée ; les membres du congrès ajoutaient que les colons avaient droit à la vie, à la propriété, à la liberté, comme les premiers émigrés, leurs ancêtres ; que le parlement anglais ne pouvait faire des lois pour eux, parce que personne ne les représentait dans son sein ; qu’ils ue devaient être jugés que par leurs pairs et voisins; qu’ils avaient la faculté de se réunir pour discuter sur leurs intérêts et adresser des pétitions au roi. En conséquence, ils cassèrent tous les actes inconstitutionnels, et décidèrent, d’un commun accord, qu'il ne serait introduit aucune dénrée, ni aucun produit manufacturé d’origine anglaise, et qu’aucurie expédition ne serait faite pour la métropole.

ls adressèrent au roi une lettre respectueuse dans la forme, mais plus hardie qu’il n’était habitué à en recevoir, et une autre à la nation anglaise, où ils lui représentaient que sa liberté se trouvait menacée dans celle de sujets qui relevaient de la même couronne.

L’enthousiasme des Américains pour les actes de ce congrès s’accrut de jour en jour; tous ceux qui souffraient s’y associèrent d’un vœu fraternel, et ce fut l’objet des entretiens de toute l’Europe. Une déclaration des droits de l’homme envers l’État pouvait convenir à un peuple nouveau, mais non à ceux doni le gouvernement était fondé sur l'histoire; cependant les autres puissances, pour nuire à l'Angleterre, la laissèrent publier dans toutes les gazettes, qui en donnèrent la traduction sans s’apercevoir de l'influence dangereuse qu’elle pouvait avoir sur limagination des peuples. Le roi et le parlement d’Angleterre, asservi à ses volontés, persistèrent à ne rien céder, dans l’espoir d’étouffer ces agitation® par la force ; ils repoussèrent les pétitions des Américaihs, sans même prendre garde à celles des villes qui réclamaient en leur faveur. Lord Chatham, dont les conseils avaient contribué à la prospérité de Angleterre bien plus que les victoires de Marlborough, et qui, sorti du ministère à cause de son infirmité (1768), était rentré dans les rangs de l’opposition, rôle plus

RS à À

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en rapport avec son caractère, disait : « Milords, l’histoire fut « toujours mon étude de prédilection, et, fier d’être Anglais, je « me suis nourri avec plaisir et attention des grands exemples « du patriotisme grec et romain. Eh bien! dans ces deux terres « classiques de la liberté, je ne vois ni peuplé ni sénat dont la « conduite soit plus noble et plus ferme que celle du congrès de « Philadelphie.

« En méditant sur les actes et les discours de cette assem-

. « blée, je me disais : Les forfanteries et les manégés de nos mi-

« nistres sont aussi impuissants pour dégrader de pareils carac- « tères que les forces de notre île et quelques milliers d’esclaves « armés de l'Asie pour subjuguer un pays où, sur un immense « espace, respirent la passion de la liberté et toutes les vertus « qui lui isnnent en aide. Ministres aveugles, ne voyez-vous pas « que l’Amérique a sés Hampden, ses Sidney? L'esprit d’oppo- « sition qui l'anime aujourd’hui est le mêrae qui embrasait nos « ancêtres quand ils résistaient à des taxes arbitraires et lorsque, « dans des temps éloignés, ils décrétaient qu'aucun sujet de la « Grande-Bretagne nue peut être taxé sans son consentement. « Félicitons-nous que la voix des whigs, fidèles gardiens de notre « constitution, ait des échos au delà de l’Atlantique. C’est à nous, « whigs fidèles, qu'il appartient plus que jamais de reconnaître « les Anglo-Américains pour des frères. Ils ont nos sentiments, « ils parlent notre langage ; leur ardeur patriotique s’est allumée « à la nôtre; la nôtre peut-être aura besoin d’être excitée par « leur énergie. C’est à nous qu'il appartient de solliciter leur ré- « conciliation avecla mère patrie.

€ Il n’y a pas un moment à perdre. Cette réconciliation peut « encore devenir la terreur de la France et de l'Espagne, et pré- « venir des liens sacriléges ; elle ne blessera point notre gloire. « Notre armée n’a point encore essuyé de défaites en Amérique. Quoi! l’on s’étonne de ces paroles? Les ministres affertent de « ne rien craindre de milices inexpérimentées ; je crains tout de « milices libres. Mais quels sont les moYens de réconciliation ? de « révoquer d’abord un acte, puis un autre? Non, non ! révoquez « à la fois tout ve qui humilie, tout ce qui exaspère vos frères, « et commencez par éloigner de Boston une armée qui semble « n’être là que pour attendre un affront. Je ne détournerai pas « un instant es yeux de cette grave affaire; partout je m’en oc- « Cuperai sans interruption; je viendrai frapper à la porte de ce « ministère endormi et confondu, et je le réveillerai au sentiment « de son propre danger. »

CS

L’ardent Wilkes s’écriait, de son côté, dans la chambre des communes : « On veut punir les Américains comme coupables « de rébellion, mais leur état présent est-il une rébellion, ou « une résistance convenable et juste à des coups d'autorité qui « blessent la constitution et portent atteinte à la propriété et à la li- « berté? Une résistance couronnée par le succès et une révolution, a ce n’est plus rébellion. Le mot rébellion est écrit sur le dos de « l’insurgé qui fuit, celui de révolution sur la poitrine du guerrier « qui triomphe. Qui sait si, pour prix de nos folles menaces, les «Américains ne jetteront pas le fourreau après avoir tiré l’épée, « et si, dans peu d'années, ils ne fêteront pas l’ère glorieuse de « la révolution de 4775, comme nous célébrons celle de 1688 ? »

Lord North crut que ce serait manquer à la dignité que de descendre à des concessions, et il fit adopter le bi/ de prohibition, qui interdisait tout commerce avec les treize provinces, déclarait de bonne prise tout bâtiment, toute propriété appartenant à des Américains, et leur interdisait la faculté de pêcher sur le banc de Terre-Neuve ; en outre, pour exciter le peuple ,il ordonna des prières et des jeûnes solennels destinés à attirer les béiédictions

du ciel sur les armes britanniques. « Quoi donc! s’écriait Burke, « nous appeler au pied des autels avec la guerre et la vengeance « au cœur? Le Sauveur nous a dit : Que la paix soit avec vous!

« mais nous, nous célébrons ce jeûne public en n’ayant dans le P

« cœur et sur les lèvres que la guerre, la guerre contre nos frères. r

« Tant que nos églises n’auront pas été purifiées de cet abomi- s

« nable office, je les considérerai non comme les temples du Sei- te

« gneur, mais comme des synagogues de Saian. » s

| 4m, Heureuse la cause qui trouve pour la défendre de si chaleureux a accents ! l

Lord Gage, ayant reçu de nouveaux renforts, envoya des d

troupes dans le Massachusets pour y détruire les magasins d’ar- f

mes des Américains ; elles rencontrèrent à Lexington des mi- €

lices. nationales, qu’eltes attaquèrent sans avoir été provoquées, € et ces premières hostilités furent malheureuses pour les Anglais. 40 mot. Ce fut alors qu’un nouveau congrès réuni à Philadelphie proclamä la confédération des treize provinces, qui s’allièrent pour la bonne comme pour la mauvaise fortune; il nomma pour président Jean Hancock, créa un papier-monnaie et une armée centrale, dont le commandement fut confié à Georges Washington (1).

ut PER Hnin = pot

(1) Vie, correspondance et écrits de Washington, avec une introduction de M. Guigor ; Paris, 1839, 4 vol, in-40,

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