‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 108 sur 245 · WASHINGTON · texte numérisé non relu

WASHINGTON

Ce riche planteur de la Virginie, qui avait acquis, en combattant les Français dans le Canada, la réputation d’un homme prudent plutôt que celle d'un guerrier heureux, ne se présente pas dans l’histoire comme un héros accompli : rien de brillant ne l’accompage; point de débuts remarquables, point de vivé’ éloquence, point de magnifiques victoires, mais un jugement solide, une profonde connaissance des hommes et des choses; ‘une patience extrême pour attendre et souffrir les attaques de ces exagérés qui gâtent les œuvres des véritables patriotes. « Simple soldat, dit de lui La Fayette, il aurait été le plus brave; citoyen obscur, tous ses voisins l’auraient respecté; avec un cœur droit comme son esprit, il se jugea toujours lui-même comme les circonstances. La nature, en le créant exprès pour cette révolution, se fit honneur à elle.même; pour montrer son ouvrage , elie le plaça de manière que chacune de ses qualités devait devenir inutile si elle n’avait pas été appuyée par les autres (1). » Général en chef pendant neuf années, il ne gagna aucune de ces grandes batailles destinées à l’immortalité, et les avantages décisifs furent remportés

par d’autres; mais il eut le mérite de créer un gouvernement là

où il était si difficile d’associer les intérêts et les sentiments communs, en les faisant prévaloir sur les dissidences.

Washington réunit vingt mille hommes de milices, tirés de plusieurs États, ayant des usages divers et une discipline différente; dans quelques-uns, les soldats nommaient leurs officiers ; souvent la subordination succombait sous l’esprit de liberté; pour tous, le service n’était qué d’une année. Cependant Washington sut établir l’ordre et la discipline; il bloqua Boston, où il était arrivé de nouvelles troupes à lord Gage, avec l’ordre d'employer la rigueur, et l’on combattit autour de cette ville avec des chances diverses, en multipliant ces escarmouches d’avant-postes qui pourtant (comme le disait plus tard La Fayette au vainqueur d’Arcole et de Marengo) devaient décider du destin de PAmérique.

Le congrès, quoiqu'il ne pût rien décréter de sa pleine autorité, puisque ses membres n'étaient guère que des délégués des diverses colonies, et que leurs décisions devaient être soumises aux ratifications particulières de chacune d’elles, le congrès préparait la guerre avec modération et activité; il soutenait le crédit, et publiait des proclamations pour se justifier en face du monde (2); il

(1) Mémoires de LA FAYETTE, (2) « Placés dans la dure alternative de nous soumettre sans conditions à la tyrannie de ministres irrités, ou de résister par la force, après avzir mis en ba- NiST. UNIV, — T, XVII, 22

établit de nouveaux gouvernements dans les colonies, et accorda des lettres de marque pour courir sus aux navires anglais.

Le point stratégique des Anglais semblait être le Canada ; aussi lord North, pour s’en faire un appui, accorda-t-il aux habitants des frontières plus étendues, le libre exercice du culte catholique avec les dimes au clergé, un conseil législatif nommé par le roi, les lois anglaises au criminel , et celles de la France pour les affaires civiles. Mais les sauvages de cette contrée , que les Anglais cherchaïent à exciter contre les colonies révoltées, leur répondirent, dit-on : Vous voulez que nous prenions part à un différend entre le père et les enfants. Nous ne sommes pas dans l'usage de nous méler des querelles domestiques des autres. — Mais si les

lance les périls des deux partis, nous avons trouvé que rien n’était moins s1pportable qu’un esclavage volontaire. L'honneur, la justice , l'humanité, nous défendent de répudier Ichement la libért4 que nous avons reçue de nos généreux ancêtres, et dont nôtre postérité innocente est en droit d’hériter de nous. Nous ne pouvons endurer l’infamie d'abandonner les générations futures à une misère inévitable en leur laissant pour héritage la servitude. Notre cause est juste, notre union parfaite, nos forces sont grandes , et, s’ilen est besoin, nous né manquerons pas de secours extérieurs. Cé qui. es: une preuve signalée de la protection divine, un gage d’heureux succès, c’est de n'avoir été amenés à cette terriole lutte que lorsque nos forces étaient déjà réunies, nos moyens de défense préparés, et quand notre armée avait acqhis avec l'exercice des armes la vigueur nécessaire pour les soutenir. Encouragés par cette réflexion consolante, nous déclarons aux homines et à Diea qué ñotts émploierons de toutes nos forces, pour là défense et la liberté, les armes que: le Créateur bienfaisant a mises dans nos mains, ét auxquelles nos eunemis nos ont. contraints de recourir, résolus que nous sommes à mourir libres, plutôt que de vivre esclaves.

« Mais pour écarter les soupçons qui pourraient naître de cette déclaration chez nos amis et cosujets, nous lès assurons que notre intention n’est pas de rompre cette union qui subsiste depuis si longtemps entre nous. Nous n'avons pas pris les. armes par l'ambition de nous séparer de la Grande-Bretagne et de devenir État indépendant; nous ne combattons pes pour la gloire ou les conquêtes. Nous offrons au monde étonné le spectacle d’un peuplé assilli sans prétexte, sans offense, par des entiemis non provoqués, qui se vantent d'humanité et de civilisation quand ils ne nous offrent d’autres conditions que la servitude où là mort.

« Nous avons pris les armes chez nous pour défendre une liberté que nous avions reçue avec la vie, pour conserver les biens acquis par notre honnête industrie et par les sueurs de nos aïeux. Nous neles déposerons que lorsque les hostilités de nos injustes agresseurs auront cessé, et que le danget de les voir renaître n’existera plus.

« Mettant toute notre confiance dans la bonté du juge suprême et impartial qui régit l'univers, nous le supplions de nous protéger dans cette lutte, afin qu’elle puisse se terminer en notre faveur, et d’amener le cœur de nos adversaires à une réconciliation reisonnable, en délivrant ainsi l'empire du fléau de la guerre civile.

Corda

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