ÉTATS-UNIS
rebelles venaient attaquer cette province, demandaient les Anglais, ne nous aideriez-vous pas à les repousser? — Du moment où la paix est faite, répondaient les sauvages, la hache est ensevelie à quarante pieds sous terre. Cumme les Anglais insistaient en leur disant Creuse, et vous la trouverez. — Non, reprenaient-ils ; le manche est pourri, at nous ne pourrions nous en servir. | D’autres leur répondaient : Écoutez / nous avions mis de côté seize schellings pour acheter du rhum : nous vous les donnons, et nous boirons de l’eau; nous irons à læ chasse, et si nous tuons quelque animal, nous en vendrons la peau, et nous vous porterons l'argent que nous en tirerons. Mais ils ne voulaient pas faire la guerre. Le Canada ne voulut pas non plus embrasser la cause des insurgés ; en conséquence, Washington résolut de l’envahir. Québec fut assiégé par une poignée d'hommes mal équipés, et, malgré le courage d’Arnold, la place ne tarda point à être dégagée, à l'arrivée de nouvelles troupes. Washington ayant eu l’avantage sur Howe , qui avait succédé à lord Gage, put dégager tout à fait Boston et se retirer dans la Nouvelle-Écosse pour attendre des
renforts , tandis que d’heureux suc cès étaient aussi obtenus dans
les provinces méridionales.
Le gouvernement anglais’, résolu à tout faire pour terminer la guerre d’un coup, conclut un honteux marché d’hommes avec les petits princes de l’Empire , s’engageant à payer trente thalers par soldat enrôlé, et trente, en outre, pour chaque soldat tué ou pour trois estropiés : véritable assassinat commis par ces princes envers leurs sujets pour se procurer de l'argent , puisqu'ils n’étaient déterminés ni par les obligations d’un traité d’alliance , ni par la communauté d'intérêts politiques. .
A l’aide de cet abominable trafie, on put porter l'armée de terre à cinquante-cinq mille hommes ; mais tant d’infamie décida ceux qui hésitaient encore , et détermina le congrès américain à rompre tout à fait avec la mère patrie et à déclarer les colonies indépendantes , afin de pouvoir, à ce titre, réclamer des secours étrangers et agir avec plus de résolution.
Un opuscule de Thomas Payne, intitulé le Sens commun, donna aux opinions une chaleur nouvelle ; l’auteur y montrait les avantages de l'indépendance, en dirigeant ses sarcasmes sur la condition précédente. Chaque colonie fut invitée à se donner la forme de gouvernement qu’elle croirait la meilleure, et toutes s’empressèrent de le. faire. La forme populaire prévalut dans les pays où les fortunes étaient médiocres, les mœurs simples, et où il n’existait pas de classes privilégiées. Le système représentatif , qui fut
47 mars,
Déclaration d’indépen-
nce.
» juillet.
généralement adopté , se modifia selon les circonstances particulières. Le pouvoir législatif fut divisé entre la chambre des représentants, qui proposait les lois , et le sénat, qui les sanctionnait : l'élection eut lieu directement ; l’autorité judiciaire demeura distincte des autres pouvoirs ; toutes les religions furent protégées, et les ministres du culte exclus des fonctions publiques.
L'indépendance existait donc de fait avant même que le congrès, sur la proposition de Henri Lee, déclarât les colonies libres et indépendantes. « Nous croyons, dit-il, comme une vérité évidente, que tous les hommes ont été créés égaux avec des droits inaliénables; qu’au nombre de ces droits sont la vie , la liberté et la recherche du bonheur, et que c’est pour les assurer qu’ont été établis les gouvernements , dont le pouvoir légitime dérive du consentement des sujets ; qu’il appartient au peuple, toutes les fois qu’une forme de gouvernement contrarie ces fins, de la changer ou de l’abolir, et d’en fonder une nouvelle appuyée sur ces principes, en l’oydonnant de la manière qui lui paraît devoir conduire le mieux à son bonheur et à sa sûreté.
« La prudence prescrit de ne pas changer pour des motifs frivoles et passagers: un gouvernement établi depuis longtemps, et l'expérience nous montre que les hommes sont plus enclins à supporter les maux, tant qu’ils sont tolérables, qu’à se faire justice en abolissant des institutions auxquelles iis sont habitués ; mais quand une longue série d’abus et d'usurpations dirigées vers une même fin révèle le dessein de les conduire à un despotisme absolu, il est de leur devoir de détruire une pareille forme de gouvernement et de pourvoir par de nouvelles institutions à leur propre sécurité.
«Telle aété précisément la tolérance patiente de ces colonies, et telle est la nécessité qui les contraint de changer l’ancien système de gouvernement. L'histoire des rapports du roi de la Grande- Bretagne avec elle, est une suite d’injures réitérées et d’usurpations tendent à établir une tyrannie complète; il suffira pour le prouver d'exposer la série des faits au jugement impartial du monde. » Suit l’énumération des griefs; puis le congrès ajoute : « À chacune de ces oppressions nous avons imploré justice en termes respectueux ; mais, à nos suppliques réitérées , il n’a'été répondu que par de nouvelles injures. Un prince qui s’est conduit en tyran, n’est pas digne de gouverner un peuple libre.
« Nous n’avons pas négligé de recourir à nos frères anglais, en les informant des attentats de leur corps législatif pour étendre sur nous une autorité illégitime. Nous leur avons rappelé les circonstances de l’émigration et de notre établissement dans ces contrées ;