‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 110 sur 245 · CERTES · texte numérisé non relu

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nous avons fait appel à ieur justice et à leur magnanimité naturelle, en les conjurant, au nom de notre commune origine, de désapprouver'des usurpations qui finiraient inévitablement par interrompre nos relations ; mais ils sont aussi restés sourds à la voix de la justice et de la parenté. Nous nous trouvons donc dans la nécessité de nous séparer d’eux , et de les tenir, de inême que le reste du genre humain, comme amis en paix, comme ennemis en guerre.

« En conséquence , nous, représentants des États-Unis d’Amérique, réunis en congrès général , invoquant le Juge suprême de l'univers en témoignage de la droiture de nos intentions, au nom et par l’autorité du bon peuple de ces colonies , nous proclamons et déclarons solennellement : « Que ces colonies unies sont et ont « droit d’être États libres et indépendants , affranchies de toute « sujétion envers la couronne d'Angleterre ; que toute connexion « entre elles et la Grande-Bretagne est et doit être totalement « dissoute ; que, comme États libres et indépendants , elles ont « plein droit de faire la paix et la guerre , de contracter des al- « liances , d'établir des relations de commerce et de faire tout ce « qui appartient à des États indépendants ; à l'appui de laquelle « déclaration, nous confiant fermement dans la divine Providence, « nous engageons mutuellement notre honneur, nos biens et nos « vies. »

Les États-Unis de l'Amérique septentrionale (1) , comme ils s’intitulèrent, conservèrent chacun leur constitution particulière, avec le droit de la changer, en attribuant au congrès la direction des affaires politiques, la conciliation des différends entre les divers États, le droit de déterminer les impôts , de faire des emprunts , d’organiser la flotte.

Toutes les voies d'accommodement Ciaient donc fermées, et i] fallait, sans armée, sans trésors, sans alliés, résister à une nation aguerrie et redoutable. Lord Howe continuait la guerre sans interrompre les négociations qui pouvaient amener un arrangement ; les Américains se virent obligés d'abandonner New-York , qui fut incendié, de même que Rhode-lsland, et Washington dut se retirer devant l'ennemi. Si Howe eût marché sur Philadelphie, le péril eût été extrême; mais il entra dans ses quartiers d’hiver, ce qui laissa à Washington le temps de réparer ses forces et de rendre le courage aux siens ; en effet , il reprit bientôt l’avantage.

(4) C’étaient New-Hampshire, Maïsachusett’s bay, Rhode-lsland, Connecticut, New-York, New-Jersey, Pensylvanie, Delaware, Maryland, Virginie, les deux Carolines, Géorgie.

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Non-seulement les Anglais envoyèrent contre les insurgents des bandes d’Allemands qui se montrèrent très-féroces, mais enoore ils n’hésitèrent pas à jeter les hordes des cannidales sur les colonies. Plus tard, Howe occupa aussi Philadelphie; mais Burgoyne, qui combattait dans le Canada, essuya un tel revers à Saratoga, qu’il fut fait prisonnier avec son armée et renvoyé en Europe.

Le congrès agissait grandement dans les affaires d’ordre supérieur, mais il hésitait dans les petites choses ; il faisait la guerre et n’osait avoir recours ni à la conscription, ni aux impositions, parce que la première seule était de son ressort, et queles autres ressortissaient aux assemblées particulières ; en effet, chacune des colonies , disséminées sur un vaste territoire , fondées à des époques diverses, avec des éléments différents, avait son gouvernement et son unité distincte et jalouse. Dans le temps où s’agitaient de graves intérêts, les hommes les plus distingués de toute l'Amérique se réunissaient en congrès, qui, en conséquence, déployait de la vigueur ; ce temps passé, ils retournaient dans leurs foyers pour diriger chacun leur propre pays ; le gouvernement général restait confié à des gens médiocres, et cette obéissance, qui se fondait uniquement sur l'opinion, se relâchait.

Washington voyait bien, comme chef de l’armée, qu’il ne pourrait obtenir des forces suffisantes sans un gouvernement central. Nommé président, il reconnut ce qu’il fallait pour donner un gouvernement à l'Amérique.

Il n’y avait point là de traditions militaires, reste de la féodalité; le pays se composait de gens venus de très-loin pour obtenir la liberté. Les agriculteurs, les industriels redoutaient le pouvoir armé; ils ne restaient qu’un an au service, et dans ce court espace même, ils étaient indociles à la discipline, parce qu’ils se croyaient toujours citoyens ; ils ne voulaient donc d’autre code que la loi civile, en conservant même sous les drapeaux celle deleur propre pays, et les journaux retentissaient de leurs doléances. Washington n’était pas un héros à façonner la nation à coups desabre ; ilavait montré songénie organisateur enmaintenant sur pied unearmée avec des soldats qui n’avaient qu’un an à rester sous le drapeau, sans magasins, sans munitions, ce qui fut un véritable prodige. Le congrès ne voulait pas qu’il eût plus de cinq mille soldats : C’est fort bien, disait Washington, sénous pouvons obliger l'ennemi à nous attaquer avec moins de trois mille. I comptait peu sur l’enthousiasme des jeunes combattants, parce qu’il savait que l’on triomphe moins par l’enthousiasme que par la

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persévérance (1); il insistait sans cesse pour avoir une armée permanente , qui le dispenserait d’avoir à traiter sans cesse avec chaque État. 11 n’était done paspartisan de la levée en masse, qui paraît aux théoriciens la meilleure arme des insurgés ; comme il connaïissait ses soldats, il préférait la guerre sûre et défensive à la guerre brillante et périlleuse. IL voulait la liberté de, l'Amérique , et non sa propre grandeur ; des accusations en sens opposé étaient donc dirigées contre lui par le congrès et l'armée, et il avait l’héroïque patience d’attendre que le temps vint corriger des jugements également erronés.

Enfin, il parvint à obtenir la confiance, et, le 40 mai 4779, le congrès déclara « qu'il se confiait entièrement dans la prudence et dans les talents du général Washington; ilexprima le désir que, soit par: une délicatesse excessive, soit par défiance en luimême, il ne craignît pas de s’en rapporter à son propre jugement, et l'invite à ne communiquer ses plans à l’assemblée qu’autant que cela etait néer';saire ou compatible avec la rapidité des mouvements militair”i.. »

Cependant, les destinées de PAmérique se débattaient moins encore :« les champs “+ ibataille que dans les cabinets et le parleun: nt,

Lord Chatham proclamait avec des mouvements passionnés, des expressions magnifiques, de sonores hyperboles, la nécessité de faire à tout prix la paix avec les Américains. A l’ouverture des chambres de 4777, comme on ‘proposait de voter:dans l'adresse les remerciments habituels au roi , en comparant la gloire actuelle des Anglais à celle des anciens conquérants, il s’écria : «Je ne « puis nine veux prendre part à des félicitations pour une cala- « mité. C’est un devoir d’instruire le roi en lui parlant le langage « de la vérité, et de lui montrer le désastre qui nous menace. Ce

(1) Washington écrivait en 1778 : « Imaginez autant de théories que vous voudrez, parlez de patriotisme, citez des exemples dans l’histoire anciénne, de grandes actions aucomplies avec son:secours ; mais quiconque bâtira sur ce fondement comme suffisant pour soutenir une guerre longue et sanglante s’apercevra à la fin qu'il s’est trompé. Il faut prendre les passions des hommes comme la nature les a données, et se conduire d’après les principes qui en général dirigentt leurs actions. Ce n’est pas que j’entende exclure toute idée de patriotisme : je sais qu'il existe, et qu'il a beaucoup fait dans la circonstance présente; mais j’oserai affirmer qu’une guerre importante et durable ne peut jamais être soutenue par lui seul; qu’il faut de plus une perspective d'intérêt et de récompenses. Le patriotisme peut pousser à beaucoup faire, à beaucoup souffrir ét à surmonter quelque temps les plus grandes difficultés ; mais tout cela durera peu si l'intérêt ne vient à son secours.

JW DIX-HEPTIÈMEH ÉPOQUE,

« peuple que naguère nous dédaignions comme rebelle, nous l’u-

vons maintenant pour ennemi, Nous n'avons pas à combattre contre des bandits et des brigands, mais contre des patriotes libres ct vertueux, L'état désolant de nos armées est connu ; personne ples que moi n'estime les troupes anglaises, et je sais qu'elles sont capables de tout, sauf l'impossible, Or, la conquête de l'Amérique anglaise est impossiblo, je n’hésite pas à vous le dire; vous ne pourrez conquérir l'Amérique,

« Dans quelle situation sommes-nous là-bas? Nous n’en connaissons pas tous les dangers, mais nous savons qu’en trois campagnes nous ne sommes venus à bout de rien, Vous pouvez accumuler les dépenses et les efforts, rassembler tous les secours qui se vendent ou se prêtent, trafiquer, faire des marchés avec ces pauvres petits princes d'Allemagne qui vendent et expédient leurs sujets pour les boucheries d’un prince étranger; vous le pouvez, mais vous ne pouvez pas subjuguer l'Amérique. Comment! lancer sur eux ces mercenaires de l’assasainut, abandonner eux et leurs propriétés à la rapacité de cette fureur stipondiéet Si, comme je suis Anglais, j'étais Américain, tant qu’un soldat étranger aurait le pied sur le sol de mon pays, je ne déposcrais pas les armes ; jamais, jamais ! Qui, pour surcroît aux désastres de la guerre, qui vous a autorisés à associer vos Ames au cosse-lôte et à la hache des sauvages ? »

Lord Suffoik ayant répondu : Nous avons pu sans honte nous

servir des moyens que Dieu et la nature nous ont mis en main ; Chathan lui répliqua en ces mots : « Devais-je m’attendre à cela

dans ce pays, dans cette chambre ? Quelles idées se fait de Dieu et de la nature le noble lord ! Gomment ose-t-il justifier par la loi de Dieu Pinfamio d'invoquer les massacres de canribales qui torturent, déchirent, dévorent les victimes, en boivent le saug, se font un trophée de leur chevelure? J’en appelle aux ministres de notre religion, pour la venger de cette sacrilége inculpation ; j'invite les évêques à interposer la sainteté de leur étole, ct les juges la pureté de leur toge, pour nous sauver d'une telle profanation; je vous invite tous, milords, à venger la dignité de vos aïeux, de votre caractère et de celui de la nation,

« Je vois parmi ces portraits limmortel père du noble lord auquel je réponds; je vois lord Effingham, le glorieux destructeur de l’Armada, frémir d'indignation, En vain il aura

« défendu la religion et la liberté de In Grande-Bretagne contre

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la tyrannie de Rome, si des horreurs plus coupables que celles de l’inquisition sontintroduites et consacrées parmi nous. Vous envoyez des cannibales, altérés de sang, contre qui? contre vos frères protestants, Que l'Espagne, qui fit marcher dans ses rangs des chiens de guerre,... ne se vante plus de sa suprématieen fait de barbaries, puisque nous avons déchuiné d’autres dogues contre nos compatriotes! Que les prélats apprêtent une cérémonie lustrale pour purger notre pays d’une telle souillure, d’un crime si monstrueux ! Milords, je suis vieux et épuisé, et je n’en saurais dire plus ; mais je n’aurais pu ce soir reposer ma tête sur l’oreiller si je n’avais exhalé mon indignation, »

Lord North, qui avait poussé le flegme jusqu’à feindre de dormir pendant les plus violentes philippiques, s’émut en réalité, et envoya des commissaires en Amérique pour amener à tout prix une réconciliation ; mais il était trop tard. Les Américains savaient combien il est dangereux de se fier au pardon d’un maitre irrité, et ils avaicin gaûté de lindépendance.

La guerre étant donc décidée , Keppel, marin habile, quoique peu en faveur à la cour, fut choisi pour conduire la flotte.

Le congrès, puisant de la force dans le danger, conféra une autorité dictatoriale à Washington , fit desemprunts, et, surmontant les rancunes nationales, songea à rechercher l’alliance des Français. Benjamin Franklin et Arthur Lec furent envoyés pour la négocier ; ils trouvèrent l’Europe , et surtout la France , pleines d'admiration pour les simples vertus d’un peuple nouveau, qui, juloux de ses droits , résistait avec des masses improvisées à ceux qui faisaient trembler l’Europe. Les classiques les comparaient aux Fabius et aux Curtius ; les philanthropes lisaient dans la charte de l'indépendance un manifeste contre les tyrans , et, dans leur réussite , la possibilité d'accomplir tout ce qu’ils espéraient; tous les nobles cœurs battaient pour cette guerre, qui seule, parmi toutes les luttes politiques et dynastiques de ce siècle, répondait aux idées dont la vogue était alors croissante. Franklin, déjà illustre par ses découvertes en physique, faisait l'admiration du public pour ses manières et son costume d’une extrême simplicité. Les philosophes, directeurs de l’opinion et dispensateurs de la gloire , le comptaient parmi les leurs, et popularisaient sa renommée ; et lui, plein de finesse sous son air débonnaire , riait de leurs exagérations , tout en les mettant à profit.

La France désirait effacer la honte de la guerre de Sept ans;

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178, 6 février.

346 DIX-SEPITÈME ÉPOQUE.

généreux. Tout le monde se réjouissait de l’humäiation d'une puissance rivale ; mais les finances étaient en mauvais état, et ilconvenait peu à un roi d’encourager la rébellion. Turgot représentait qu’il ne convenait pas d’aider les colonies, attendu que l’Angleterre, pour les dompter, se verrait obligée d’épuiser ses forces , en même temps que le moment n’était pas éloigné où les métropoles seraient contraintes d’abandonner leurs possessions lointaines, et de tirer parti des relations commerciales. Le cabinet de Versailles louvoyait : il déclarait les armateurs et les captures exclus du royaume, mais il les laissait entrer ; il ne reconnaissait pas publiquement les ambassadeurs, mais il les écoutait en particulier; il permettait de plus de transporter en Amérique des armes et des vivres.

Néanmoins, après la défaite de Burgoyne , les envoyés américains demandèrent au cabinet français une décision catégorique ; autrement, ils annonçaient l'intention d'offrir un arrangement à l’Angleterre, et de s’allier avec elle contre la France. Il ne restait donc à cette puissance ‘qu’à choisir entre deux guerres, l’une de gloire , l’autre où il n’y avait qu’à perdre; mais, au lieu de reconnaître ouvertement l'indépendance des Américains et de déclarer avec eux la guerre à la Grande-Bretagne , les apprékensions pusillanimes de Louis XVI firent déguiser le traité d’alliance sous l'apparence d’un traité de commerce. La France ne stipula généreusement aucun avantage pour elle, sauf la promesse que les Américains ne traiteraient jamais avec les Anglais pour se remettre sous leur sujétion; elle leur avança même jusqu’à dix-huit millions en argent , remboursables seulement à la paix, sans intérêts, et garantit un emprunt contracté par eux.en Hollande ; mais ce qui était nouveau et important pour toute l’Europe, c’est qu’elle légitimait ainsi ke principe de l'insurrection.

Déjà un certain nombre de volontaires étaient passés de France en Amérique sous le jeune marquis de La Fayette, qui abandonnait, pour aller combattre, les avantages aristocratiques de la naissance , les loisirs de la fortune , une jeune épouse d’une grande famille et de grandes ver! . Quelques Polonais allèrent aussi verser leur sang pour la liberté , qu’ils avaient perdue dans leur patrie. Cependant ces volontaires, ainsi que ceux d'Irlande et et d'Allemagne , pleins de forfanterie et peu disposés à la subordination , coûtaient beaucoup sans être d’un grand avantage ; aussi la venue de La Fayette fut-elle d’abord peu agréable. Il écrivit donc au congrès : Mes sacrificesme donnent droit à deux grâces, l’une de servir à mes frais, l'autre de commencer à servir comme

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volontaire. Il est certain que cette intrépide jeunesse était moins utile encore par sa valeur que par l'opinion qui en résultait, que la cause des colonies avait l'approbation de l’Europe. Enfin, Louis XVI expédia ouvertement des troupes sous les ordres du comte d'Estaing, et fit sortir la flotte.

L'Espagne avait été, dans le principe, uniquement retenue par la crainte que l'exemple ne se propageât dans ses colonies ; mais ensuite, le désir de la vengeance l’emportani sur cette considération, elle se présenta dans la querelle comme médiatrice , et offrit à l'Amérique de se joindre à elle , à la condition qu’elle lui assurerait la possession des Florides, qu’elle renoncerait à la pêche de Terre-Neuve , à la navigation sur le Mississipi et aux territoires situés sur la rive orientale de ce fleuve. La première condition avait peu d'importance; les deux autres furent refusées. En conséquence , l'Espagne ne voulut pas reconnaître l'indépendance de l'Amérique : vengeance puérile et insignifiante , puisqu’elle déclara la guerre à la Grande-Bretagne, et qu’elle envoya sa flotte se joindre à la flotte française, commandée par le comte d'Orvilliers. Les forces combinées montaient à soixante-six vaisseaux de ligne ; c’était la flotte la plus forte qui jamais eût menacé l’Angleterre; en même temps, soixante mille hommes dirigés sur les côtes de Bretagne et de Normandie se tenaient prêts pour une invasion , d autant plus redoutée que les troubles de l'Irlande étaient un sujet d’isquiétude à l’intérieur.

Mais les maladies décimèrent la flotte , et ces grands préparatifs furent à peu près sans résultat. Les Anglais , irrités de l'alliance des rebelles avec les Français , déployèrent alors tout le patriotisme et toute la persistance propres aux aristocraties ; les luttes céssèrent entre les partis , qui offrirent au gouvernement de l’argent et des vaisseaux. La proposition de reconnaître l’indépendance des colonies fut de nouveau hasardée dans les chambres ; mais Chatham, qui, rempli üe haine contre ja t: , voulait l’humiliation de cette puissance et ne portait intérêt mérique qu’autant qu'il la considérait comme anglaise , cessa de la défendre quand l'espoir d’une guerre avec la France brilla à ses regards. Usé par les années et son ardente énergie, il se présenta au parlement soutenu par son fils William : « Je me trouve heureux, « dit-il, que la tombe ne se soit pas encore fermée sur moi, pour « pouvoir élever la voix contre le démembrement de cette an- « tique monarchie. Gomment a-t-on osé conseiller un pareil sa- « crifice ? Obscurcirons-nous la gloire de la nation par un lâche « abandon de ses droits et de ses possessions les plus précieuses?

27 avril,

11 mai,

« Un peuple qui était, il y a dix-sept ans, la terreur du monde « descendra-t-il aujourd’hui jusqu’à dire à son implacable en- « nemie : Prenez tout, pourvu que vous nous donniez la paix? « Si nous sommes forcés de choisir entre la paix et la guerre , et « si la paix ne peut être maintenue avec honneur, pourquoi ne « pas commencer la guerre sans hésiter? Je ne sais pas bien « quelles sont les forces du royaume; mais il en a certainement « assez pour défendre ses justes droits. Et puis, milords, toute « situation nette vaut mieux que le désespoir. Que l’on fasse du « moins un effort, et, s’il faut tomber, tombons en hommes de « Cœur. »

C’était ainsi que s’exprimait lord Chatham d’une voix affaiblie ; mais lorsque le ministre lui demanda d’indiquer les moyens propres à vaincre l’Amérique , les efforts qu’il fit pour répondre provoquèrent une attaque d’apoplexie , dont il mourut quelque temps après.

La guerre se réduisit d’abord à des affaires maritimes, sans s'étendre sur le continent. Dans vingt combats qui furent livrés, Angleterre ne perdit pas un vaisseau de ligne. La plupart des engagements laissèrent la victoire indécise, sauf celui qui eut lieu entre la Dominique et les îles Saintes (12 avril 1782), où Rodney s'empara de cinq vaisseaux de ligne, y compris celui que montait l’amiral de Grasse , qui fut fait prisonnier.

L'Espagne, de son côté, poussait vivement la guerre; elle recouvra les Florides , assiégea Gibraltar, et, bien que Rodney fût parvenu à jeter des approvisionnements dans cette place, et à ruiner la marine ennemie au cap Saint-Vincent, elle s’en dédommagea en s’emparant d’un convoi anglais dirigé sur les Indes, d’une valeur de dix-huit millions. Minorque , qui servait de refuge aux armateurs anglais, fut aussi assaillie sous les ordres du duc de Crillon (1781), et le fort Saint-Philippe, regardé comme imprenable , fut obligé de capituler. Le général Elliot défendait intrépidement Gibraltar, et, par une invention nouvelle, brûlait les batteries flottantes , que l’on croyait à l’épreuve du feu ; toutefois, il aurait été forcé de céder si l’amiral Howe ne fût venu à son secours.

Les puissances du N rd se déclarèrent neutres. La Hollande seule prêta appui aux Français , et les Anglais lui déclarèrent la guerre, coup d’audace qui étonna; saisissant avec joie l’occasion de ruiner un commerce rival, ils ravagèrent se; établissements aux Antilles, à la Guyane, au Malabar ct sur la côte de Coromandel.

L'alliance de la France avait relevé le courage des Américains,

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