‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 11 sur 245 · PESTE DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

PESTE DE MARSEILLE

des causes naturelles. La seule contagion (di ‘fnt-ils) est: la peur : cessez de craindre pour vous-même , ass. 2 les autres, et vous serez en sûreté. Le fait est que la maladie éclata avec une force si terrible qu’elle enleva jusqu’à mille personnes par jour, et le manque de vivres ajoutait encore aux ravages qu’elle causait. La charité se signala au milieu de ces horreurs : le pape envoya trois mille charges de grains ; mais le ministre de France à Rome, voyant là un reproche contre la négligence du régent et de Dubois, fit tout ce qu’il put pour qu’elles n’arrivassent pas. Le bâtiment qui les portait, ayant mis à la voile, fut capturé par un corsaire, barbaresque , qui le relâcha lorsqu'il fut informé de sa destination. L’évêque de Belzunce rivalisa de zèle avec saint Charles Borromée ; le chevalier Roze ensevelit lui-même les cadavres pour en inspirer le courage aux autres. Le jésuite Millet, réunissant au soin des âmes les fonctions civiles , y fut envoyé comme commissaire de la santé. Le peintre Serres assista les malades, dont il représentait les cruelles misères.

Vingt-six religieux franciscains, dix-huit jésuites et quarantetrois capucins, sur cinquante-cinq qui étaient accourus, périrent victimes de leur zèle charitable. À côté des prodiges de vertu se signalaient tous les excès de la lubricité ; la prostitution marchait tête levée, et les mariages lui ressemblaient, tant le veuvage était court. La peste n’avait pas apaisé les haines théologiques, et plus d’un prêtre, la bulle Unigenitus à la main , refusait l’absolution aux dissidents; mais on vit les pères de l’Oratoire porter le viatique et des consolations à tous, malgré l’interdiction que cette conduite leur fit encourir. Les moines de Saint-Victor seuls restèrent enfermés, ce qui les préserva et les déshonora. Belzunce, accusé de jansénisme (1), n'eut pas le chapeau de cardinal , qui parait le front de l’obscène Dubois.

IL est à remarquer qu'aucun chef ecclésiastique, civil ou militaire ne périt. Les précautions qu’on avait négligées pour s’opposer à l'introduction du mal furent multipliées pour l'empêcher de s'étendre, et l’on y parvint. Cinq ans après , Marseille comptait la même population qu’en 1719 ; les hommes peureux qui s’étaient enfuis, revenaient disposés à blâmer tout ce qu’on avait fait, et à calomnier les hommes généreux qui étaient restés dans la ville.

Louis XV grandissait au milieu des soupçons et des appréhensions, sous la direction peu sévère de l’évêque de Fleury, dans

(1) Il est avéré, au contraire, que Belzunce fut toute sa vie un moliniste des plus ardents. (R,) ‘

ler février.

lequel il avait mis toute son affection et sa confiance. Lorsqu'il eut été déclaré majeur, le duc d'Orléans laissa le pouvoir pour se livrer tout entier aux jouissances ; Dubois garda le ministère jusqu'au moment où la mort vint le surprendre ; il ne voulut pas récevoir les sacrements. Il faut convenir qu’il avait des talents ; il rechercha l'égalité de l'impôt, et, sous prétexte de routes et dè ponts, il s’occupa de faire mesurer et estimer les terres ; il favorisa les droits du saint-siége et les juridictions ecclésiastiques, et réussit à faire accepter en France la bulle Unigenitus. L’acharnement avec lequel il persécuta céux que la banqué avait enrichis fit peut-être exagérer seB vices: On ne prononça point d’oraison funèbre en son honneur ; mais la baisse extraordinaire des actions

. de la Compagnie des Indes montra combien il inspirait de con-

fiance.

Le duc d'Orléans reprit les affaires après la mort de son ancien maître ; mais lui-même mourut bientit dans les bras de sa

dernière maîtresse, laissant le timon de l’État au duc de Bourbon,

aüssi dépourvu dé talents qu’avide et vindicatif, entouré de favoris et de femmes , mené surtout par madame de Prie, qui s’était donnée à lui par des motifs moins excusables encore que l'amour et l’ambition.

La Pologne continua à souffrir de son triste système de république, et dévenait le champ «es intrigues de toute l’Europe, Stas nislas Leczinski, élu roi sous la protection de Charles XIF, avait été forcé de céder lé trône à Auguste de Saxe ; mais on prévoyait qu’à la mort de ce prince la France remettrait en avant Stanislas, dont le fille , Marie , avait épousé Louis XV. Les puissances, renouvelant le scandale qu’elles avaient donné dans les affaires d’1-

talie, disposèrent du royaume du vivant du roi. L’Autriche et la

Russie, qui destinaient au trône de Pologne Jean V de Portugal , ayant attiré la Prusse de leur côté , couvrirent la frontière de troupes , ét expédièrent à Varsovie trente-six mille ducats pour gagner la majorité des électeurs.

Mais à la mort du roi, son fils Frédéric-Auguste se mit tout à coup sur les rangs ; il avait , comme époux de l’archiduchesse Marie-Joséphine , des prétentions à la succession autrichienne. Charles VI offrit de se prononcer en sa faveur, à la condition qu'il renoncerait à celle-ci et reconnaîtrait sa pragmatique sanction; la Prusse fit de même ; puis vint la Russie , sous la réserve qu’il satisferait à certaines prétentions qu’elle élevait sur la république. L’argent etles menaces sont répandus. Leczinski, soutenu par la France et ses belles manières, obtient la préférence; mais

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quelques palatins se détachent de la diète pour élire Frédéric- Auguste , tandis que quarante mille Russes entrent dans le pays «afin de protéger la liberté de l'élection ; » et mettént à feu et à sang les châteaux des nobles qui avaiént donné la couronne à léur concitoyen. Charles VI envoya d’autres troupes de son côté. Ce fut en vain que Louis XV se récria contre cette iniquité d'imposer un roi à un autre pays; le petit corps de troupes qu’il avait envoyé pour soutenir son beau-père trouva les côtes ravagées par les Russes ; et fut fait prisonnier. Stanislas s’erfuit avéc peine de Dantzick assiégée ; il fut accueilli par la Prusse, qui refusa de le livrer à l'Autriche ét à la Russie, |

C'était là un cas de guerre ; mais elle n’était pas redoutée des Russes, à qui Pierre le Grand et Mentschikoff avaient appris à vaincre en bataille rangée , et Munich à prendre d’assaut les places fortes. En France , un parti nombreux la demandait. Louis XV la considérait comme un devoir filial; Villars supportait impatiemment de se voir inutile , et les anciens soldats de Louis XIV brülaient de combattre et de triompher encore. La France déclara donc la guerre à l’empereur, et l'Espagne s’unit à elle, poussée par la reine Élisabeth Farnèse, irritée des formalités humiliantes imposées par Charles VI à don Carlos pour l'investiture de Parme et de la Toscane , et aussi de son refus d’accorder à l’infant la main de Marie-Thérèse. La Sardaigne, comprenant qu’elle ne pouvait grandir qu'aux dépens de l’Autriche, se joignit à ces deux puissances.

Aussitôt les Français occupèrent la Lorraine, dont le duc, François-Étienne, devait épouser Marie-Thérèse. Villars entra en Italie, et, faisant sa jonction avec les Sardes, il envahit le Milanais. Charles VI demanda des secours à l'Angleterre et à la Hollande ; mais celle-ci, mécontente de ce qu’il laissait les forteresses des Pays-Bas dégarnies, refusa de lui en fournir ; le roi Georges ; que son ministre Walpole maintenait dans des dispositions pacifiques, déclara n’être pas obligé de le soutenir dans un acte de violence. La Russie , la seule alliée de Charles , était à cinq cents lieues; la chance des armes lui fut donc contraire au début. Lorsqué Villars eut expiré à Turin, dans la même chambre où il était né, les maréchaux de Maillebois , de Coigny, de Broglie, qui lui succédèrent, passèrent le PÔ, et occupèrent le pays jusqu’à la Secchia , en ne laissant à l’Autriche que Mantoue, Don Carlos de Parme s’empara de Naples, et défit les impériaux à Bitonto ; puis , passant dans la Sicile, il s’en rendit maître, et fut proclamé à Palerme roi des Deux-Siciles.

1798, 8 novembre,

Le prince Eugène de Savoie, général en chef de l’armée impériale, manquant des approvisionnements les plus nécessaires, eut beaucoup de peine à empêcher les Français de s'étendre en Souabe. Sa mort força Charles VI d’accepter la paix telle que la

proposait le cardinal de Fleury, chef du ministère. Stanislas ab-

diqua le trône de Pologne, en conservant toutefois, sa vie durant, le titre de roi et les honneurs souverains; la Lorraine lui fut attribuée en dédommagement, mais réversible à la France après sa mort. Le duc François de Lorraine eut comme indemnité la Toscane avec le petit pays de Falkenstein, afin qu'il ne fût pas considéré comme étranger lorsqu'il aspirerait à la couronne impériale. Le roi de Sardaigne acquit le territoire de Novare et de Tortone comme fiefs de l’Empire, et la suzeraineté territoriale dans les Langhe ; l’empereur obtint Parme.et Plaisance , en renonçant à Castro et à Ronciglione; mais son vœu le plus ardent fut accompli, car il vit la pragmatique sanction garantie de la manière la plus solennelle.

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