TRAITÉ DE PARIS
et Philadelphie s'était affranchie ; cependant, ils souffraient cruellement des ravages que les Anglais causaient à leurs possessions, où ils se conduisaient en sauvages. Les finances étaient en désordre, les billets discrédités, et par suite la probité avait disparu. Des gens dont l’exagération faisait tout le mérite exerçaient les magistratures. Le congrès était impuissant, comme il arrive des gouvernements nouveaux, et l’armée réduite à vivre de rapines. D'ailleurs, l’ancienne haine contre les Français revivait chez les Américains, qui n’oubliaient pas leur origine britannique ; puis, comme on trouvait qu’ils ne faisaient pas assez, il en résultait des démêélés continuels. Les royalistes, qui abondaient dans les calonies méridionales, la Virginie exceptée, se réjouissaient des maux de la patrie, et les châtiments ne faisaient qu’aigrir les esprits.
L'arrivée des renforts français remit Washington en état de reprendre l'offensive ; il brava les trahisons , les dissidences, les révoltes, tandis que les Français, sous la conduite du marquis de Bouillé , obtenaient de brillants succès dans les Antilles. Lord Cornwallis s’empara des deux Carolines, et pénétra dans la Virginie; mais Washington, La Fayette et Rochambeau le cernèrent etle contraignirent à se rendre prisonnier avec toute son armée.
Ce coup terrible fit tomber le ministère North, et l’Angleterre se déclara lasse d’une guerre où toutes les victoires amenaient des désastres , où tous les sacrifices étaient une cause de ruine. Déjà North avait négocié une paix séparée avec la France; le ministre Rockingham la conclut avec la Hollande et la France, puis aussi avec les États-Unis. Enfin, le parlement reconnut l'indépendance américaine. Les préliminaires furent alors arrêtés à Paris, où les nouveaux républicains obtinrent au delà de leurs espérances; car Angleterre, ne pouvant tenir les colonies dans la sujétion, reconnut qu’il fallait leur accorder au delà de ce que désiraient l’Espagne et la France.
En conséquence, l’Angleterre reconnut les treize États comme paye libre et souverain. Comme chaque État était maître, le congrès ne put s’engager qu’à leur recommander la restitution des biens confisqués sur les Anglais et les royalistes ; en effet, la plupart des États s’y refusèrent, et l’Angleterre eut à fournir à ceux qui en avaient souffert des indemnités °n argen ou en terres dans la Nouvelle-Écosse. Le Mississipi et ‘: ‘che au banc de Terre-Neuve tr'ent ‘déclarés libres entre les deux nations. Les frontières embrassaient des territoires habités par des peuples indépendants, et qui étaient inconnr:: x uns et aux antres; elles restèrent donc 1:11 déterminées. «1 :: s’en fallut peui,
1781, 49 octobre,
Paix de Paris, 20 janvier,
? septembre.
:: . oup de terres, au nom du roi, en fief ou en franc-alleu, à
à plusieurs reprises , que la guerre ne se rallumât par ce motif. La question a enfin été vidée par le traité du 9 août 1842.
La France aussi conclut une paix qui lui valut des droits plus étendus pour la pêche de Terre-Neuve, et la propriété exclusive des îles Saint-Pierre et Miquelon. Elie conserva Tabago, en restiinant la Grenade etles Grenadines, Saint-Vincent, la Dominique, Saïrt-Christophe et Montserrat; elle recouvra, avec des augmenta-
‘tioï:, ses possessions dans l’Inde, et en Afrique le Sénégal et l’île
de Güréa: 15 restic'ions mises sur le port de Dunkerque furent annulées.
L’Angleterre renonça envers l'Espagne à toutes prétentions sur Minorque etles deux Florides; de son côté, cette puissance lui restitua les îles Pahama et de la Providence, et lui accorda la faculté de ceuper des bois de teinture dans la baie de Honduxas. La Hoilande, abandonnée, se résigna à céder à la Grande- Bretagne ville de Négapatam et la libre navigation dans les mer: de l’Inde.
Les lourds sacrifices auxquels l'Angleterre avait été forcée de se soumettre firent tomber le ministère; mais celui qui le remplaça, appelé ministère de coalition parce qu’il réunissait les chefs des différents partis, donna son approbation au traité de paix, qui fut signé. C’était beaucoup pour la Grande-Bretagne, sans alliés, au milieu d’ennemis puissants , avec la guerre intérieure et la division au sein des chambres, de sortir d’une pareille crise avec honneur. Les hésitations à l’origine , les atrocités commises dans le cours des événements, les conseils de. vengeance dont on s’était inspiré, avaient détruit tout espoir d’amener à bonne fin une guerre qui coûta à l'Angleterre trois millions de sujets, un territoire d’un million de milles carrés, cent mille soldats et cent millions de livres sterling ajoutés à la dette nationale. Toutefois, elle ne souffrit pas autant qu’on pouvait le craindre, parce que le commerce interrompu se raviva bientôt avec plus d’ardeur; les terres incultes furent mieux exploitées, et l’on épargna; les sommes énormes qu’après le traité d’Aix-la- Chapelle, il avait failu dépenser pour mettre les colonies en état de défense,
La France avait espéré ruiner le commerce et la puissance de l'Angleterre ; mais si elle réussit à lui faire reconnaîte l’indépendance de ses colonies, ellen’en tira pour slie-même aucun avante, st donna un exemple ani bien:4: fut imité à son ueiriment.
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des officiers civils ou militaires, qui les sous-inféodaient à d’autres moyennant une rente perpétuelle. Le gouverneur y eut une autorité absolue jusqu’en 1663, époque où fut établi un tribunal qui se régla sur la jurisprudence de Paris. |
Dès que les Anglais eurent conquis cette colonie, ils promirent de lui donner des institutions représentatives, comme à leurs autres possessions ; en attendant, la couronne se réservait le droit de constituer des cours de justice pour juger les affaires civiles et criminelles « conformément à la loi, à l'équité, et, autant que possible, aux lois anglaises. » Cette mesure indiquait l'intention de ne pas contrarier brusquement les habitudes françaises; mais, comme on chercha par divers moyens à introduire les lois anglaises, les Canadiens en éprouvaient du mécontentement, La lutte engagée avec les autres colonies conseillait de ne pas irriter celle-là, pour qu’elle ne se décidât pas à se joindre aux autres. En conséquence, les prescriptions de la coutume de Paris furent confirmées, ainsi que l'exercice de la religion catholique, et l’on y ajouta l'institution du jury à la manière anglaise. Lord North fit passer ce bill (4774) malgré les whigs, qui se récriaient qu’on avilissait la nation en adoptant les lois et la religion d’un autre pays. La faveur accordée à la nationalité française fut même poussée au point qu’on ne concéda plus de terres à des colons anglais; puis, en 479%5 seulement , quand les mêmes dangers n'existaient plus, et lorsqu'il était important d'ouvrir un débouché à l’excédant de la population , ainsi qu’un refuge aux loyalistes américains et aux soldats des armées licenciées, Pitt présenta un autre bill pour ramener le haut Canada à la législation anglaise. Les propriétés furent régies par les coutumes britanniques; on lui accorda l’habeas corpus; le gouvernement se réserva de promulguer les lois de douanes, et laissa toutefois à la législature provinciale la disposition du produit, conformément à la déclaration de 1778, par laquelle le parlement britannique renonçait à faire percevoir les taxes au profit de la métropole. C’est ainsi que fut régi le Canada jusqu’à la révolution de 1840. Pruplé comme il Pétait en majeure partie d’émigrés français, il continua à se plaindre et à exciter les rancunes qui existaient entre l'Angleterre et les États-Unis.
Tandis que leurs destinées se décidaient en Europe, les États- Unis étaient en proie à une violente agitation ; Washington avait à souffrir les amertunes et les contradictions réservées à quiconque sert sa patrie.
Le congrès avait promis une indemnité aux troupes; mais
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comme il ne se trouvait pas en mesure de la leur donner, les soldats, excités par un libelle virulent, en vinrent à un soulèvement, et la guerre civile eût fourni aux rois un sujet de se réjouir si la prudence de Washington n’y ‘eût pourvu. Après avoir apaisé la sédition et repoussé les ennemis, ce grand citoyen, ne prenant pour guide que le pur zèle de la liberté et l'amour de la patrie, déposa le généralat. Puis, avec cette lassitude des affaires publiques qui saisit toujours ceux qui ont eu une grande part aux vicissitudes républicaines, il se retira dans son habitation de Mount-Vernon, pour y jouir de ce repos qui était sa seule ambition.
Homme de bien plutôt que héros à la manière antique, une fois que l’idée du devoir lui eut apparu, il accomplit sans prétentions. Ferme dans sa conviction, hardi à exécuter ce qui était conforme à sa manière de voir (4), il ne s’effrayait pas des obstacles, se confiait dans la Providence, et, plus fort que ses passions et que celles des autres, il suivait invariablement une conduite aussi simple que calme. Modeste et patient, il n’aspira point à gouverner les hommes, ni à s'offrir à leur admiration; mais il se conserva toujours le même, soit qu’il cultivât son domaine, soit qu’il réglât les destins de l'Amérique, Après avoir lutté dix ans pour fonder l'indépendance de son pays, il lutta dix autres années pour en constituer le gouvernement, et il ne perdit rien de sa confiance dans la cause qu’il défendait, rien de sa probité ni de son désintéressement.
Attaqué violemment par le parti démocratique , il sut ne pas lui montrer de ressentiment. Il écrivit seulement à Jefferson , qui en était le chef : « Je n’aurais jamais cru, je ne dirai pas « probable , mais possible, alors que j’employais les plus grands « cfforts pour établir une politique nationale entièrement à « nous, et préserver le pays des horreurs de la guerre, que tous « les actes demonadministration fussent torturés, défigurés d’une « manière grossière et insidieuse, avec des termes si exagérés et
(1) Dans le cours de fa révolution française, il écrivait à La Fayetie, qui se plaignait des calomnies auxquelles il était en butte : « Ne faites pas trop de cas des propos absurdes, tenus sans réflexion dans le premier transport d’une espérance déçue. Quiconque raïisonne reconnaîtra les avantages dont nous sommes redevables à la flotte française et au zèle de son commandant; mais dans un gouvernement libre, vous ne pouvez pas comprimer la voix de la multitude; chacun parle comme il pense, ou pour mieux dire, sans penser, et par conséquent juge les résultats sans remonter aux causes... Il est de la nature de l’homme de s’irriter de tout ce qui détruit une espérarre flatteuse et un projet favori, et c’est une folie trop commune de conc: 1: sans examen, »
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« si inconvenants, qu’on pourrait à peine les appliquer à un Né- « ron , à un scélérat et même à un fripon vulgaire. Mais c’en « est assez; je suis même allé trop loin dans lexpression de « mes sentiments. »
L’Irlandais Conway s'était montré très-ardent contre Washington; mais, ayant été blessé mortellement, il lui écrivit en ces termes : Me sentant encore en état de tenir la plume « quelques minutes, jen profite’ pour vous manifester mon « sincère regret d’avoir fait ou dit quoi que ce soit qui püt être « désagréable à Votre Excellence. Sur la fin de ma carrière, « la justice et la vérité me poussent à déclarer mes derniers « sentiments. À mes yeux, vous êtes un grand, un excellent « homme. Puissiez-vous jouir longuement de l’amour, de l’es- « time, de la vénération de ces États dont vous avez soutenu « la liberté par votre vertu! » C'était le plus digne hommage que pôt attendre un héros.
Mais l’Amérique se retirait épuisée des luttes qu’elle avait soutenues ; elle n’avait ni argent, ni industrie, ni concorde intérieure. Le peuple et les exaltés, qui portent toujours leurs espérances à l’excès, frémissaient de les voir déçues; on se flattait que le gouvernement , dans sa faiblesse, tomberait de lui-même, et qu’on en reviendrait au joug anglais, de même que les Hébreux regrettaient les oignons d'Égypte.
La vertu vint en aide aux vrais patriotes. Les officiers, accoutumés à se co: îérer comme des frères sous les ordres d’un père, redouti:cii, en se séparant , de laisser la patrie exposée aux trames des royalistes ; ils formèrent entre eux la société des cinq-cents, sous le général Knox, pour se serourir mutuellement en cas d’indigence. Le danger que ‘2 société pouvait offrir, celui de constituer un ordre hérédita:: c menaçant pour l’État, fut conjuré par sa transformation en une association de pure bienfaisance. On proposa, pour l’amortissement de la dette, un impôt de cinq pour cent sur les importations; mais il ne fut pas adanté. et le crédit en resta ébranlé. Chaque État se donna des lo:: ..: commerce, selon ses intérêts particuliers ; l'exportation n’était plus protégée par le pavillon anglais, en même temps qu’il fallait demander à l’Angleterre un grand nombre d'objets manufacturés. De là, des insurrections partielles, et la Grande-Bretagne en prit occasion pour exclure les Américains de plusieurs de ses ports.
Tout ce malaise provenant du manque de lien entre des pays IST, UNIV, = 7, XVIL, 23
aussi séparés l’un de l’autre par la distance que par la différen.e de leurs intérêts, et dont les décrets se trouvaient entravés par l'opposition d’un seul. On sentait donc la nécessité de s'unir pour payer les dettes communes et réprimer au milieu de tous la turbulence de chacun, ce qui entrainait la réforme du pacte fédéral. Nous avons dit que l’assemblée n’était pas souveraine et législative ; elle constituait simplement une réunion de députés dont les pouvoirs étaient tellement restreints que ses décisions devaient être ratifiées par chacun des États , d’où il résultait que souvent elle échouait devant l’inertie ou la résistance d’un seul de ses membres, On sent dans une telle constitution l'influence du droit protestant, dont nous avons parlé ailleurs.
Cette constitution avait contre elle les féléralistes, qui, sans nier la souveraineté de chaque État, voulaient, dans l'intérêt commun, que tous se fondissent en un seul, pour constituer un pouvoir central, illimité, exerçant son action sur tous les États, comme les États pariiculiers sur chaque individu, et assez fort pour obliger les États comme les particuliers à suivre les prescriptions de la loi; que ce pouvoir disposât de l’armée et de la marine ; en un rot, que les treize États devinssent une nation.
Les démocrates, bien qu’ils sentissent aussi la nécessité d’un pouvoir central, le réduisaient à une alliance entre les États indépendants; ils s’effpay”ient de tout pouvoir fort, comme s'ils | eussent voulu rendre 1: réforme politique déjà opérée plus radicale encore; mais, co: ne ils n'avaient que les idées d’émancipation de leur siècle, ils sea tenaient à des doctrines d’une indépendance exagérée, qui, conduisant à l’individualisme, sacrifie la sociabilité au désir de la liberté. Franklin et Jefferson appartenaient à cette opinion: Washington et Adams partageaient celle des fédéralistes. Quelques-uns proposèrent même une morarchie tempérée, sous un frère du roi d'Angleterre; enfin la nou-
“y. Velle constitution fut arrêtée dans le congrès de Philadelphie, contitution. et mise à exécution en 1789.
L'égalité native des hommes s'y trouva proclamée par un
pays où subsistait et subsiste encore l’esclavage (1).
(1) Quand l'indépendance fut déclarée, l'esclavage régnait partout ; mais, durant cette guerre, la Pensylvanie adopta une mesure qui devait le détruire bientôt. Le Massachusets le déclara incompatible avec les lois, et il en fut ainsi de tous les États au nord du Potamac, moins le Maryland et la Delaware. Cela leur était facile, attendu que les esclaves n’y formaient qu’un quinzième ou un vingtième de la population ; mais dans les États du midi la proportion était beaucoup plus
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Avant la révolution, les États avaient chacun une constitution, sans autre lien entre eux que la souveraineté de l’Angleterre; lorsque ce lien fut brisé, la confédération qui se trouva formée pour la guerre n’entama en rien l'indépendance particulière des États, et l’Union, qui remplaça la souveraineté britannique, modifia cette indépendance sans la détruire. Afin que le gouvernement fédéral pût représenter un corps unique en face des autres puissances, on lui attribua tout ce qui concerne la paix, la guerre, la diplomatie, les traités; en outre, ce qui contribuait à faciliter la communication des États entre eux, les monnaies, les routes, la police , les arrangements commerciaux, les postes (1), la conciliation des différends d’État à État. Dans les cas de sa compétence, le gouvernement fédéral agit d’une manière directe et immédiate, sans recourir à une autre autorité. La loi émanée du congrès est confiée aux officiers civils, nommés par le pouvoir fédéral.
La souveraineté du gouvernement fédéral ne s'exerce gntièrement que sur le district fédéral, pays de cent quarante-sept kilomètres carrés, régi par les seules lois fédérales, et directement par le président et le congrès. La ville de Washington a été bâtie dans une situation admirable , et enrichie ensuite de monuments publics ; mais la population y atteint à peine encore le chiffre de quarante mille habitants; en outre, les maisons y sont éparses sur un vaste espace , attendu qu’elle ne se trouve “pas dans un pays commerçant.
En ce qui concerne l’administration intérieure , les relations entre les citoyens, le progrès de la vie intellectuelle et morale, la civilisation matérielle, les Américains préférèrent les lois particulières et la souveraineté de chaque État; car une homogénéité suffisante n’existait pas entre eux pour que le pouvoir fédéral représentât fidèlement les idées et les habitudes de tous. Ils voulurent ainsi combiner l'indépendance de chacun avec la sûreté de tous, et vingt-six législations diverses en furent la conséquence.
forte, et tout le travail domestique et agricole était confié aux nègres; on y conserva donc l'esclavage, qui s’accrut par suite de l'acquisition de la Louisiane et de la Floride , et fut autorisé dans les États nouveaux, comme le Missouri ; en 1790 il y avait dans l'Union six cent soixante mille esclaves; en 1830, deux millions ; en 1840, trois millions et demi.
(1) La Caroline ne voulut pas admettre le tarif général arrêté en 1828. Le système des communications, où l’accord était si important, fut établi non par voie d'autorité, mais au moyen de négociations.
br prévenir des différences fondamentales dans la forme du gouvernement, on arrêta seulement quelques points communs , par exemple, de se gouverner en république et d'observer la division originaire des pouvoirs. Les gouverneurs sont nommés, pour un temps plus ou moins long, par l'autorité législative ou l'élection populaire. La chambre basse est plus souvent annuelle ; le sénat est élu pour deux ans ou quatre au plus. Il y a d’autres principes généraux, qui sont plutôt admis par sentiment que déterminés par écrit : telle est, par exemple, l'égalité des hommes, et par suite le suffrage universel; la souveraineté de la raison commune, et par suite l’autorité légitime du peuple ; la perfectibilité humaine, et par, suite l’affranchissement de tout respect superstitieux envers le passé dans l'application du droit social,
Ces doctrines, greffées sur le fond de la législation, anglaise et sur le protestantisme, entraînent une certaine uniformité qui se révèle aussi dans les mœurs.
Quant aux formes, le pouvoir exécutif réside dans le président, responsable des actes de son gouvernement, sans vote absolu. S'il vient à mourir, il est remplacé par le vice-président , jusqu’à l'expiration des quatre années assignées à la durée de ses fonctions.
A l'ouverture des sessions, le président expose dans un message les affaires à traiter; comme il n’y a pas de ministres pour soutenir la discussion, on nomme, pour examiner chaque ques- * tion, des comités permanents, dont le chef présente les conclusions et fournit à la chambre les documents qui lui sont nécessaires.
Le président et le sénat nomment tous les fonctionnaires publics, y compris les juges du tribunal suprême, qui peuvent, comme nous l'avons dit, abroger même les lois en les. déclarant contraires à la constitution. Les fonctionnaires dépendant du gouvernement de l’Union ne peuvent siéger dans les chambres.
Les sentiments populaires, les intérêts actuels et les idées nouvelles sont représentés par une chambre qui généralement dure deux ans et se compose d’un député par quarante mille âmes (1); les antécédents, l'expérience politique, la réflexion et la tradition
(1) Par addition à la constitution de 1811, il a été décidé qu’il serait envoyé un représentant au congrès par trente-cinq mille habitants, en y comprenant les trois cinquièmes d'esclaves ; que les territoires où il se trouvait huit mille individus mâles se feraient représenter à la chambre par un député qui prendrait part à la discussion, mais non au vote.
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ont pour organe le sénat, élu por: six us par les assemblées législatives des différents États, ma: à r2:s0n de deux merabres par État ; il représente aussi l’ancien système indépendant des colonies. De cette manière, les États-Unis représentent comme une seule nation dans la chambre basse, et une ligue d’États indépendants dans le sénat.
Le sénat participe au pouvoir exécutif par la surveillance qu'il exerce sur ce pouvoir, et par l’assentiment qu’il doit donner non-seulement à la nomination de ambassadeurs et des fonctionnaires assignés par le président, mais encore aux traités conclus,
Afin de prévenir tout conflit entre les deux autorités parallèles, on a attribué au pouvoir judiciaire une autorité inusitée.; car, toutes les fois que le congrès sort de ses limites, le citoyen lésé peut démontrer que la loi est anticonstitutionnelle, et le tribunal, s’il la reconnaît telle, lui enlève tout effet.
Les États-Unis ont donc emprunté à la constitution anglaise ce qu’elle avait de meilleur, c’est-à-dire la juste combinaison des trois pouvoirs essentiels, en laissant de côté l’organisation vicieuse de chacun d’eux. \
La constitution d’Angleterre n’a pas pourvu au désaccord ‘qui peut surgir entre les deux pouvoirs souverains. Aux États-Unis, il a été établi que, dans le cas où le président rejette une loi, elle passera à la session suivante si les deux chambres la votent à la mäjorité des deux tiers; seulement il n’est rien décidé pour le cas de dissentiment entre les deux chambres.
Le droit électoral varie dans les divers États, mais il est toujours démocratique ; dans quelques-uns, il faut avoir soit un revenu de soixante-cinq à cent francs, soit un capital ou une propriété de sept cents à douze cents francs. Dans les provinces du centre et de l’est, tout individu payant une taxe à l’État, ou servant dans la milice, est électeur, à l'exclusion des mendiants et de ceux qui sont poursuivis criminellement; le vote est donné par boules. Les hommes de couleur, même dans le pays où ils se trouvent émancipés, ne sont point admis dans les assemblées électorales.
Une pareille extension donnée au droit de suffrage entraîna la nécessité de répandre l'instruction parmi le peuple; dans aucun autre pays les écoles, les feuilles publiques, les communications par la poste ne sont aussi nombreuses. Les législations particulières reposent toutes sur la loi commune anglaise, mais avec beaucoup de modifications, Les substitutions ont été abolies ; mais
rien n’oblige à un partage forcé des propriétés. Cependant on ne voit pas jusqu'à présent, de la part des testateurs, de disproportion vicieuse. Le plus souvent le fils aîné d’un cultivateur succède à son père; il laisse à ses frères les capitaux, ou leur donne des hypothèques, et ils se livrent au commerce, ouachètent des terres dans les pays vierges.
La peine de mort est rarement appliquée; un procureur criminel épargne aux parties lésées les dépenses de la poursuite. Dans la procédure civile, les Américains n’ont pas repoussé, comme les Anglais, les innovations utiles, par attachement à des formes surannées.
Comme il n’y avait pas de nation dominante, les Américains, voulant former un seul peuple sans perdre leur individualité, consérvèrent, non la tolérance, mais l’entière liberté de religion, de conscience, de la presse, de l’enseignement, au point de n'avoir pas de culte salarié, et de dispenser les quakers du serment en justice ainsi que du service militaire, parce que ces deux choses ne sont point conciliables avec leurs croyances. #n somme, la partie spirituelle de l’homme a été soustraite en tout à la loi.
De ce qui précède, et des débats qui ont surgi dans ces dernières années, nous nous garderons bien de conclure que cétte constitution soit parfaite; mais nous pouvons dire qu’elle est la meilleure possible, si nous considérons la prospérité inouïe du pays. Îlest vrai que la nouvelle république avait l'avantage de
posséder un territoire immense, sans voisins menaçants, sans L guerres extérieures ; aussi l’armée fédérale n’excède-t-elle pas lesq douze mille hommes, et le département de la guerre, qui absorbe prit comme un gouffre les finances de l’Europe, n’y dépense pas au qu” delà de 21 à 27 millions de francs. Pat
La même cause écartait les périls intérieurs, attendu que l'in. cor dustrie trouvait un champ sans'limites; que l’homme pouvait Lit déployer librement son activité contre la nature et donner car- f ee rière à ses penchants, sans rien enlever aux autres. On n’y voit du donc ni oisifs ni mendiants, ces fléaux des républiques ;- car vii tous ceux qui ont bonne volonté, y trouvent à travailier et à Ka s'enrichir. tal
Grâce à la passion commune de la liberté, sans fanatisme re- %k ligieux, sans l’arrogance des privilégiés, sans la turbulence des üé gens oisifs, sans habitudes de domination ni de servilité, les idées b démocratiques ont pris dans ce pays un développement inouï et di
d’une immense efficacité.
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L'INDE, 359
La constitution fut adoptée malgré l'opposition de ceux qui la trouvaient ou trop large ou trop restreinte. Les fédéralistes et les antifédéralistes, comme on appelait le parti aristocratique et celui des démocrates, s’accordèrent pour appeler aux fonctions de président Washington, pour qui la vénération de tous s’était accrue depuis qu’il avait déposé le pouvoir.
Mais, lorsque la révolution française fit éclater dans le monde un nouvel incendie, les démocrates se prononcèrent pour elle en déclarant que c’était une obligation véritable de soutenir un peuple ami et un peuple libre. Les fédéralistes voulurent garder la neutralité, et traitèrent avec l’Angleterre. Le parti antifédéral prévalut pariai le peuple. Cependarit, lorsque Washington résigna le pouvoir, il eut pour successeur John Adams, fédéraliste, qui avait été envoyé à Versailles avec Franklin, puis chargé d’autres missions diplomatiques, et qui avait été le premier ambassadeur de la république à Londres. Il dota son pays d’une force maritime qui bientôt l’éleva au rang des principales puissances.