‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 113 sur 245 · EMPIRE DU MOGOL · texte numérisé non relu

EMPIRE DU MOGOL

et percevaient les taxes à leur profit, tandis que dans l’Inde l’empereur était considéré comme l’unique propriétaire. Il est vrai que le ryot jouissait pleinement des droits de propriété, puisqu'il n’en était dépouillé que s’il manquait à ses obligations, et qu’il pouvait la transmettre à d’autres.

Au haut de l’échelle, le Grand Mogol, descendant de Tamerlan, était l: dépositaire en titre d’une autorité illimitée. Les provinces étaient administrées en son nom par les soubabs, qui souvent s’en rendirent souverains ; à côté d’eux existaient beaucoup de princes indigènes. Au-dessous de ceite hiérarch'e aristocratique et administrative venait le village. Ainsi setrouvaient réunis le despotisme

au sommet, l’aristocratie et la féodalité au milieu, le municipeet

la république à la base.

À Baber ou Babour (1) , qui avait commencé l’empire du Grand Mogol à Agra, succéda Houmaïoum, puis Akbar le Grand, sixième descendant de Timour. Ce prince entreprit d’achever la conquête musulmane de l’Inde en domptant les Afghans qui, au commencement de son règne, occupèrent Agra , Delhi et presque toutes ses possessions. La défaite qu’il leur fit éprouver à Panipat fut le fondement de sa grandeur ; bientôt il leur eut enlevé leurs forteresses inexpugnables , et il les refoula de poste en poste. Il conquit le Guzzerat, envahit le Bengale, le Kachemire et le Sind ; ilemploya quatre ans à la conquête du Décan, etput enfin prendre le titre d’empereur (1602 ). Il futle véritable fondateur de l'empire mogol ; malheureusement des guerres non interrompues l’'empêchèrent de donner à ces vastes contrées l’ordre et l’administration. Les quinze joubas ou principautés lui rendaient annuellement 9,074,388,125 roupies, c’est-à-dire plus de quatre cents milliards. |

Les Znstilutions d'Akber, que nous a conservées son ministre Aboul!-Fazel, nous font connaître en détail la magnificence de sa cour, ainsi que les règlements administratifs et judiciaires émanés de ce prince. Il attirait les savants et faisait traduire les ouvrages sankrits et turcs en persan ou en indien ; il aimait aussi la peinture, malgré les préceptes de sa religion. Ayant voulu entendre discuter devant lui les dogmes des différents cultes dominants dans son empire, it tomba dans un scepticisme qui le porta à la tolérance; il parait qu'il s'était flatté de concilier la foi chrétienne, celle de Maïomet et celle de Brahma de manière à n’en former

(1) Voy. t. XIV.

ct

Le Grand Mogol.

Aurengzeb.

qu’une seule. Il substitua cette formule à celle de Mahomet : n'y a point d'autre Dieu que Dieu, et Akbar est son prophète. Dans le calendrier réformé par ses ordres, le mois solaire remplaça les périodes lunaires.

Il eut pour successeur Aboul-Djéaguir, ou conquérant de la terre, à qui l’on dut de bonnes mesures de police; il fit ouvrir d’Agra à Lahore une route de quatre cent cinquante milles, toute plantée d’arbres, avec des puits, des caravansérails, et soumit au tribut {es rois de Visapour et de Golconde.

Schah-Djihan, son fils etson successeur, transféra sa résidence à Delhi; il partagea de son vivant l'empire entre quatre de ses fils, ce qui amena des guerres civiles. Enfin Aureng-Zeb, qui se signala par ses victoires, ayant, sousle masque de la dévotion, fait périrses frères et empoisonné son père, resta le maître de l'empire, dont il porta la grandeur à son comble; il s’intitula Mohi-Eddin-Alemguir, c'est-à-dire restaurateur de la religion ct conquérant du monde. Son t:ésor se composait de gros lingots d'or et de pierreries, au nombre desquelles était un diamant de cent quatre-vingts carats, trouvé au sac de Golconde. On admirait principalement son trône du paon, ainsi appelé de l’oiseau qui le surmontait, tout en or massif, semé de pierres précieuses, avec un énorme rubis à la poitrine, d’où -pendait une perle de cinquante carats. Douze co: lonnes incrustées de perles soutenaient le baldaquin.

Aureng-Zeb restait rarement dans les villes, et habitait le plus souvent des camps inobiles ; trois immenses palais de bois léger, dont les pièces.se démontaient, étaient transportés par deux cents chameaux et cinquante éléphants, à un jour d'intervalle l’un de l’autre ; iltrouvait ainsi un palais à chaque endroit où il arrivait. A sa suite cheminaient des centaines de chameaux avec ses trésors, des chiens et des panthères dressés à atteindre la gazelle, des taureaux pour chasser le tigre; nous renonçons à énumérer les milliers d'hommes et de bêtes employés pour l’eau , la cuisine, la garde-robe, les archives, les armes , la réparation des routes. Lorsqu’on était arrivé dans quelque vaste espace, ce demi-million de voyageurs campait autour du palais du Grand Mogol, vers lequel se dirigeaient en ligne droite les tentes, qui se trouvaient dressées en un clin d’œil et enlevées de même.

Zélé musulman, il réprima par de nombreux édits le relâchement qui s’était introduit sous Akbar, et persécuta les Indiens, dont il changea les pagodes en mosquées, Il remit en vigueur l'édit d’Akbar, qui dégrevait d'impôts celui qui avait amélioré ses pro-

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