EMPIRE DU MOGOL
priétés, et allégea les charges des musulmans pour les reporter sur les Indiens. Généreux envers ses amis, il fut implacable pour les vaincus ; son existence s'étant prolongée jusqu’à quatre-vingtdix ans, il put étendre beaucoup ses conquêtes.
Le Décan, le plus ancien empire indépendant de Delhi, fut fondé par le musulman Hassan Bakou (4417), qui se révolta contre le sultan Mahomet I" ; sa descendance fut appelée la dynastie des Bamines. Lorsqu'elle s’éparpilla ‘en. 1526, on vit se former les cinq royaumes d’Amehdabad , de Bérar, d’Amednagher, de Visapour et de Golconde. S’étant ligués, ils :zumirent le prince indien de Bisnagar ou Carnate, dont ils détruisirent la capitale, qui avait vingt-cinq milles de circonférence, et renfermait des édifices magnifiques et des pagodes aux toits d’or. Ces royaumes succombèrent Pun après l’autre, et les deux derniers furent conquis par Aureng-Zeb.
L'empire mogol embrassait, à la mort de ce monarque, qua- 106 rante provinces (1), s'étendant du 35° au 10° degré de jatitude; il entirait dix milliards, bien que les produits ne valussent que le quart du prix qu’ils auraient eu en Angleterre. di
Mais, dès ce moment, l’empire marcha vers son déclin. Les princes qui se disputaient le trône se renversèrent tour à tour; le luxe et la débauche ne le cédaient en rien à la cruauté qui faisait couler le sang fraternel. Pendant ce temps, les radjahs et les soubabs se rendaient indépendants, si bien que la puissance du Grand Mogol se réduisit presque à confirmer le suecesseurdu nabab défunt en lui délivrant la patente impériale.
Dans les contrées du nord, entre l’Indus et le Djomnah, était nanérisme mort en odeur de sainteté en 1839, dans la province de Lahore, un certain Nanek, au tombeau duquel affluaient les dévots et les disciples qu’il avait recrutés sans distinction de nation, et réunis sous le nom de seëkhs, c’est-à-dire écoliers. Argiounmai, son successeur, recueillit la doctrine du maître dans le Pothi ou bible ; telle fut l’origine de la secte des seikks. Répudiant les traditions
(1) C'est-à-dire : Agra, Aoud, RBehar, Bednove, Bengale, Kanara, Carnate, les Sircars, Cochin, Koïmbatoær, Delhi, Dindigou, Allahabad, Goutich, Guzzerat, Madoura., Malabar, Malwa, Moultan, Mysore, Orissa, Tinevelly, Travancor, qui aujourd’hui forment les possessiès immédiates de l'Angleterre ; Berar, Serinagor, possessions médiales ; Adjewir, Adoni, Concan; Conddapah, Dowlatabad, Candeisch, Visapour, qui aujoued’hui forment l'empire des Marhattes, dépendant des Anglais; Kaboul, Kachemire, Kandahar, Sind, qui forment l'Afghanistan; Assam et Boutan, encore indépendants; Lahore et Pendjab , appartenant aux Seikhs.
brahminiques, elle adore un dieu unique et invisible, en faisant de l’amour du prochain la base de morale; elle recommande du reste de pratiquer la tolérance, d’éviter les discussions, abolit les castes, mais conserve la distinction des tribus ; elle défend à ses disciples tout mélange avec les étrangers, et permet de mange" de la viande, à l’exception de la chair de vache ; les idoles et tou'+ espèce d’images sont exclues de ses temples ; les femmes jouissent d’une certaine liberté. On donne à celui qui est initié à cette secte un sabre , un fusil , un arc, une flèche et une lance, en outre une tasse d’eau, où l’on fait fondre le sucre en l’agitant avec un poignard.
Les seïkhs devinrent une nation guerrière sous leurs gourous ou maîtres, chefs spirituels qui souvent luttèrent contre le Grand Mogol, se mélèrent aux guerres civiles, mais perdirent ensuite toute influence séculière. Le pays se divisa alors entre plusieurs sirdars ou chefs, surnommés singhs ou lions. Ils avaient élevé sur le trône du Grand Mogol Mohammed-Schah, qui régnait en 1739, quand il fut attaqué par Nadir-Schah. Après avoir dévasté Delhi, le restaurateur de l’empire persan laissa le trône à Mohammed; mais il lui enleva les provinces situées sur la rive occidentale de l’Indus.
A peine s’était-il éloigné que la province de Bérar se détacha de l'empire des Mahrattes, et elle s’est maintenue séparée jusqu’à présent. Aoud se rendit aussi indépendant sous Ahmed-Schah, successeur de Mohammed ; puis il en fut de même du Bengale. Le Mogol se trouvait ainsi réduit à ne plus embrasser qu’une partie des provinces de Delhi et d’Agra.
Sous le règne d’Alemguir Il, Ahmed, roi des Abdallis, nation afghane, du Kandahar, assaillit Delhi, pilla tout ce qui y était resté, et renversa jusqu'aux murailles pour en enlever les pierres ; puis cette ville fut dévastée une troisième fois par les Mahrattes, sous Djihan-Shaw, qui fouillèrent jusqu'aux tombeaux; mais le roi de Kandahar, les ayant attaqués, en tua, dit-on , cinq cent mille.
Parmi les gouverneurs musulmans qui, après l'invasion de Nadir-Schah, aspirèrent à se rendre indépendants, Dawoust Ali- Khan, nabab de la province d’Arkate, où étaient situées Pondichéry et Mad ras,se rendit tellem ent redoutable que les radjañs implorèrent le secours des Mahrattes.
Des puissances inconnues encore grandissaient sur ces rivages : c’étaient les Portugais, les Hollandais et les Français. Nous avons déjà parlé des acquisitions qu’y firent les premiers, et raconté
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COMPAGNIE FRANÇAISE. 367 ant de comment ils avaient été dépossédés par les Hollandais, qui avaient ui reste alors les plus vastes établissements de l’Asie, des îles de la Sonde astes, aux côtes du Malabar (1).
iciples Dès le règne de François [°", les Français avaient tenté de Des ande, tablir dans l’Inde ; mais, repoussés par les tempêtes, ils ne passèe d'i- rent pas le cap de Bonne-Espérance. Henri IV dirigea aussi de ce d’une côté l'attention de ses sujets, et il établit en Bretagne une compale un | gnie des Indes orientales, qui, après y avoir expédié sans succès 1604 e une quelques navires, ne tarda point à se dissoudre. D’autres tenta- | poi- ; tives échouèrent encore, ce qui fit que les armateurs français se portèrent plutôt vers Madagascar. Richelieu essaya de ranimer le 642. srous commerce des Indes, et forma à cet effet une nouvelle compagnie sou, rand avec de larges priviléges ; mais elle ne put prospérer. Une autre, Suite instituée par Colbert, avec une dotation de quinze millions et un jeurs privilége de cinquante ans, grandit peu à peu, au point d’exciter la levé | jalousie des Hollandais. François Martin, qui avait formé un étapnait blissement à Pondichéry, sur la côte de Coromandel, se vit forcé de dé- le céder aux Hollandais, qui pensèrent s’y affermir en le changeant 9, Mo- en une forteresse redoutable. Cette place fut néanmoins restituée, CCi- lors de la paix de Ryswick, à la compagnie française avec les fortifications. Martin, y étant retourné en qualité de gouverneur, la a de rendit une des plus importantes que les Européens eussent en :4607. qu’à Asie, où elle fut la capitale des possessions françaises ; le nombre de hah, ses habitants s’éleva de cinq cent à vingt mille, tant Européens ale. qu'Indiens et musulmans.
rtie Ces accroissements furent troublés par le désordre de la compa-
gnie elle-même qui marchait à sa ruine, quand Law songea à lui
ion rendre la vie en lui adjoignant les compagnies d'Occident, de la
tait Chine et de l'Afrique, sous le nom de Compagnie perpétuelle des es ; Indes, Nous avons vu le succès non moins brillant qu’éphémère Les, de cette entreprise; mais la compagnie survécut au naufrage de ais Law, et dirigea son attention sur Pondichéry, qui avait continué ent à prospérer par des efforts particuliers; cependant elle ne donna jamais de dividendes à ses actionnaires, attendu que tous les béde néfices avaient été employés à embellir et à fortifier Pondichéry, 1738, \li- ainsi qu’à se procurer des alliés. Dumas, qui y fut envoyé comme di- gouverneur, la rendit florissante par son administrationtout à la fois ins habile et vigoureuse. Il obtint du Grand Mogol Mohammed-Schah le privilége de battre monnaie, ce qui fut très-avantageux ; l'acqui- $ : sition de Karikal et de son territoire, acheté d’un prétendant au 1739. ns
() T. III, chap. 16 et 17.
Dupleix.
royaume de Tani:r5 moyennant une faible somme d'argent et de promesses de secours, fut encore plus utile.
Les Français avaient formé d’autres établissements dans la péninsule indienne. Ils s'étaient assuré le commerce du poivre sur les côtes du Malabar ; ils transportaient à Surate des bijouteries et des tissus de Lyon, et il semblait qu’ils dussent rivaliser avec les colonies des grandes nations maritimes, d'autant plus qu'ils eurent le bonheur d’avoir à la tête de leurs établissements trois hommes d’un grand mérite, Dupleix, la Bourdonnais et Bussy.
La Bourdonnais fit prospérer un autre établisserhent formé | les Français entre Madagascar ct les Indes, aux îles de France et de Bourbon. .
Chandernagor dans le Bengale, cédé à la compagnie française pat Aureng-Zeb, en 1688, pour cent mille livres, florissait sous le gouvernement de Dupleix. Après y avoir séjourné dix ans, il fut nommé gouverneur général à Pondichéry, où il prit le titre de iabab, accordé par le Grand Mogol à son prédécesseur, et il déploya un faste oriental ; il se fit aussi reconnaître radjah, etsongea à étendre dans le Bengaie la puissance et le commerce de la France, Il plaça un directeur général à Chandernagor, et expédia des bâtiments à Siam, à Cambodije, à la Cochinchine et sur les autres marchés ; en même temps il augmenta les troupes de la colonie, les soumit à une exacte disciplineet excita leur courage, afin de pouvoir exercer de l’influence dans les dissensions intestines de la péniusule.
La compagnie anglaise s'était également établie au Bengale dans la seconde moitié du siècle précédent, et avait obtenu du petit-fils d’'Aureng-Zeb l'autorisation d’acheter les trois villages de Govindpour, de Chattanoutty et de Calcutta, où fut élevé le fort Wiliam.
En 1696la révolte d’un zémindar indien, nommé Souba-Singa, dans le Bengale, fournit un prétexte aux Hollandais de Chinsoura, aux Français de Chandernagor et aux Anglais de Chattanoutty pour demander qu’il leur fùt permis de se fortifier dans l'intérêt de leur sûreté; ils profitèrent de la permission pour entourer leurs factoreries d’ouvrages menaçants. Kouli-Khan, qui inquiétait les Anglais, ayant été guéri d’une maladie par le médecin Hamilton, renouvela, lan 1715, en reconnaissance de ce service, le privilége de la compagnie, et l’autorisa même à étendre ses acquisitions.
A l’arrivée de Dupleix, les Européens n’étaient considérés dans V’Inde que comme des marchands; mais cet homme entreprenani,
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