‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 120 sur 245 · HAÏDER-ALI · texte numérisé non relu

HAÏDER-ALI

soldats, dont vingt-cinq mille cavaliers et un corps de douze cents Français.

Les Anglais, effrayés, s’allièrent avec les Mahrattes et le nidzam du Deccan ; mais Haïder-Ali sut les désunir, et gagna même, à force d’or, le nidzam, avec lequel il envahit les possessions anglaises. Le nidzam ayant été défait, Haïder soutint seul, avec un art admirable, le poids de la guerre, aidé par son fils Tippoo-Saïb ; puis il la termina sous les murs de Madras par un traité aux termes duquel le nabab d’Arkate, créature des Anglais , dut abandonner la ville d’Oscotta avec sa forteresse, et lui payer un tribu de 1,400,000 livres par an.

Les Anglais eurent à cœur d'effacer cette honte en faisant dans l’Indostan des expéditions avantageuses ; ils prirent, en effet, au préjudice de Schah-Alem, Cora et Allahabad, qu’ils cédèrent, en qualité de souverains, à Souïa Al-Daoula, nabab d’Aoud, en l’obligeant à un tribut de 25 millions.

Avec ce-nouveau vassal, ils firent la guerre à Robhilkend, et l'ayant subjugué, ils réunirent son territoire à celui de Souïa Al-Daoula, en augmentant son tribut de 4 millions et en se réservant la province de Bénarès, ville sainte, dont la possession leur permit de s’étendre jusqu’à l’extrémité du Bengale.

De si heureux succès les conduisirent plus loin; ne dissimulant plus la conquête, ils imposèrent leur volonté pour loi, donnèrent aux indigènes leurs nationaux pour juges et administrateurs, et enlevèrent toute l’autorité au soubab, qui, tributaire de la compagnie et dépendant d’elle, ne put plus faire ni la paix ni la guerre, nommer ses ministres, commander les troupes, administrer les finances, rendre la justice à ses sujets. Considérant le pays comme une mine à exploiter et le peuple comme une marchandise, ils ne cherchèrent qu’à en tirer le plus possible, La tyrannie porta ses fruits. Un grand nombre de cultivateurs, ruinés par les extorsions qui se succédaient, laissèrent dépeuplés et en friche des terrains fertiles ; beaucoup de tisserands en soie s’estropiaient ou se mutilaient plutôt que de subir les avanies auxquelles les exposait leur industrie. tes métiers restèrent oisifs, et la récolte diminua.

Le monopole des officiers de la société avait détruit l’industrie nationale , qui produisait les marchandises recherchées en Occident depuis des siècles; le pays resta appauvri, tandis qu’il absorbait l'argent de l’Europe et de l’Amérique. Les munitions de

guerre, parmi les marchandises anglaises introduites dans le Ben- :

gale, furent les seules dont l'importation augmenta. Les famines,

1769, 30 avril,

les épidémies étaient provoquées par l’insatiable avidité des monopoleurs ; on en cite un qui, arrivé nu dans le pays, envoya 44 millions en Europe. Une corruption ignoble s’était introduite partout; elle se mélait à la politique pour profiter des dons, qui toujours eurent une grande part dans les négociations orientales , et que la loi put restreindre, maisnon prohiber.

Il n’y avait point de lois qui protégeassent les personnes, point d’autorité qui pût se faire respecter. L'enfance de l’industrie empêchait tout développement de la richesse publique, et une population dont la langue, les usages, la religion étaient très-différents, se voyait rançonnée par des gens que l’éloignement de leurs mandataires mettait à l’abri de toute responsabilité. Les jeunes Anglais cherchaient à se procurer |là un emploi, pour ramasser à'la hâte quelques centaines de mille livres sterling, et retourner épouser;en Angleterre la fille d’un pair, acheter un bourg pourri, et faire figure.

Qu’eût pu faire, dans cet état de choses, un chef honnête homme? Lord Clive écrivait, le 6 mai 1766, à Pulz, gouverneur de Madras : « Croyez-vous que l’histoire offre un autre « exemple que le mien, d’un homme ayant 40,000 livres ster- « ling de revenu, femme, enfants, père, mère , frères , sœurs, « et qui abandonne sa patrie et toutes les jouissances de la vie « pour se charger d’un gouvernement aussi corrompu, aussi « insensé, aussi dénué que celui-ci de principes, de raison et « d'honneur? »

Cependant, sous son apparente richesse, l’Inde restait pauvre; l'argent se trouvait dans la main d’un petit nombre de personnes qui approchaient les Anglais et ne songeaient qu’à pressurer de plus en plus le pays. Une sécheresse désastreuse détruisit la récolte du riz, principale nourriture de ces contrées, et les spéculateurs accaparèrent le reste , si bien que les plus riches avaient peine à se procurer de quoi vivre. Au milieu de cette horrible famine , les liens de la société furent brisés; mais ceux de la superstition se maintinrent, car on n'osa tuer les animaux, et le bœuf, la vache disputèrent impunément leur pâture à des gens qui mouraient de faim. Trois ou quatre millions d’habitants périrent dans le Bengale.

Avec un territoire si riche, si étendu, avec le privilége du commerce de l’Orient et des exactions insatiables , la compagnie fut cependant obligée de solliciter un secours d’un million et demi sterling , au lieu de payer à ses actionnaires le dividende de douze et demi pour cent qu’elle leur avait promis.

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COMPAGNIE ANGLA!SE. 381

Elle avait tiré annuellement du Bengale 36 millions pendant dix années, sans compter 200 millions pillés par ceux qui avaient la main dans ses affaires; mais la source de tant de richesses était épuisée par les guerres, par les révolutions, par les extorsions ; les habitants échappés à la famine souffraient de la misère, et pourtant les directeurs, dont l'intérêt bien entendu aurait été de chercher à remédier à cet état de choses, déclaraient, dans leur lettre générale du mois de mars 1771, « que c’était le bon moment pour profiter, par tous les moyens possibles, des avantages que promettait la pussession du Bengale. » Tant il est vrai que la spéculation mercantile est sans pitié.

Ces excès étaient ignorés en Angleterre, où ne parvenait que le bruit des victoires de Clive, victoires d’autant plus vantées qu’elles contrastaient avec les revers éprouvés en Amérique ; Aussi Pittt disait-il aux chambres : « Nous avons perdu partout « gloire, honneur, réputation, excepté dans l’Inde, où un « homme qui jamais n'avait appris l’art de la guerre, qui ja- « mais n’avait été cité parmi nos généraux illustres , longtemps « engraissés de l'argent du peuple, s’est montré véritable gé- «a néral; avec peu de ressources et une poignée d'hommes, il « a attaqué une grande armée, et l’a vaincue. » ,

Mais des bruits horribles couraient dans l’Inde sur son compte ; il passait pour faire une ignoble monopole du bétel et du tabac, du riz même, l’unique aliment du pays, et pour commettre les abus de pouvoir les plus détestables. Ces doléances furent recueillies par Burgoyne, lequel porta plainte contre lui en Angleterre, où Clive, qui avait gouverné une partie du monde à son gré, sans compte à rendre à qui que ce fût, se vit forcé de donner des explications à tous comme citoyen. Sa santé en fut altérée, et, consumé par une maladie de foie, il mourut à quarante-neuf ans, retiré de la société et laissant un nom qui ne périra point; car, sans autres maîtres que le besoin et les périls, il sut devenir grand général, grand administrateur, et s’arrêter à temps. L'histoire est encore en doute sur ses torts.

Le parlement songea alors à modifier la constitution de la compagnie, dont il est bon de donner ici connaissance.

Dans le principe, les actionnaires se réunissaient de temps à autre pour leurs intérêts, et, en se séparant, chargeaient un comité d’expédier les affaires courantes. La plus faible somme

donnait le droit d’y entrer; mais, après l’acte d'union, il fallut un capital de 500 livres sterling pour assister à l’assemblée des propriétaires, et de 2,000 pour faire partie du comité. Un pré-

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sident et un vice-président dirigeaient les délibérations des as- un 1 semblées, où l’on élisait les directeurs annuels. Des convocations . ban générales avaient lieu eu mars, juin , septembre et décembre, au t puis chaque fois qu’il en était besoin, même à la requête @2 neuf cen actionnaires. La cour de vingt-quatre directeurs se réunissait . de © quand elle le jugeait utile, et la présence de treize de ses mem- Les bres suffisait pour qu'elle fût en nombre. me

La compagnie était donc modelée sur la constitution anglaise. ken Les propriétaires d'actions représentaient la nation, leurs assem- 0 blées le corps électoral , et le président, assisté des directeurs, com le roi, le parlement. Les directeurs se partageaient en dix co- leur

mités de correspondance, de procédure, du trésor, de magasi- mil nage, de comptabilité , d’achats, de navigation , de commerce, pres sans compter un directeur chargé de l’intérieur, et un autre de la mer surveillance. rect

Dans les trois présidences de Bombay, de Madras et de Cal- L cutta, indépendantes l’une de l’autre, l’autorité suprême appar- sort

tenait à un gouverneur, assisté pour l’administration d’un con- (ma seil, dont les membres étaient pris à l’ancienneté, en nombre bun différent, parmi lès employés civils de la compagnie ; chaque dé- de f cision était adoptée à la majorité des voix. Comme le président en © et les conseillers pouvaient cumuler plusieurs charges, ils se ré- . et [s servaient les plus lucratives; afin de les obtenir, on courtisait titui le président, dont la volonté était ainsi toute-puissante. indé La compagnie entretenait sur pied un corps de troupes nom- vou breux, recruté en Angleterre ou parmi les déserteurs des autres : le d colonies, et en outre des indigènes (cipayes), qui se plièrent à le p obéir à des officiers européens. ne ( Quant au commerce, celui des étoffes, qui fut toujours le ferr principal, était dirigé par un secrétaire (banyan) , qui se trans- nér portait sur les lieux avec un caissier et quelques serviteurs ar- leu més; il prenait au mois un certain nombre d’agents subalternes la ! (gomastah) , qui, se distribuant dans les différents postes , y ch fixaient leur demeure (cutcherry), où ils s’installaient avec des domestiques armés et autres gens de service (hirvanahs). Le bri gomastah traitait avec les courtiers (dallahs), et ceux-ci avec pol les picars, qui enfin négociaient avec les tisserands ; il y avait sal ainsi entre ceux-ci et la compagnie cinq intermédiaires. Le tisse- | rand, comme il arrive toujours, hors d'état d’acheter les ins- co truments ct les matières, et de se nourrir durant le travail, VE cherchait à se procurer des avances à gros intérêts; lorsqu'il il avait fini sa pièce, illa portait au banyan, qui la déposait dans WI

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