‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 122 sur 245 · HASTINGS · texte numérisé non relu

HASTINGS

diate du gouvernement sur les opérations politiques, et de lui laisser envoyer sur les lieux un plénipotentiaire ; mais ces marchands, habitués à n’avoir d’autre loi que leur volonté, rendirent cette mesure illusoire, et ces hautes fonctions , enviées pour leur éclat, furent impuissantes à réprimer tout un système de spoliation. n Ï

Warren Hastings , devenu gouverneur général , essaya d’opérer quelques réformes; frappé du désordre des finances , il chercha à les rétablir en supprimant les dépenses inutiles et les charges excessives, en diminuant les frais de perception , en rendant l’administration centrale et forte , enfin en instituant des cours provinciales pour s'opposer aux abus. Il fut contrarié par ceux dont il voulait réprimer les excès; la nécessité de recourir à des expédients en rapport peut-être avec le caractère indien , mais répugnant aux idées anglaises , le rendit impopulaire , et tous ses actes furent pris en mauvaise part. On voulait qu’il conservât l'intégrité du territoire , et on lui interdisait la guerre , puis on lui en imputait les conséquences; on lui demandait sans cesse de l'argent, puis on désapprouvait les moyens immoraux à laide desquels il s’en était procuré , comme en vendant l'alliance et les armes de la Grande-Bretagne à des tyrans impitoyables , ou à des ambitions nouvelles. Le parlement anglais causait lui-même beaucoup de mal par son intervention continuelle dans des matières où il ne connaissait rien. Hastings sut limiter la conquête et l’affermir; mais il n’y avait alors rien de stable , aucune idée arrêtée ni sur la politique extérieure , ni sur la constitution intérieure : point d’argent, point de pouvoir, surtout point d'opinion publique; soit donc pour éviter de faire naître des mécontentements , soit pour en profiter lui-même, Hastings laissa les choses revenir à leur ancien état.

Enfin les plaintes des malheureux Indiens furent entendues en Angleterre. Charles Fox, alors ministre, proposa à la chambre une réforme qui avait pour but de concilier les intérêts des actionnaires et de l’État, en confiant les intérêts de la compagnie non plus à l’assemblée générale, mais à sept directeurs nommés par l2 Chambre des communes ; à cela se joindrait une réforme du gouvernement, qui devait accroître sa puissance.

Tous les moyens , tant bons que mauvais, furent mis en œuvre pour faire échouer cette proposition ; mais quand William Pitt fut arrivé au ministère , il parvint à fairé passer le bill de l'Inde, en attribuant toutefois au roi la nomination des directeurs. On

établit donc un nouveau gouvernement à la nomination du roi, WIST. UNIV, — T, XVIL. 25

Bill indien.

18 novembre,

7 octobre.

avec six conseillers chargés des affaires de l’Inde , sous la présidence d’un secrétaire d'État, auxquels la cour des directeurs dut transmettre toute sa correspondance avec l’Inde. Lé gouvernement central suprême se composa d’un gouverneur et de trois conseillers que le roi pouvait destituer. Toute conquête où agrandissement , toute alliance offensive ou défensive avec les princes indiens furent déclarés contraires à l’honneur et à la politique ; du reste, on laissa une grande liberté au gouverneur général, sous sa garantie personnelle; mais si un pareil accroissement de force remédiait aux maux passés, On reconnut ensuite qu'il avait de graves inconvénients,

Les sujets anglais relevèrent des cours d'Angleterre pour les délits commis dans l’Inde, et les divers gouverneurs purent faire arrêter et transporter en Angleterre tout individu suspect. Une nouvelle cour de justice y fut instituée pour connaître des concussions, des exactions ét des actes de violence commis dans ces gouvernements.

Hastings fut cité devant cette cour, et son procès est resté l’un des monuments judiciaires les plus curieux de ce temps. Shéridan, député irlandais, qui s'était placé au rang des orateurs les plus distingués , attaqua : nouveau Verrès dans un discours improvisé qui parut le comble de Péloquence. Après avoir exposé les violences de cette administration , il poursuivit en ces termes : « Né- « cessité d’État ! dira-t-ori; non, milords; cette nécessité tyran- « nique conserve encore quelque générosité : elle a le pas hardi , « la volonté rapide, la main tetriblemient tenace ; mais ce qu’elle « fait, elle l'avoue; elle dédaigne toute autre justification que « celle des grands motifs qui peuvent lui mettre en main le sceptre a dé fer. Mais une nécessité d'État qui fraude, qui ruse, qui « cherche à se blottir derrière les plis d’une robe de juge, qui « cherche à tirer une misérable justification de quelques bruits su- « balternes, ce n'est pas une nécessité d’État. Arrachez-lui son « masque, et vous ne verrez qu’une basse et vulgaire avarice, un « péculat mesquin qui se cache sous un travestissement fastueux , « et diffame lhonneur public au profit d’une fraude privée. »

Contrairement à l'usage, Shéridan obtint les applaudissements répétés du parlement; Burke ; Fox , Pitt s’accordèrent à dire que jamais on n'avait vu, dans les temps anciens ou modernes, un exemple pareil de la puissance du génie et de l’art pour agiter et dominer les esprits. La mise en accusation d'Hastings devant la chambre des lords fut donc votée ; et la parole si vive de Shéridan l'y poursuivit avec moins de fougue, mais avec plus d’insistance

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HASTINSS, 387 éncote. Burke, en développant Îles charges avec non moins de véhiémence et de solennité , retraça l’histoire des {ndes, celle des usagés du pays et des horribles souffrances qu'il avait subies. Au moindre retard dans le päyement du tribut, lés propriétaires étaient jétés en prison ; ils émprüntaient donc à usure pour rembotrsér les billets qu’ils avaient été forcés de souscrire, et pâyaient jusqu’à six céhts pôlif cént; ceux qui ne pouvaient s'acquitter étaient appréhendés ; on leur serrait les doigts avec des cordes, et l'ôn ÿ énfotitait dés clous et des épines. D’autres étaient liés deux à deux par les pieds ét slispendus a tête en bas; püis on leur appliquait la bastonniade sûr la plante des pieds jusqu’à ce que les ongles s’en détäthassent; on lés frappait énsuite sur la tête, à tel point que 1e satig leur coulait par la bouche ët les oreilles; enfin, lorsque tout leur corps était déchiré par lés coups, on les frottait âvéé le suë d'herbes véhéneusés. Téls étäient les traitements que Dévi-sinig faisait éprouver äux Indiens, outre les angoisses morales réservées À certaines victimes ; én effet, on attâchait ensemble le père et le fils, pour les fouetter, de telle sorte que l’un ne pouvait, sé garantir dés coups sas y exposer l’autre. Les femmes étaient plus à plaindre ericore; on lés arrachait à Îèur retraite entourée de mystère, pour être exposées nues à des violences brutales. Un frémisséement d’indignation êt de pitié se propagea de l’Angletétre X toute l’Europe ; et retentit jusqu’en Asie; mais les enquêtes dermandèrent un témps si long , que ce procès était déjà devenu impopülaire quand Hastings prononça sa défense : « Accusé & par les comturiés, dit-il, d’avoir désolé les provinces qui leur & sont soumises dans l'Inde , j’oserai leur dire qu’elles sont les « plus florissanites du pays: Et qui les à faités telles? moi. Ce que « d’autres avaient conquis, jé l’ai Conservé et accru. J’ai donné « forme et conSistänce à votée domination dans ces contrées; je « les ai gardées avëc Soin; j’ai envoyé des armées à travers « des päÿs inconnus, pouf Sécourir vOS autres posséssions, avec une économié qu’on ne Connâissait pas encore ; j'ai prévenu la « perte, j’ai sauvé l'honneur, garanti la liberté de ces autres établissements. Les guerres que j’ai sû terminer n’avaient pas été commentées par Moi ; mais pdr vous où par mes prédécesseurs. J'ai détaché un membre de la grañde confédération indienne moyetinant üné juste restitution; j'ai éntretenu des relations secrètes avec un autre , et je m’en suis fait un ami; je me suis servi d’un troisième pour mes négociations , et ; d’hostile qu’il était, j’en ai fait un instrument de paix.

« Quand vous deérnandiéz à haute voix la paix, ét qué vos cris

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