‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 126 sur 245 · IRLANDE · texte numérisé non relu

IRLANDE

or, ce n'étaient pas là ‘es insurrections politiques , mais des révoltes sociales, et il e. ux que les insurgés : se fussent liés avec les orangistes.

Le cri de l'indépendance américaine retentit en Irlande, pays plus maltraité que ceux d’outre-mer, quoiqu'il ne fût pas une colonie, et les discussions auxquelles PAmérique donnait lieu paraissaient le concerner iui-même; il fallut donc forcément y abalir quelques-unes des /ois pénales, admettre les enfants à participer également à l’hérédité, et supprimer l’expropriation du père par le fils quand celui-ci se faisait protestant. Déjà l’Angleterre avait dû recruter én Irlande’ des troupes pour l'Amérique. Lorsque là guërre fut tout à fait déclarée, les Irlandais, dont les baies s’ouvrent les premières à tout ce qui vient du Nouveau Monde, demandèrent que l’Angleterre les défendit contre une surprise; mais elle leur répondit, comme Aétius aux derniers jours de l'empire romain : Jene le puis ; défendez-vous, vousmêmes ; alors un enthousiasme subit envahit l'Irlande. Dans l’espace de quelques semaines, quarante mille hommes furent disciplinés et répartis dans le pays, où protestants et catholiques se confondirent sous lé nom dé volontaires irlandais : l’année suivante, on en comptait quatre-vingt mille. Ainsi disparut le danger d’une

invasion ; mais l’Irlande apprit à connaître ses forces, et ses ré-

giments ! ne tardèrent pas à se proclamer souverains. L’élite de la nation se mit à leur tête ; on s’assembla à des époques détermi-

que son domestique ou que les cultivateurs osassent violer, et rien ne le satisfait qu’une soumission absolue : il peut, avec la plus grande sûreté, punir du fouet et du bâton tout manque de respect à sa personne. Le malheureux qui ferait mine de vouloir se défendre serait aussitôt roué de coups. En tuer un, est en Irlande une chose dont on parle d’une manière à confondre toutes les idées. Des habitants respectables m'ont assuré que beaucoup de fermiers se tiendraient honorés si leur maître daignait recevoir dans son lit leurs femmes ou leurs filles, grand indice de la corruption amenée par une loègne servitude, J'ai même entendu parler de personnes à qui la vie fut arrachée sans que le meurtrier eût à redouter l’enquête d’un jury, et des cas pareils se voyaient chaque jour avant que la loi eût repris quelque empire. Il n’y a pas de voyageur indifférent qui n'ait vu par les routes les valets d’un gentilhomme pousser violemment dans le fossé toute une file de charrettes de pauvres paysans pour donner passage au carrosse du maître. Qu'’elles soient renversées ou même brisées, le mal est souffert en silence ; si les victimes poussaient la moindre plainte, on leur répondait à coups de fouet... Si un pauvre homme s’adressait aux magistrats pour demander justice contre un gentleman, on y verrait un outrage contre celui-ci. Le pauvre sait trop sa condition pour songer à demander justice. 11 ne saurait l'obtenir que dans un cas, lorsqu'un riche prend parti pour lui contre un autre riche ; car en pareil cas, le maître le protége commeil défendrait le mouton quil destine À sa table. »

nées; des associations se formèrent pour repousser les marchandises anglaises, et l'on nomma des représentants; on approuva ou l’on blâma les actes du gouvernement et du parlement ; on constitua en résumé un parlement militaire, et l’on présenta les pétitions à la pointe des haïonnettes, La demandeprincipale eut pour objet laliberté du commerce et un parlement indépendant ; beaucoup de protestants se réunirent pour réclamer l'abolition des lois pénales.

Henri Grattan, de Dublin, dirigea ce mouvement national. Appuyé par soixante mille hommes armés, il prolama l’indépendance du parlement irlandais, et déclara que nul ne pouvait faire des lois obligataires pour le pays que le roi, les lords at les communes irlandaises.

L'indépendance à peine obtenue, les Irlandais songèrent à la réforme du parlement, assemblée servile et peureuse ; cette réforme fut de,vandée par les volontaires, mais le parlement refusa d’adhéres à la convention armée.

L’Angleterre avait donné à l'Irlande les droits civils dont ellemême jouissait, c’est-à-dire les garanties qui assuraient la liberté individuelle et! la propriété, le jury et le reste; en effet, comme la conquête avait été féodale, les Irlandais durent être traités comme les feudataires anglais. Lorsque ceux-ci eurent été écrasés par Henri VUE, les vainqueurs et les vaincus ne formèrent, qu’une squle nation ; 1 la question religieuse effaça la différence de race. Les colons s’installèrent dans le pays pour le convertir, et y apportèrent des droits égaux à ceux des Anglais, du moment qu’ils acceptaient la condition religieuse.

11 y avait donc parité, et l'indépendance était un droit que les Irlandais n’avaient qu’à réclamer; le cas était bien différent en Amérique, où il y avait des chaînes à briser,

La meilleure part revint aux protestants, qui se trouvaient de fait en possession des droits, tandis que les catholiques, manquant de pain dans un pays où la misère est l’état normal et où l’on meurt de faim chaque année régulièrement, ne tiraient aucun profit de l'indépendance. Le parlement fut néanmoins obligé d’accorder quelque chose aux catholiques; il rapporta les Lois qui les empêchaient d’acheter, de posséder et d’avoir des chevaux, d’exercer librement leur culte, d’être appelés aux fonctions de tuteurs, de même que celles qui prononçaient des peines contre les prêtres et les instituteurs ; il rendit les juges inamovibles, et donna aux habitants l’habeas corpus, garanties précieuses pour tous, mais spécialement pour les opprimes.

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La révolution française vint aussi tro la me x l'éguli re des choses; des mouvements violents de -minèren une réaction plus violente encore, et le 2 juillet 4800 l'hriande tx réunie à la Grande-Bretagne, qui prit le nom de rayauwme-uni 4e la Grande-

Bretagne,

Les succès da la politique anglaise ay dehors dispasaient les esprits en faveur de la constitution et du roi, et les portaient à des concessions qui augmentaient dans le parlement J'influence de la couronne. Cet accroissement d'influence fit songer à une réforme électorale, afin de rendre la représentation nationale plus régulière, Pitt, bien que conservateur, la proposa ; or, si la révolution française n’était yenue, par les excès de la démocratie, inspirer J’effroi des innovations et faire prévaloir les torys, l’Angleterre aurait échappé aux longues guerres avec la France, si désastreuses pour toutes deux, et joui dès lors des avantages qui ne commencèrent pour elle qu’en 1831.

Le roi George IL, qui n’aimait ni la société, nj les cérémonies, ni Je faste, s’appliquait à l’agriculture; son exemple maintint la

cour dans les limites de la décence et des mœurs, Chez lui la

persévérance syppléait au manque d'instruction; mais tout à coup il denna des signes de démence. Tout le monde crut que, le roi cessant de régner par lui-même, Pitt allait succomber ; Fox accourut d'ltalie pour soutenir Je prince de Galles, tout dévoué à l'opposition ; mais le ministre batailla jusqu’au moment où il put faire déclarer que le roi était guéri, et capable de reprendre cette facile représentation que la constitution du pays laisse à la couronne ; ce qui permit à Pitt de rester à la tête des affaires.

La liberté de tout penser et de tout dire en fait de politique et de religion fayorisait l’esprit d'examen, généralisait l'intelligence des intérêts communs, et permettait d’aborder avec- indépendance quelque: sujet que ce fût. D’autre part, elle empêchait que les idées sceptiques et subversives, que les projets d’une générosité inconsidérée s’étendissent par trop; car l'attrait de la défense et de la persécution leur manquait; puis ils subissaient l'épreuve de la discussion et de la pratique, attendu que les Anglais n'étaient pas dans l’habitude de croire sans examen, Si Thomas Payne prêchait une démocratie irréligieuse , elle était combattue par Burke. Les opinions se trouvant réduites à ne point compter sur l’appui de la force, mais seulement sur les bonnes raisons , des adversaires énergiques se levaient pour repousser les attaques, surtout parmi le clergé, qui ne s'était pas

Richardson, 1689-1761,

40h DIX-SEPTIÈME ÉPOQUE.

déshonoré, comme en France, par la persécution janséniste, La vérité trouvait ainsi des armes . égales, indépendamment de l’avantage dont jouit toujours une opinion établie. Ajoutez à cela que l’on ne fait pas une grande révolution dans chaque siècle, et que celle que les Anglais venaient de traverser avait été si longue,

si variée dans ses phases et si féconde en résultats notables,

qu’ils devaient redouter de les compromettre par une nouvelle.

Nous citerons parmi les ouvrages de controverse l’Essai sur la

nature et sur l’immuabilité du vrai, par Beattie; la Religion naturelle, de Wollaston; les Preuves du christianisme et la Théologie naturelle, de William Paley. Leland défendit la révélation ; lord Littleton prétendit en prouver la vérité par la conversion ef l'apostolat de saint Paul. Plusieurs écrivains répondirent à Woolston, qui voulait réduire les miracles du Christ à des allégories, entre autres West et Sherlock, qui examinela résurrection du Christ selon les règles du barreau anglais. Warburton, auteur de la Divine mission de Moise, s’éleva avec violence contre l'irréligion de Hume. Whiston, théologien et mathématicien, applique dans la Théorie de la terre les doctrines newtoniennes à l’explication de la création, du déluge, de l’embrasement final, selon l'Écriture.{ En général, après la première moitié du siècle, les écrivains deviennent plus sérieux, plus moraux, et répudient Je mépris systématique de leurs devanciers pour la religion et les lois.

Les Anglais continuaient cependant à cultiver leur littérature nationale, qui, de même que Jeur constitution, est une transaction entre des principes différents, un équilibre artificiel. Leur prédilection décidée pour le romantique et le moyen âge, l’impatiente audace du génie poétique, qui franchit les limites de l'ordinaire, avaient été tempérées par les exemples italiens et français, comme aussi par l’étude des Grecs et des Latins, lorsque enfin s’ouvrit, sous le règne de la reine Anne, le siècle d’or de leur littérature. Une philosophie qui se borne à l’homme, sans sonder les mystères intérieurs de la nature; le spectacle des passions, sans cesse en action à la tribune et dans la vie sociale, faisaient que l’attention se concentrait sur certains points et certaines époques : de là la richesse d'investigation et d’exposition, soit dans l’histoire, soit dans les romans, soit dans les essais.

Richardson passe pour le premier romancier du monde. Paméla, Clarisse Harlowe et Grandisson excitèrent, malgré leur prolixité, et quoiqu’on n’y trouve ni incidents romanesques, ni ürbanité affectée, ni galanterie exagérée, une curiosité et un in-

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