‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 128 sur 245 · LITTÉRATURE ANGLAISE. M · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ANGLAISE. M

gence, des chansons qui vivent dans les cœurs de ses compatriotes, parce qu’elles sont pleines de sympathie pour ses semblables. Après lavoir. vanté quelque temps par mode, on le laissa mourir dans la pauvreté et la mélancolie. Ces poésies pationales, et plus encure celles de Crabbe, plurent comme une réaction contre l’emphase, les singularités ambitieuses, le mysticisme, le clinquant, des euphémistes,

Thomas Chatterton contrefit de vieilles poésies, en s »efforçant laborieusement d’imiter les archaïsmes d’ortographe, de langage, de pensée, avec tant de succès qu’il abusa ses contemporains ; mais, déçu dans ses espérances ambitieuses, il se donna la mort après avoir souffert plusieurs jours les angoisses de la faim. Il n’avait pas encore dix-huit ans (1770).

Jean Armstrong écrivit l’Aré de conserver la santé dans une poésie correcte et aussi colorée que le comporte le genre didactique pour se faire tolérer. Un autre médecin, Érasme Darwin, imitant David Harley, qui, un siècle auparavant, avait proclamé le matérialisme, en donna un système complet dans la Zoonomie (1801), où il réduit les idées à n’être que le résultat du mouvement animal; il mêle de honnes observations patholologiques à des hypothèses bizarres et mal fondées, et suppose, malgré son matérialisme, un esprit vital supérieur à la matière, dont il provoque les mouvements. Comme pendant, il publia les Amours des plantes, poésie minaudière et affectée où il ennoblit autant la faculté sensitive des végétaux qu’il avait rabaissé celle des hommes.

Tout à coup un prodige d'imagination est jeté au siècle, las de raisonnement et de critique. L'Écossais Macpherson, d’un esprit médiocre, se donne pour avoir découvert un autre Homère dans les montagnes de sa patrie. A l’en croire, des fragments es contemporain de Caracalla, se seraient conservés dans

la mémoire des montagnards, et pourraient, par leur réunion, former des poëmes aussi réguliers que l’Jliade et l'Odyssée.

L’Écosse, humiliée politiquement, se réjouit d’avoir dans le passé un grand homme qu’elle pût opposer à ceux de l’Angleterre, et célébra Ossian avec un patriotisme jaloux. Les lecteurs restèrent étonnés de ces peintures, si différentes des autres tableaux poétiques. Les compositions nouvelles furent bientôt remplies de brouillards, de vents qui sifflaient à travers les sapins, d’ombres qui chevauchaient sur les nuages, de brises marines qui faisaient soupirer les harpes ; le siècle rassasié de positif, trouva de l’attrait à ces vagues rêveries. Alors se multiplièrent

Chatterton.

Armstrong,

Darwin, 1731-1802.

Macpherson.

les comparaisons, et des habiles trouvèrent que le barde grossier de la Calédonie: avait souvent surpassé Homère, Pindare et la Bible. Pendant ce temps-là, Macpherson jouissait de sa gloire en silence ; mais les contradicteurs ne lui manquèrent pas, et entre autres Johnson, le plus acharné de tous. On discuta longuement sur l’authenticité de ces poëmes, sans jamais en venir à la preuve décisive, et produire le manuscrit original sur lequel l'interprète avait travaillé, ou quelque montagnard en état de réciter un seul fragment. La vérité est que Macpherson avait recueilli un certain nombre de noms propres et de réminiscences nationales, et qu’il avait mis le tout en œuvre dans une prose poétique, farcie d’épithètes et d'images exagérées, dénuée de vérité ; et d’une simplicite monotone; mais, afin de se déguiser, il avait pris soin de s’écarter des idées habituelles, et d’y répandre une couleur vague;, fantastique , sentimentale: La réputation d’Ossian est tombée; cependant on peut encore apercevoir son influence dans les ouvrages de plus d’un poëte de notre époque.

On peut déjà voir, par cette énumération rapide, quels progrès les Écossais avaient faits. L'université d'Édimbourg comptait notamment des écrivains agréables et profonds; il se forma dans cette ville une suciété lettrée, d’où sortirent non pas des génies, mais des hommes de talent, qui, cherchant dans l’histoire et l’expérience un appui pour les idées philosophiques modernes, développèrent une philosophie bienveillante sans donner dans les conséquences où l’école française se trouvait entraînée, bien qu’il leur arrivât parfois de se laisser gâter par les idées de cette école. Fergusson sut s’en dégager dans sa savante histoire de la République romaine. Conyers Middleton, qui avait écrit de Rome une lettre pour montrer la conformité existant entre la religion romaine et celle des païens, publia une Vie de Cicéron où sont appréciées, avec plus de soin que de haute intelligence, les circonstances au milieu desquelles vécut ce grand homme,

Roberison Robertson, excellent homme, tout dévoué à sa famille,. avait FAT élevé lui-même ses frères. Il préchait des gens convaincus ; se bornant à exposer une bonne et saine morale, il signalait les maux qui existaient à la naissance du christianisme et les remèdes salutaires que le nouveau culte y apporta. Du reste, il réglait ses idées sur celles du gouvernement , et son style sur celui des écrivains de son temps? Mais il avait trop de calme pour nous peindre, dans l’Histoire de Charles-Quint, une des époques les plus agitées de l’Europe; il n’était point fait pour comprendre le choc animé des passions et des partis. Quoiqu'il

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