‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 129 sur 245 · HISTOIRE. ROBERTSON. HUME. GIBBON. M · texte numérisé non relu

HISTOIRE. ROBERTSON. HUME. GIBBON. M

n’ait pas le rite sardonique de l’école voltairienne, il en a la froideur ; ses réflexions, d'accord avec lé temps où il écrivait autant qu’en désäccord avec celui des événements qu’il raconte, sont daris lé même genre (4). En traitant un sujet extrêmement heureux, il analysé, décompose, dessiné partie par partie, sans vigueur synthétique pour embrassef l’ensemble , cortime sans imaginätion pour donner vie aux détails: À force | dé chércherila vérité avec ostentation, il perd le séniliment ; après Vavoir lu, on ne connaît pas, ou, ce qui est piré, on connatt mal Charles-Quint, Léon X et surtout Luther.

L’Histoire d'Amérique était une partie nécessaire de celle de Charles-Quint ; mais il la considéra comme un épisode, et, la trouvant trop longue, il en fit un ouvrage à part. Encore ne lui parutil pas qu’il pût faire entrer dans le cadre académique, qu'il avait préféré, tout ce qu’elle avait de saillant et de propre, savoir les traits caractéristiques de la barbarie ou de la conquête ; aussi les rolégua:t-il dans les notes.

Le même défaut dumine dans David Hume , autre Écossais, qui, mal vu dans sa patrie pour le scepticisme qu’il avait réduit en système, alla chercher en France des leçons et des applaudissements. Il devint un des écrivains qui traitèrent avec le plus de succès l’histoire philosophique, en sacrifiant le goût même aux

idées en vogue, la vérité et l’amour de la liberté au désir de se.

faire applaudir. Son but (1754) était d’écrire une histoire d’Angleterre qui déplût à tous les torys, à tous les wigs, à tous les chrétiens ; en effet, elle est une attaqne continuelle contre la nation anglaise. Nous lui avons déjà reproché de n’avoir pas compris le développement lent et laborieux de la constitution de son pays, et de l’avoir regardée comme accomplie et parfaite dès son origine. Il se plaît à assigner aux événements de petites causes, et ne souffre ni ne jouit avec l’humanité. Méprisant la religion, il ne comprend pas combien elle a d’influence sur la société *t les révolutions, ni l’appui qu’elle prêtait aux libertés politiques (2); il ne se mêla point au mouvement de son pays, et quatorze volumes de la correspondance de Jacques II ; ainsi que les relations des ambassadeurs français à Londres, lui ayant été

(1) It dit en parlant de Voltaire : « Il m'indiqua non-seulement les faits sur lesquels il importait que je m'arrêtasse , mais encore les conséquences qu'il fallait en déduire.

(2) « Hume avait tant de haine pour la religion qu’il haït la liberté pour avoir été Fate de la rai gion, et nine se cause de ! ee avec toute habileté

Hume, 1717-1776.

Gibbon. 1537-1794

offerts à Paris , il ne les crut pas dignes d’examen. Quand on a si peu le sentiment du devoir de l'historien, on ne fait que des généralités, on ne consolide que des préjugés. Rhéteur perpétuel, il n'a jamais dé chaleur pour conserver l'impression vraie d’un fait ou d’une idéeŸil n’est pas jusqu’à sa langue où il n’introduise des tours et des expressions françaises.

Thomas Smollet écrivit d’abord plusieurs romans, et continua l'Histoire d'Angleterre de Hume sans avoir ses défauts, mais sans hériter non plus de ses qualités.

Gibbon est un historien d’un ordre infiniment supérieur. Tout jeuns encore, à la lecture des Variations de Bossuet, il s'était fait catholique. Son père méconteni l’envoya à Lausanne, o", peu disposé à subir le martyre , il se soumit, et revint à la foi :: aternelle. Élu au parlement à l’époque de l’insurrection américaine, il ne se sentit pas ébranlé par ces débats où s’agitait la cause de Phumanité ; sans jamais prononcer un mot, il vota avec le ministère, « silencieux sur son banc, sain et sauf, mais sans gloire , » et ne considérant ces discussions que comme « des distractions d’affaire interposées aux études (1). »

Ainsi, idolâtre qu’il est de la force et de l’autorité, Rome l’inspire comme elle avait inspiré Polybe et Villani; mais il ne voit que Rome païenne , et, « le 45 -octobre 1764, rêvant qu'il était assis sur les ruines du Capitole , à l'heure où les franciscains déchaux chantaient vêpres dans le temple de Jupiter, la pensée de décrire la décadence et la chute de cette cité surgit tout à coup dans son esprit. »

Voilà son inspiration et aussi son défaut. Rien ne lui paraît grand que Rome , et même que la Rome impériale. Le christianisme , qui bouleversait cette admirable organisation , est une rébellion ; les martyrs, qui devaient en révéler le despotisme sanguinaire , un mensonge ; les Pères, qui prêchent une morale et des dogmes différents, sont des fous; les Germains, qui. osent, avec leur sauvage liberté, se ruer sur cette tyrannie savante , où la nation n’avait qu’à se soumettre, corps et âme, aux ordres impériaux et à l’édit du préteur, les Germains sont des barbares. En conséquence, il ne fait aucun cas de tout ce qui est moderne, du parlement de sa patrie comme des capucins de Rome, de saint Athanase comme de Scanderbeg, des ariens comme des concitoyens de Washington. Sa critique frivole et railleuse ne croit ni à la générosité, ni à la liberté ; il est toujours du côté de celui qui

(1) Lettres.

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