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GIBRON. M7
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Bien supérièur en savoir aux encyclopédistes ,;il se fait leur disciple, lui qui pouvait s’ériger en maître et en'censéur ; il immola son propre génie sur l’autel de la raillerie et de l’incrédulité. Si l’on considère l’immense érudition de ‘cet, apleur, Part; avec lequel il puise aux sources les plus diverses, sa. patience à compulser des volumes qui lasseraient des ere et si l’on compare tout ce travail au résultat misérable qu'il. a obtenu , on ne trouvera point d’argument plus puissant pour prouver combien la matière est stérile lorsqu'elle est privée de l'esprit et de l’enthousiasme- (1), Ses Mémoires montrent parfois qu'il aurait été capable d'enthousiasme, s’il n’eût été retenu par la mode ou la peur
(1) Nous trouvons (Memoirs of the life of sir S. Romilly (1841) une lettre de Mirabeau du 15 mars 1785 , où il juge ainsi Gibbon :
« J'ai lu l’élégante Histoire de M. Gibbon, et cela me suffit. Je dis son é/égante, et non pas son es/imable histoire, et voici pourquoi: Jamais, à mon avis, la philosophie n’a mieux rassemblé les lumières que l’érudition peut donner sur les temps anciens, et ne les a disposées dans un ordre plus heureux et plus facile ; mais, soit que M. Gibbon ait été séduit, ou qu’il ait voulu le paraître, par la grandeur de l'empire romain , par le nombre de ses légions, par la magnificence de ses chemins et de ses cités, il a tracé un tableau odieusement faux de la félicité de cet empire, qui écrasait le monde et ne le rendait pas heureux. Ce tableau même, il l’a pris dans Gravina, au livre de Zmperio romano. Gravina mérite de l'indulgence, parce qu'il était excusé par une de ces grandes idées dont le génie surtout est si facilement la dupe. Comme Leibniz, il était occupé du projet d’un empire universel, formé de la réunion de tous les peuples de l'Europe sous les mêmes lois et la même puissance, et il cherchait un exemple de cette monarchie universelle dans ce qu'avait été l'empire romain depuis Auguste.-M. Gibbon peut nous dire qu’il a eu la même idée ; mais encore lui répondrai-je qu'il écrivait une histoire , et qu’ ne faisait pas un système. D'ailleurs cela n’expliquerait point , et surtout n’excuserait pas l’esprit général de son ouvrage, où se montrent à chaque instant l'amour et l'estime des richesses , le goût des voluptés , l'ignorance des vraies passions de l’homme, l'incrédulité Surtout-pour les vertus républicaines. En parcourant l'histoire du Bas-Empire de M. Gibbon, j'aurais aisément deviné que , si l’auteur se montrait jamais dans les affaires publiques de la Grande-Bretagne, on le verrait prêtant sa plume aux ministres et combattant les droits des Américains à l'indépendance; j'aurais aussi deviné Ja conversation d’aujourd’hui, l'éloge du luxe et de l'autorité compacte , etc. Aussi je n’ai jamais pu lire son livre sans m’étonner qu'il fût écrit en anglais, À chaque instänt, à peu près comme Marcel, j'étais tenté de m'adresser à M. Gibbon, et de lui dire : Vous un Anglais! Non, vous ne l'étes point. Cette admiration pour un empire de plus de deux cent millions d'hommes, où iln'y a pas un seul homme qui ait le droit de se dire libre; cette philosophie efféminée qui donne plus d'éloge au luxe et aux plaisirs qu'aux vertus; ce style toujours élégant et jamais énergique annoncent tout au plus l'esclave d'un électeur de Hanovre. »
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qu’il avait des philosophes , ces trompettes de la renommée. On y lit : « À Lausanne, la nuit du 27 juin 4787, entre onze heures « et minuit, j'ai fini la dernière page de mon travail dans un pa- « villon de mon jardin. Après avoir déposé la plume, je patcourus « deux ou trois fois une allée couverte d’acacias, d’où lon do- « miné les champs, le lac , les montagnes; l’air était doux, le ciel « serein , le disque argenté de la lune se reflétait dans les eaux , la « nature entière se taisait. Je ne dissiraulerai pas une première « émotion de joie dans un moment qui me rendait ma liberté , èt « devait peut-être établir ma réputation ; mais mon orgueil fut « bientôt rabaissé, et une humble mélancolie s’émpare de mon « cœur en songeant que je prenais congé de l’ancien et cher com- « pagnon.de ma vie, et que, quelle que dût êtce la durée de mon « ouvrage, les jours de l'historien seront désormais bien courts « etbien précaires. »
On vit paraître à cette époque un autre ouvrage historique de longue haleine, l'Histoire universelle par une société de gens de lettres, en vingt-six volumes in-folio, Psalmanazar, Sale, Swinton, Bower en furent les principaux auteurs; ils étaient animés d’intentions loyales, et firent souvent preuve d’une érudition solide ; cette œuvre collective n'offre point un mérite égal dans toutes ses parties. Prolixe dans certains endroits, stérile dans d’autres, elle présente des vues diverses, des répétitions de faits , des assertions contradictoires. Les noms des artistes et des hommes de lettres sont relégués dans quelques notes succinctes, comme si on n’avait eu pour tâche que de rapporter les événements extérieurs. L'ouvrage n’est même pas une histoire universelle , mais un ensemble d'histoires particulières. Les auteurs se privèrent ainsi de l’avantage unique et immense des histoires universelles, qui est d’embrasser à la fois les événements des pays divers. Du reste , c'était une entreprise sans exemple qui trouva un grand nombre de souscripteurs, et le livre fut traduit dans toutes les Jangues littéraires ; il lui manqua néanmoins l’av:ntage de ces contradictions vives et insistantes dont l’auteur peut se plaindre, mais qui contribuent à le tenir constamment en éveil. Des hommes de mérite firent dans la traduction allemande des corrections et des additions qui , indépendamment du reste, fournirent occasion à des recherches et à des discussions historiques; mais, en résumé, ce très-long travail ne fit avancer d’un pas ni l’art ni les connaissances historiques , sauf ce qui touche aux événements
contemporains.
La littérature la plus sérieuse de l’Angleterre se trouvait dans
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