‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 131 sur 245 · ÉLOQUENCE POLITIQUE. DROIT. M · texte numérisé non relu

ÉLOQUENCE POLITIQUE. DROIT. M

le parlement. Là se déployait cette éloquence d’action tout instantanée qui, s’inspirant des passions contemporainés, paraissait supérieure à tout cé qui avait précédé. Voltaire disait : Je ne sais si les harangues méditées que l'on prononçait jadis dans Athènes et. dans Rome l'emportent sur les discours improvisés du chevalier Windham, de lord Carteret, de Pulieney, de Shéridan. Cette éloquence est toutefois sans prestige pour des auditeurs d’un autre temps, attendu qu’elle avaitplutôten vuel’effetutileet immédiat que Part et la gloire à venir, la parole n'étant qu’un moyen secondaire dé puissance au milieu de ces tempêtes. En outre, elle se restreint souvent, par la nature même de la constitution, à des-formules, à un appel continuel aux précédents auxquels elle se rattache, même au milieu des révolutions, faisant toujours la comparaison du présent avec le passé, au'moment même où il était battu en brèche. L’utilité est son but unique, et ru le désir de briller ; elle yit de génie, et non de goût et d’élégance; on n’y trouve point de vastes théories, peu d’idées générales, mais une application continuelle et une simplicité pleine d’énergie.

Si, au commencement du siècle, les armes des orateurs s'émoussèrent contre l’immobilité de Walpole, qui possédait moins l’art de la parole que la tactique parlementaire, bientôt on vit apparaître Pitt, Fox et Burke. Erskine fut le premier avocat qui ait apporté dans la plaidoirie le goût littéraire et une élacution brillante ; puis, dans un temps où la liberté de la presse était encore peu étendue, la tribune anglaise contribua à mettre en circulation en Europe une foule d’idées politiques. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il en soit résulté une sorte d’idolâtrie pour la constitution britannique.

Nous avons dit comment #’étaient établies les lois en Angleterre, et par quels motifs le peuple tenait opiniâtrément à sa nationalité, au point de repousæ: toute innovation qui l’eût rapproché des autres peuples; or, tandis que le droit britannique dictait les décisions des tribunaux, on étudiait dans les écoles le droit canonique et le droit romain, qui n’avaient cependant aucune applica: tion sociale. Le dernier faisait partie de l'éducation littéraire, le premier était abandonné aux gens d’affaires : ‘distinction nuisible surtout dans un pays où la constitution appelle tant de citoyens à participer à la législationet aux affaires publiques.

C’est à quoi voulut remédier Blakstone. Après sept années d’é: tudes opiniâtres pour débrouiller le cahos des lois de sa patrie, il ouvrit un cours de droit àOxford (1753), et la jeunesse, à laquelle ilouvrait un horizon tout à fait nouveau, l’'accueillit avec enthou-

Blakstone,

siasme (1). Bientôt chacun reconnut l’utilité d’une chaire de droit national, et Blackstone, qui en fut chargé, publia ses leçons sous le titre de Commentaires sur les lois anglaises. Les habitants de la Grande-Bretagne apprirent à se connaitre eux-mêmes ; l’admiration que l’on éprouvait déjà pour la constitution anglaise s’accrut chez les étrangers ; et l’on cessa d'y voir seulement une affaire de pratique et de coutumes.

: Blackstone n’examine pas les améliorations possibles ; il accepte ce qui est, montre les rapports civilset politiques tels qu'ils existent, en indique les origines et les commente, mais sans prétendre les altérer. Son livre est donc un monument d’érudition, un manel précieux, mais non pas un essai de philosophie légale, C’est

eu qu'il déclare ouvertement dès le principe : «On a disputé lon- .

« guement , dit-il,et sans conclusion, sur l’origine des différentes « formes de gouvernements ; mais tel n’est pas mon but, : de quel- « que manière qu’ils aient commencé, quel que soit le droit en « vertu duquel ils existent, il y a et il doit. y avoir dans tous une « autorité suprême , incontestée, absolue, dans laquelle résident « les droits de la souveraineté, placée dans les mains de ceux en « quiilest plus présumable que se trouvent les qualités requises « dans les administrations suprêmes, c’est-à-dire la sagesse , la « modération, le pouvoir. »

Qu'il est loin de ces idées françaises au nom desquelles on prétendait tout remettre en doute, tout régler, non pas d’après le fait, mais en vertu d’abstractions philosophiques!

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