L'EMPIRE. = MARIE-THÉRÈSE ET JOSEPH
Marie-Thérèse conserva sur le trône, au milieu des tristes exemples du temps ; sa dignité de femme ; elle sentait à un, haut degré son rang d’impératrice , et, si Frédéric II se moqua de sa dévotion, ses peuples n’en parlaient qu’avec une vénération dont la postérité se souvient toujours. Dans les quarante années de son règne, elle ne retourna jamais en Lombardie, Si elle traita la Hongrie, à qui elle devait tout, comme une conquête, au lieu de
(1) 11 faut lire son Discours d'ouverture pour voir combien de titres il invoque et combien d’excuses il fait valoir pour justifier son entreprise, et montrer la nécessité d'étudier les lois de sa patrie,
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seconder ses progrès , il faut en accuser plutôt la constitution que des intentions malveillantes de sa part. Si elle ne favorisa point la littérature nationale, elle combla Métastase de bienfaits, et, en ménageant les pays qui lui étaient assujettis, elle en tira plusque n'en avait tiré son père ; elle eut une bonne armée, forma une école d'artillerie, et institua un collége militaire qui reçut son nom, ainsi qu’un autre à la nouvelle Vienne.
L’Autriche avait des finances en désordre et une quantité énorme de papier-monnaie, En 1703 avait été créée la banque de Vienne, qui fut une source d’abus, et, bien qu’elle fournit des subsides au trésor, elle ne pouvait suffire aux dépenses de guerres opiniàtres (1). Marie-Thérèse s’efforça d'apporter quelque remède à cet état de choses ; ravivant les manufactures, elle établit des écoles de filature, parce que la laine et le coton étaient tirés du dehors; elle appela des ouvriers de France, de Hollande, de Saxe, de Suisse, et mit des entraves, conformément aux idées en vogue, à l’exportation des matières premières ; en outre, elle établit un conseil aulique dé commerce, soimis immédiatement au gouvernement, avec une caisse richement garnie, capable d’avancer de dix à cent mille florins à ceux qui voulaient faire des spéculations ; quinze conseillers particuliers relevaient de ce conseil, chacun avec une caisse. Une société d’agriculture, qui dut distribuer des prix, fut instituée ainsi qu’une école de commerce, à Vienne , et une autre pour la gravure sur cuivre et sur pierres dures ; à Fiume, elle fonda une société pour le raffinage des sucres, une en Bohême pour les toiles, une pour trafiquer avec l'Égypte. La Croatie, la Dalmatie, l’Istrie, le Tyrol élevaient des vers à soie, indépendamment de l'Italie; l'introduction des moutons de Barbarie et d’Anatolie contribua à l’amélioration des troupeaux. Ces différentes mesures valurent des éloges à Marie-Thérèse, bien que toutes n’aient pas duré autant que son règne.
Son époux et son fils, l’un d’un caractère tout allemand , l’autre qui se piquait de philosophie, avaientpris en aversion létiqueite espagnole, ce qui la détermina à la supprimer ; néanmoins, elle était jalouse de teut ce qui augmeritait le lustre de sa maison. Elle donna le titre d'altesse royale aux archiduchesses, et fit renouveler pour elle celui de majesté apostolique ; elle fonda l’ordre militaire qui porte son nom, et remit en honneur celui de Saint-Étienne de Hongrie.
(1) Fr. Nicoaï ( Reisen durch Deulschland (1781) donne la meilleure statistique de la monarchie et l'histoire de la banque de Vienne.
LALLLAE
42 DIX-SBPTIÈME ÉPOQUE.
Ne pouvant se résigner à considérer comine ne lui appartenant plus les provinces qu’elle avait cédées régulièrement, et avide de réparer ses pertes, Marie-Thérèse s’appliqua constamment à combler les pertes qu’elle avait faites au moyen de nouvelles acquisitions, indépendamment du lambeau considérable de la Pologne, dont elle s’empara contre le cri de sa conscience, dit-on; elle conclut avec le duc de Moadène une convention en vertu de laquelle ce duché entra plus tard dans la maison d'Autriche ; à la Porte, elleenleva la Bukowine, entré la Transylvanie et la Gallicie,
Elle voulait ntendre elle-même ses ministres, les chargés d’affaires étrangers et les hommes distingués par leur savoir; mais, commeelle avait peu d'instruction, elle comprenait difficilement, ce qui entrainait dela confusion, de l'incertitude dans ses projets.
Le prince de Kaunitz, ce seigneur morave ç qui unissait à la légèreté d’un Français la. pénétration d’un Italien et la profondeur d’un Autrichien (1), » dirigea ses conseils pendant quarante ans, Affectant, l'indolence et la mollesse, il savait mieux que personne les ressourees de chaque État; son esprit embrassait de vastes combinaisons; mais, au rebours de la plupart des hommes, il cherchait toujours à mettre en scène un autre que lui, sauf à le diriger. Probe etdiscret, il cachait sous unair de franchise extraordinaire une profonde dissimulation. Son but suprême était l’agrandissement de la maison d'Autriche, et lorsqu'il vit le moment propice, il n’hésita point à répudier une politique séculaire et à s’unir à la France. Nous avons vu quelsen furent les résultats.
Marie-Thérèse écarta toujours son mari du gouvernement ; quoiqu'il détestât la France, il ne put empêcher l'alliance funeste de l’Autriche avec cette puissance. L'impératrice et mas enfants, disait-il, sont ceux qui composent la cour; moi je né suis qu'un
particulier. 11 s’en dédommagea en se livrant au commerce, où
il fit fructifier les capitaux qu’il tirait de la Toscane. Il prétait de l'argent au gouvernement; il soumissionpait les fournitures militaires, la ferme des douanes de Saxe, et jusqu'aux fourrages de l’armée prussienne, en guerre avec l’impératrice (2). Il dépensa beaucoup à rechercher les secrets de la nature, à essayer de faire de l'or et de fondre ensemble de petits diamants pour en former un gros. Du reste, gai, bienfaisant, il resta étranger à l’ambition, et mourut le 45 août 1765. Marie-Thérèse eut de lui seize enfants, dont neuf survécurent. Une de ses filles se fit re-
(1) Coxe.
(2) Œuvres de Faébénic 1].
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