‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 136 sur 245 · RÉFORMES DE JOSEPH II · texte numérisé non relu

RÉFORMES DE JOSEPH II

chrétiens, mais qu’il a été donné à l'Église entière, qui l’exerce par ses ministres. Le premier parmi eux esi l’évêque de Rome, chef visible de l’Église; mais l’Église pourrait transférer ce pouvoir à un autre évêque quelconque ; or, comme cette institution a pour but de maintenir l'Église dans l'unité, les prérogatives sans lesquelles l’union se dissoudrait, comme celle de présider les conciles généraux, de maintenir les lois ecclésiastiques, d’en proposer de nouvelles, d'en promulguer, d’en dispenser, ne sont que des prérogatives accessoires. Le droit de confirmer ou de transférer les évêques, de statuer par appel de leurs jugements et autres droits accidentels porte atteinte à ceux des églises particulières et des évêques, et il n’est fondé que sur les fausses décrétales. Sa conclusion était qu’il fallait supprimer les abus et les excès de la puissance pontificale, et que les dissidents rentreraient dans le giron de l’Église ; que le mieux serait que le pape lui-même le fit spontanément avant que les princes s'en mêlassent. -

C’est ainsi que, sous un air de conciliation, il aigrit les esprits contre Rome, en excitant la jalousie des princes et en les exhortant à restreindre sa suprématie. Il emprunte aux protestants et aux gallicans leurs objections et leurs haines, sans tenir compte des réfutations; comme il y met du reste fort peu d’art, et qu’il entasse des contradictions palpables, il en arrive à enseigner la manière, non pas de réunir les esprits, mais de déterminer un schisme.

Son ouvrage étant en latin, il n’eut pas autant de vogue parmi le peuple que les livres français ; i! secoua néanmoins la torpeur des Allemands. Plusieurs hommes distingués partageaient cette manière de voir, comme Stoch et Oberhauser, ce qui fit que les éditions et les traductions se multiplièrent , et avec elles les maximes antipapales. Rome condamna le livre; mais les évêques s’en inquiétèrent peu. Venise le laissa réimprimer. [Il fut réfuté par Ballerini, Mamachi et beaucoup d’autres. Le jésuite François- Antoine Zaccaria écrivit l’Antifebronius (Pesaro, 1767) et l’Antifebronius vindicatus (Césène, 1771) ; mais l’auteur répondit avec érudition, avec hardiesse, protestant très-haut de sa foi catholique. Il est vrai qu’il se rétracta à l’âge de quatre-vingts ans; mais, voyant qu’on en faisait grand bruit à Rome, il ajouta une explication qui détruisait cet acte en grande partie (1).

Au milieu de cette fermentation, un nonce fut envoyé en Ba-

(1) Jusrixs Fesronts Commentarius in suam relraclationem; 1781,

vière pour la première fois, et se mit à exercer sa juridiction. Les princes de l’Empire en prirent ombrage, et prétendirent que les rapports de leur Église avec Rome devaient être réglés selon les priviléges et les concordats de chacun ; que la cour de Rome avait perdu ses droits faute de s'être soumise à l'obligation de convoquer un concile tous les dix ans. Sur ces entrefaites, les quatre principaux prélats d'Allemagne se réunirent à Ems près de Coblentz, et déciüèrent que les évêques, comme successeurs des apôtres, ont le pouvoir immédiat de lier et de délier ; que les religieux ne peuvent recevoir d'ordres de supérieurs résidant hors de l’Allemagne ; que les bulles et les dispenses de Rome n’ont de force qu’avec l'approbation des évêques. En conséquence , ils conclurent à la nécessité de changer la forme du serment, de diminuer les taxes pontificales, d’enlever au nonce toute ingérence dans les affaires ecclésiastiques.

Divers prélats adhérèrent à cette déclaration. Les mariages se célébraient en vertu de dispenses accordées par les évêques , alors sans souci des réclamations du pape. Le pontife s’adressa au clergé inférieur, ce qui fut taxé d’abus, et chacun fit entendre des plaintes. Les droits pontificaux furent contestés dans une multitude d’écrits. Du haut des chaires , on prêcha l’indépendance des évêques , en proclamant qu’ils ont le vote résolutif dans les conciles , qu’ils sont tous égaux, qu’ils peuvent dispenser même de observation des canons généraux; qu’une loi papale n’oblige qu’autant qu’elle est consentie par les évêques. L’écrit d’Eybel, intitulé Qu'est-ce que le pape ? fit surtout grand bruit ; il fut , diton, proposé à l’empereur d’instituer un concile national , afin de rendre les âppels à Rome inutiles , ainsi que les envois d’argent. Les princes ecclésiastiques croyaient assurer par là leur indépendance, et ils creusaient l’abîime dans lequel devait s’engouffrer, vingt ans après , leur puissance territoriale ecclésiastique.

Joseph IT trouvait donc les esprits préparés, et , secondant de son côté ce mouvement, il s’appliqua à restreindre la prérogative pontificale, peut-être même au delà des limites catholiques. Il révoqua lédit de Ferdinand II qui interdisait en Autriche tout autre culte que le catholicisme ; il permit aux juifs de se livrer à tout métier et à tout commerce quelconque , mais non de devenir propriétaires , et il les admit du reste à tous les droits de bourgeoisie. Il assura aux protestants de Hongrie la liberté religieuse ainsi qu'aux Grecs non unis, les admettant à toutes les charges, sans autre serment que celui que permettait leur croyance. Les enfants mâles nés de mariages mixtes durent être élevés dans la

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