‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 137 sur 245 · RÉFORMES DE JOSEPH · texte numérisé non relu

RÉFORMES DE JOSEPH

foi catholique si c’était celle du père ; autrement, la chose restait à la volonté des parents; les filles devaient suivre la religion de la mère.

Résolu à réunir dans sa main, selon les idées d'alors, toutes les farces de la monarchie, Joseph ne tolérait pas les rapports de ses sujets avec Rome , et les libertés ecclésiastiques , les seules qui eussent survécu, ne trouvaient pas grâce devant lui. IL ordonna donc qu’aucun bref ne fût publié sans son assentiment ; il abolit les recours à Rome pour les affaires réservées, et autorisa les évêques à donner les dispenses pour cause de parenté. Il voulut avoir pour la Lombardie le droit de nommer les prélats, comme dans le reste de ses États, et il notifia au gouverneur qu’il se croyait autorisé à disposer de tous les bénéfices ecclésiastiques. Il nomma l’archevêque de Milan sans en informer ni le corps municipal, ni le pape; le pontife , lui ayant adressé ses plaintes à ce sujet, Joseph renvoya le bref, comme n’étant pas libellé en termes convenables.

Il fit traduire la Bible en allemand , et se proposait de mettre la liturgie en langue vulgaire, de supprimer les ornements des églises et certaines images, les processions, les pèlerinages; il voulait encore que les confréries fussent ramenées à une seule, celle de la charité du prochain. D’après ses ordres , les capitaux des églises et des fondations pieuses ne purent être employés que dans les fonds publics ; il fit arracher des bréviaires l’office de Grégoire VIT, et, dans tous les endroits où elles se trouveraient, les bulles 7x cœna Domini et Unigenitus, défendant de discuter sur les propositions qui y étaient contenues ; enfin , il ordonna de tolérer tous les cultes non catholiques et leur libre exercice dans le particulier. Il interdit aux monastères la subordination envers les chefs résidant hors du pays, chaque fondation devant être régie par des provinciaux dépendant de l’évêque, et ne pouvant ni envoyer des députés à des chapitres tenus en pays étranger, ni avoir des étrangers pour chefs, ni permettre à aucun moine de faire le voyage de Rome. Il abolit entièrement les ordres voués à la vie contemplative , savoir les chartreux , les carmes , les olivétains, les camaldules, les clarisses, les capucins, dont les biens furent attribués au fisc; puis les bénédictins, les premontrés, les religieux de Cîteaux, les dominicains, les moines de Saint-Paul, les trinitaires, les servites, les franciscains. Les ordres qu’il toléra furent obligés de se iivrer à l’enseignement , et il les dispensa de chanter au chœur ainsi que des autres pratiques nuisibles à la santé.

Devenu l'administrateur du temporel de l’Église, il constitua

avec les biens confisqués un fonds ecclésiastique (1); il en destina une partie à salarier les curés ,, dont il augmenta le nombre, Il enleva aux évêques de Lombardie la direction des grands séminaires, qu’il remplaça par une école de théologie unique à Pavie, où il transféra le collége germanique de Rome; il y nomma naturellement des professeurs partisans des doctrines monarchiques, à qui l’on donnait en Italie le nom de jansénistes , tels que Pierre Tamburini, coryphée de cette école , et Joseph Zola , auteur d’une histoire ecclésiastique jusqu’au temps de Constantin. Le bruit courut que son intention était de confisquer tous les bénéfices et de rendre le clergé salarié de l’État. Joseph alla jusqu’à taxer les dépenses des funérailles, prescrire les heures pour sonner les cloches et tenir les églises ouvertes ; il défendit les pompeuses obsèques , puisque la tombe nivelle toutes les inégalités : il fut ordonné d’ensevelir les cadavres nus dans un sac (2), d’enlever les offrandes votives des églises, de ne plus faire de processions qu’à l’époque des Rogations et de la Fête-Dieu; de ne point porter des statues et de trop grandes bannières; de ne point sonner les cloches pendant les orages ; de cesser toute dévotion au Sacré-Cœur et au cordon de saint François ; de ne point introduire dans les prédications de controverses contre ceux qui professent une religion différente, aucune atraque contre des auvrages imprimés dans les États autrichiens, et de tendre moins, dans les sermons, à éclairer l'intelligence qu’à améliorer le cœur. Frédéric se moquait de ce roi sacris!tain, en ajoutant qu'il ne joignait pas au désir d’enseigner la patience de s’instruire, et qu’il faisait toujours le premier pas après lé second (3).

(1) « I n'est pas vrai que le fonds de religion ne soit destiné qu'à ‘avantage de mon gouvernement, comme on s’est permis de le dire dans les caquetages de Rome; mais il doit être un bienfait pour mes peuples, et comme son existence, de même que le mécontentement qu’on en a montré, appartient au domaine de l’histoire, il passera certainement à la postérité, et deviendra un monument, j'espère même qu'il ne sera pas le seul qui rappellera l’époque de mon règne. J'ai aboli les couvents superflus et les confréries, plus superflues encore , et j’ai destiné leurs biens à doter de nouvelles paroisses, à améliorer les écoles. Le fonds de l’État et celui de l’Église sont tout à fait distincts, sauf que je ne puis me dispenser de confier aux fonctionnaires de l’État l'administration du dernier. Un fait ne peut être jugé que par son but, et ses effets ne sauraient être appréciés que par les conséquences qui se produisent an bout de quelques années. Mais je vois bien que la logique de Rome n’est pas celle de mon pays; c’est pourquoi il y a si peu d’harmonie entre l'Italie et l’Empire germanique. « Lettres de Joseph 11.

(2) Ordonnance du 23 août 1784, révoquée en 1785. (3) Joseph If écrivait, en 1781, au cardinal Arzan : « Du moment où je suis

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