‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 138 sur 245 · RÉFORMES DE JOSEPH II · texte numérisé non relu

RÉFORMES DE JOSEPH II

Joseph voulait,.au si abolir dans l'empire tout droit diocésain étranger. Il s’empara des biens possédés en Autriche par des évêques du dehors, et fonda des évêchés nouveaux. Kaunitz répondait à tous ceux qui venaient réclamer et se plaindre, que toute considération doit céder à l’obligation où'se trouve un monarque d’exécuter un système reconnu conformé:au/bien de ses snjets et à la prospérité de la monarchie. L'empereur lui-nême accomplissait tout cela avec l’absolutisme d’un-homme convaincu. Il répondait à un supérieur de couvent qui lui parlait de ses scrupules : Eh bien ! allez-vous-en où il n’y a point de pareilles lois ; et à un évêque qui, après lui avoir fait un long discours sur ses propres devoirs , lui demandait ses instructions : L'instruction est que je veux être obéi. L’évèque de Goritzin, qui hésita à publier l’édit de tolérance, fut appelé à Vienne pour être réprimandé, et le gouverneur de la province déposé. Un prêtre suisse, nommé Plorer, théologien du ca”dinal Migazzi , archevêque de Vienne, fut choisi pour être directeur du séminaire de Brünn ; comme l’évêque le refusait en qualité de janséniste , l’empereur le nomma aux mêmes fonctions au séminaire de Vienne , et Migazzi, qui le repoussait aussi , fut disgracié et contraint de quitter son siége. Des protestants fondèrent l’université de Bonn, pour répandre les maximes de Joseph II.

Pie VI, re voyant pas où s’arrêterait ce déluge d'innovations , s’en effraya; ses remontrances ayant été vaines, ainsi que les réflexions respectueuses qu'il avait adressées à plusieurs reprises à l’empereur, il prit enfin le parti de se rendre en personne auprès de lui. Combien les temps étaient changés depuis l’époque où les papes citaient devant eux les Césars pour rendre compte des outrages à la foi ou à la justice ! En vain ceux qui prévoyaient les inconvénients d’un pareil voyage cherchèrent-ils à l’en détourner. Pie VI, confiant dans sa cause, dans son aspect imposant et sa vive éloquence, se mit en route après avoir prié une nuit entière sur le tombeau des saints apôtres.

monté sur le trône, j'ai fait de la philosophie la législatrice de mon empire. L'Autriche en recevra une forme nouvelle, l’autorité des w/émas sera restreinte etles droits du souverain rétablis dans leur ancien éclat... Je déteste la superstition et les saducéens ; je supprimerai donc les couvents.. C’est à eux qu’on doit la décadence de l'esprit humain. Les principes du monachisme , depuis Pacôme jusqu’à nos jours, sont tout à fait contraires aux lumières de la raison, et nous voyons revivre dans les moines les Israélites qui adoraïent le veau d’or à Béthel... La puissance des évêques, consolidée par moi, détruira bientôt ces fausses croyances ; au lieu du frère, je donnerai à mon peuple le père; au lieu du roman des canonisations , l'Évangile; au lieu des controverses, la morale. » HIST, UNIV, — T. XVII 28

Joseph IE avait déjà écrit au saint-père qu'il recevrait cette visite comme une preuve d’affection ; que relativement à ce qu’il avait fait « il né pourrait imaginer ni trouver un exemple capable de le faire revenir sur ce qu'il avait accompli (4). » Après l'avoir envoyé complimenter. à Ferrare par un hussard protestant, et lui avoir donné pour garde un corps composé en entier de non catholiques, Joseph lui rendit toutes sortes d’honneurs; mais ilévita d’en venir avec lui à une discussion sérieuse, et il ne laissa personne le visiter sans sa permission. Kaunitz, à qui le pape présenta la main, la lui serra comme d’égai à égal, et ne lui parla que de beaux-arts. Il affecta de le conduire dans tous les cabinets de curiosités, et de lui faire prendre les poses les plus diverses pour contempler ses collections artistiques ; aussi le pape, élevé en grand seigneur, se retira-t-il éouf supéfuil.

Pie VI s'étant montré disposé à donner son approbation à certaines mesures, pourvu qu’elles fussent modifiées, il lui fit comprendre que cela n’était pas nécessaire. Le pontife, profondément affligé de l’inflexibilité de Joseph, rougissant d’un vain cérémonial et d’une vénération mensongère pour le saint-siége au moment même où op le dépouillait de ses plus beaux priviléges, quitta Vienne, après y avoir séjourné un mois en suppliant , au pied de ce même trône que les foudres du Vatican avaient ébranlé plus d’une fois (2),

Joseph rendit ensuite au pape sa visite à Rome, où il vécut en simple particulier, mangeant à l’auberge ; à Saint-Picrre, il s’agenouillait par terre. Bien que la papulace, toujours prête à saluer deses clameurs l’idale du jour, lui criât ;: Vive l’empereur! Vous êtes chez vous, vous étes maître, ce voyage lui fit mieux connaître qu’elle était la position véritable, Le chevalier d’Azara, représentant de l'Espagne, auquel il manifesta son projet de réduire le pape à n'être que l’évêque de Rome, et de réunir à l'empire le patrimoine de saint Pierre, le aonvainquit que les autres ne souffriraient pas que le chef de la religion fût le sujet d’un souverain étranger. Le cardinal de Bernis et lui l’amenèrent donc, par leurs prières, à aecepter l’indult que le pape lui offrait pour la nomination à l’arehevêché et aux bénéfices consistoriaux de la Lombardie. En conséquence, il fut réglé, par un concordat, que les nominations aux hauts bénéfices et aux offices ecclésiatiques, réservées à Rome, appartiendraient au duc de Milan et de

(1) Lettre du 11 janvier 1782.

(2) Coxe.

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