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LE PÈLERIN APOSTOLIQUE

Mantoue, et que le pape délivrereit la bulle d'institution. Ainsi le pape dut céder même la nomination des évêques d'Italie au prince qui avait aboli jusqu’au couvent où il était venu conférer avec lui (4).

(1) Le baron de Zach communiqua à l'historien Schœæll une lettre ‘le Joseph 11 qui révèlo singulirement le caractère et les intentions de ça monarque concer: nant les matières religieuses. Elle fut écrite à l’occasion du voyaga que Pie VI vaulait faire à Vienne, et adressée à un prince souverain ecclésiastique d’Allen agne , que l’on suppose être Clément de Saxe, électeur de Trèves.

Haupstein, 28 septembre 1782.

« Combien je vous suis obligé pour l'intérêt que vous prenez au futur salut de mon âme, salut que j'espère obtenir, sans pourtant le désirer si prochain. Malheureusement je n'ai avec noi que l’{nséruction du grand Frédéric à ses généraux, les Réveries du maréchal de Saxe et autres extravagances pareilles, Mon Quesnel, mon Busenbaum et jusqu'à l’orthodoxe Febronius sont restés dans ma bibliothèque. Comment pourrai-je répondre en détail aux demandes importantes , divisées en cinq points , qu’il plaîtà votre altesse royale de m'’adresser? Je n’en aurais pas le temps si une pluie battante ne me mettait dans le cas de pouvoir moraliser un instant avec vous, au lieu de faire l'exercice.

« Pour suivre l’ordre que vous m'avez tracé : 1° quant au placet royal, il in’a semblé que, lorsque le chef visible de l'Église, comme vous l'appelez , lait sortir du Vatican quelque ordre adressé aux fidèles de mes États, leur chef très-palpable et réel , qui est moi, doit en être instruit et y influer pour quelque chose,

« 20 L'abolition de certains ordres est reconnue par votre altesse royale ellemême comme d'autorité purement souveraine. Si, par politesse, je demandais licence à ce sujet au saint-père, je me reprocherais éternellement d’avoir réclamé de lui ce qui ne lui appartient pas, et, en lui donnant à croire que je ne connais pas mes droits , je le jetterais plus fortement dans l'erreur.

« 3° Quant à la privation des bénéfices au cas de contravention aux lois, votre altesse royale a la bonté de reconnaître que j'étais indirectement en droit de l'obtenir en privant du temporel ; mais la voie indirecte étant toujours la ressource du faible et du fourbe, moi qui ne suis ni Pun ni l’autre, j'aime mieux le chemin direct.

«40 En ce qui touche les deux bulles 1n Cæna Domini et Unigenitus, votre altesse royale, en désapprouvant la première, rend à Boniface la justice qui lui est due. Il parait que le mot larracher des rituels inquiète. Eh bien! si elle voulait, au lieu de l’arracher de son diocèse, faire coller dessus un feuillet de papier blanc, sur lequel ces paroles seraient écrites, Obedientiu melior quam victima, sentence que, si j'ai bonne mémoire, Samuel doit avoir dite à Saül au sujet de quelques Amalécites sauvés du massacre, la chose n’en serait que plus utile.

« La bulle Unigenitus est postérieure, il me semble, à tout concile œcuiménique, par conséquent bien loin de l’infaillibilité d’un jugement de l’Église universelle ; elle fut acceptée par les uns, par les autres non. Il semble donc que l'ordre que je donne qu’il »’en soit plus parlé n'a rien d’excessif. Heureusement mes bons Autrichiens, mes Potzeks (Bohémiens), mes braves Hongrois ne connaissent ni Jansénius ni Molina. Si quelqu'un leur en parlait, il demanderaient si ce sont des consuls romains , et ajouteraient t{u’ils ne les ont jamais en-

Dans la politique extérieure, Joseph s’écarta du rôle conservateur de ses ancêtres, en s’abandonnant à une vague ambition, alors que la faveur intermittente des cabinets rendait impossibles ses vastes desseins. Après avoir cherché vainement à détourner sa mère de l'alliance française, il voulut du moins séparer la Russie de la Prusse ; ne se fiant pas à des ambassadeurs, il demanda à Catherine la permission de la visiter en simple particulier, pour connaître de près la merveille du siècle. 11 la rencontra, comme nous l’avons dit, dans son voyage triomphal en Crimée, et, l'ayant suivie à Saint-Pétersbourg, il la charma pur ses belles manières et ses larges idées; il fut enchanté à son tour des faiblesses et de la grandeur de la czarine, de ce mélange de luxe et do barbarie. Ainsi se forma une alliance contraire aux intérêts de l’Autriche. Catherine flatta adroitement les projets fastueux qu’il nourrissait alors dans le secret, et surtout le projet relatif à l'Escaut; car elle aurait eu dans Anvers, sous le nom de son allié, un port de relâche pour les bâtiments destinés à de longues traversées.

Lors de la paix de Munster (1648), Philippe IV avait été con-

tendu nommer dans leurs écoles. Nous sommes tellement en arrière sur les querelles de la grâce et du probabilisme que moi-même je n’ai jamais connu qu’un lévrier du nom de Molina, qui savait à lui tout seul forcer son lièvre, On se taira donc chez moi sur ces matières, et il aurait été bon qu'on en eût fait autant partout depuis trente ans. .

« 50 Entin la censure de Vienne paraît vous inquiéter, Je penserais de même si je n'avais assez vu les hommes pour savoir qu'il en est peu qui lisent, encore moins qui comprennent et très-peu qui profitent ou font cas de ce qu'ils ont lu; j'en connnais quelques-uns qui ne savent pas même ce qu'ils écrivent. Avec des êtres ainsi organisés, la prohibition est plus à craindre que les mauvais livres; car c'est la première qui fait lire les seconds. Sans cette funeste prohibition, qui a tenté jusqu’à notre premier père, nous nous promènerions encore tout nus dans le paradis terrestre, et nous n’aurions pas entendu parler des cinq graves questions sur lesquelles je réponds à votre altesse royale, non en législateur, mais en bon soldat qui a la foi du charhonnier, et se contente du bon sens. Oui, je crois fermement et avec plaisir : que son amitié en soit rassurée. Si je répugne à quelque chose, ce n’est pas à croire aux vérités de ma foi, mais à croire aux applications forcées qu’on en a fait. Enfin, je me flatte que nous nous acheminons ensemble par la route la plus droite vers notre salut , en remplissant les devoirs de l'emploi où nous a jetés la Providence , et en faisant honneur au pain que nous mangeons. Vous mangez celui de l'Église, et vous protestez contre toute innovation; moi je mange celui de l’État, et je défends ou je revendique ses droits primitifs.

« Que votre altesse royale soit bien persuadée de toute mon amitié, et ne voie que de la franchise et de la confiance dans ce que j'ai l'honneur de lui marquer ici. Je serai toujours, de votre altesse royale, le bon et affectionné cousin, » « JOSEPH, »

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traint de laisser enlever aux dix provinces belges qui lui étaient restées fidèles tous les avantages commerciaux, et de souffrir qu’on fermât l’Escaut aux siens, dans l’intését de la Hollande, L'acccroissement de cette puissance avait amené la France à considérer les Pays-Bas catholiques comme sa barrière; par le traité d’Utrecht (1713), ils avaient été laissés à l'Autriche avec l'obligation de tenir garnison dans un grand nombre de forteresses,

C'était sacrifier les Flamands fidèles aux rebelles Hollandais, et Charles VI chercha en vain, en fondant la compagnie d’Ostende, à procurer quelque avantage à ses sujets. En vain Kaunitz tenta, lors de la paix d’Aix-la-Chapelle (1748), de briser ce joug, et Marie-Thérèse refusa de payer des subsides aux Hollandais pour les garnisons qui avaient été impuissantes contre les Français; on avait donc laissé ces forteresses s’écrouler, et la Hollande continuait à ; rester, mais se souciant peu de faire bonne garde. :

Quand Joseph IT visita ce nays, il résolut de les démolir pour la plupart; sans s’inquiéte’ ces réclamations des états généraux, il déclara qu’il n’y »vait plus besoin da barrière contre la France, puisque c'était une. puissance amie ; acte arbitraire qui eut bientôt son châtiment lorsque la France, en révolution, se jeta sur ce territoire sans y rencontrer d’obstacles.

La mollesse avec laquelle la Hollande se plaignit enhardit Joseph à élever ses prétentions, et il occupa violemment des territoircs sur lesquels elle avait juridiction. Il répondit aux doléances comme il avait coutume, et ce fut beaucoup que de l’amener à une conférence à Bruxelles; mais les articles qu’il y proposa tendirent tous à ouvrir la navigation de l’Escaut à ses sujets, leur donnant ainsi la faculté de trafiquer directement avec les Indes et dans les ports des Pays-Bas. Il déclara obstinémei qu’il considérerait toute opposition comme une déclaration: do guerre.

Céder à cette arrogante violation des traités eût été le comble de la lâcheté. Les États placèrent donc une escadre à l’embouchure de l’Escaut. Joseph IT, averti par Kaunitz de prendre ses précautions, répondit : Z{s ne tireront pas. Peu de temps après, Kaunitz lui adressait une dépèche ne contenant que ces mots : Ils ont tiré. En effet , les Hollandais, sans s’effrayer des menaces, innondèrent le pays, et se virent aidés par la France. Kaunitz, désireux de conserver l'amitié de cette dernière puissance, fit accepter sa médiation. |

Joseph insistait pour que l'Escaut füt libre, et qu’on lui cédât

Maëstricht; mais il se contenta de dix millions de florins ; les Hollandais refusant de les payer, Louis XVI en donna quatre ei demi. On abolit le traité des Barrières et les entraves imposées aux Flamands. Les Hollandais furent tenus de pourvoir à l'écoulement des eaux, de manière à ne pas nuire à la Flandre.

Nous avons déjà fait mention des désastreuses entreprises de l’empereur contre la Turquie.

Jamais la maison d'Autriche ne s'était attaquée ainsi aux intérêts des autres peuples et aux principes du droit public ; aussi les publicistes et les cabinets se récrièrent-ils, et un niécontentement général éclata parmi les peuples. Une insurrection complète eut lieu en Transylvanie. Dans la Hongrie, Nicolas Urz, dit Horjah, s’étant mis à la tête de la plèbe soulevée, demandait l’abolition de la noblesse ; il devint si redoutable que les Impériaux durent entrer en négociations avec lui; mais enfin, livré par la trahison, il périt sur la roue. De leur côté, les nobles résistèrent ouvertement aux décrets qui supprimaient le servage et l’usage de la langue nationale, en imposant une contribution unique et le recrutement militaire ; mais les Hongrois virent surtout un outrage dans la translation à Vienne de la couronne angélique, à laquelle la nation croyait son existence attachée. Les plaintes eurent tant de retentissement que Joseph IT fut forcé de la restituer, en rétablissant les états provinciaux et l’ancienne constitution.

Nous avons raconté {livre XV, ch. xxtii ) la révolution, à la suite de laquelle une partie des Flandres resta indépendante, tandis que l’autre, sous le nom de Pays-Bas autrichiens , fut soumise à l'Autriche. Si l’on faisait attention, dans les transactions politiques, aux convenances des peuples, il aurait fallu former de ce pays un nouveau royaume de Bourgogne, qui, fort entre l’Allemagne et la France, aurait épargné les flots de sang versé par les rivalités de ces deux puissances. Charles-Quint y avait pensé ; mais il n’en arriva point à l’exécution. La partie du nord réussit seule à se constituer; celle du midi n’en eut que plus à souffrir, exposée qu’elle était aux exactions de tous sous la domination de princes éloignés, tels que les monarques autrichiens.

Les Belges sont des gens positifs, ayant peu d’enthousiasme, scigneux de leurs intérêts, étrangers à la guerre, éminemment traditionnels, et habitués depuis fortlongtemps au régime communal, ce qui les rend presque indépendants d’un pays à l’autre. Les diverses provinces soumises à l’Autriche (1) jouissaient chacune

(1) C'est-à-dire les duchés de Brabant, de Gueldre, de Luxembourg; les

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