‹ Histoire universelle [microforme] (volume 5)Chapitre 140 sur 245 · BELGIQUE · texte numérisé non relu

BELGIQUE

d’une constitution particulière, que l’empereur £’était obligé dé conserver par le traité d’Utrecht; au cas contraire, elles pouvaient lui refuser l’obéissance, aux termes de l’article 59 de la Joyeuse entrée, article qui renfermait un de ces privilèges effacés seulement par l’époque moderne, c’est-à-dire le droit de résister aux princes qui violaient les conventions juréés (1). L’Autriche les possédait comme en usufruit ; en outre, elles lui servaient, bien que détachées, de barrière contre la France, etla mettaient eh rapport avec les puissances maritimes ; leur prospérité prouvait que le gouvernement y était en harmonie avec le génie et les habitudes du pays: En 1717, le gouverneur, marquis de Prié, voulut restreindre leurs priviléges ; mais Bruxelles se souleva et le chassa. Anncéssens, chef de la sédition, fut décapité par les Autrichiens ; les Belges le considérèrent comme un martyr; et les morceaux de la hache qui avait servi à le frapper furent vendus comme des reliques.

Joseph IT vint bouleverser tout dans ee pays, comithe il avait fait en Italie ; mais le commerce, la liberté, la foi sauvèrent la natio-

‘ nalité belge, en arnenant une révolution qui mérite d’être étudiée,

parce qu’elle ressémble au fond à celle de 4830; malgré la différence des circonstances (3):

Joseph débuta par un tel déluge d’ordonnances que le conseil de Flandre, en 1786, lui représenta que Charles-Quint en avait moins rendu en cinquante ans que lui en quelques années. Puis, dans ce pays souniis à un clergé très-puissant et qui fondait sa morale sur une religion profonde, il défendit les processions et les pèlerinages, supprima les couvents, confia l’instruction aux séculiers. Il substitua aux séminaires diocésains un séminaire général à

comtés de Flandre, de. Hainaut, de Namur; les seigneuries de Malines et de Tournai.

(1) Ses sujets ont le droit de cesser de lui faire service jusqu'à ce que les contraventions soient réparées.

(2) TH. Juste, Histoire de la révolution belge de 1790, précédée d'un tableau historique du règne de Joseph II, et suivie d’un coup d'œil sur La révolution de 1830.

Voyez aussi GEeRLACHE, Histoire du royaume des Pays-Bas depuis 1814 jusqu'à 1836, précédée d’un coùp d'œil sur les grandes époques de la civilisation belge , ete.j Bruxelles, 1842.

H y avait si peu d'unité que le marquisat d’Arlon , dans le Luxembourg, était possédé par le roi de Prusse ainsi que la ville de Gueldre; les comtés de Fauquemont et de Dalem, avec la ville de Vanloo, par les Hollandais; le duché de Bouillon, par les La Tour d'Auvergne ; le duché d’Enghien , par les d'Aremberg ; l'évêché de Liége, Tongres et Huy , avec le comté de Horn, appartenaient à l'empire germanique,

Louvain, avec des professeurs de son choix; dans le plan des séminaires généraux, il ne cacha pas l'intention de « substituer à la « théologie catholique les sciences; la physique, la chimie, la- « gronomie, l’économie politique; en outre, il manifesta la vo- « lonté de faire succéder à l’éducation monacale et à l’égcisme « des couvents l’enthousiasme de la patrie et l'attachement à la « monarchie autrichienne; d'écraser l’hydre ultramontaine et « d’établir le règne! des lumières. »

Les séminaristes lui présentèrent unanimement une pétition à l'effet de resier soumis à leurs évêques respectifs pour la discipline et le dogme, de ne recevoir des leçons que de professeurs et sur des livres approuvés: par eux. L'université de Louvain, qui se disait fondée pour être le boulevard et le soutien de la foi catholique, se déclara contre le nouvel enseignement, et Joseph la transféra à Bruxelles. Trouvant que sa sœur, gouvernante de ces provinces, avait trop d’indulgence, il la rappela, et la remplaça par le comte Trautsmandorf, qu’il investit d’une autorité illimitée. Il congédia le nonce apostolique, et appela à Vienne l'archevêque de Malines, pour se justifier d’avoir répandu des exemplaires de la bulle contre Eyber'; il déposa et exila celui de Namur, en réprimanda d’autres, et expédia des ordres portant que « son édit « sur l’établissement du séminaire général à Louvain devait être « obéi sans retard et sans réplique (4). » Il supprima les couvents des moines réguliers qui n’obtempérèrent pas à cette injonction; il abolit les abbayes et ies églises ainsi que la fameuse société des Bol!andistes, Plusieurs évêques ayant réclamé contre le péril des âmes, il ordonna, sous peine de bannissement et de confiscation, à l’archevêque de Malines’ d'aller examiner les doctrines et les professeurs de Louvain; mais le prélat ayant posé pour premières questions de savoir sil appartient aux seuls évêques de précher et de catéchiser, en quoi consiste la suprématie papale et autres choses semblables, Trautsmandorf défendit aux professeurs de répondre, et à lui de poursuivre l'examen.

Joseph II réforma ensuite de fond en comble l’ancien gouvernement; il substitua au conseil : :tat et aux autres corps constitutionnels un gouvernement central, et supprima les justices patrimoniales en établissant de nouvelles cours dépendantes de la cour suprême de Bruxelles. Il anéantities stipulations de la Joyeuse .

(1) Dans une correspondance particulière de Joseph II avec Kaunitz, trouvée à Bruxelles, les prêtres sont traités d’imposteurs, l'évêque de Malines de brouillon imbécile, la résistance du prélat de farce, et il promet un petit parallèle assez croustilleux entre les deux Ambroise.

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BELGIQUE. " 4M entrée et détruisit la nationalité des Pays-Bas en les déclarant province de la monarchie autrichienne ; enfin, il ordonna « à « tousises sujets, sans distinction, d’obéir, sans réplique ni retard, « à tous les ordres de ses agents, lors même qu'ils PAPANEMEN « excéder les limites de leur autorité (1). »

IL en résulta d’abord un sourd frémissement ; puis, comme on voulait transférer un prévenu à Vienne, contrairement au droit des Brabançons d’être jugés dans leurs pays par leurs concitoyens, le peuple se ‘leva en tumulte, et les états refusèrent les subsides annuellement demandés ; leur hardiesse augmentant, ils exposèrent leurs griefs. Le conseil de Brabant abolit les nouveaux tribunaux ; Varchiduchesse Marie-Christine et son mari le duc de Saxe-Taschen furent obligés de promettre le rétablissement des privilèges.

Les Belges ponriaüt se montraient disposés ou résignés à obéir;

mais ils voulaient que les états fussent consultés. Au lieu de -

faire droit à leur désir, Joseph IT envoya des troupes. Cependant, ayant reçu leurs députés à Vienne, il promit de rétablir l’ancien ordre de: choses, sauf toutefois le séminaire de Louvain; puis, les trouvant fermes dans leur refus, il revint sur ses concessions, rapporta l’amnistie et les priviléges. Il répondait à Kaunitz, qui voulait l’amener à un arrangement : Le feu de la rébellion ne s'éteint que dans le sang ; il inscrivit sur une réclamation du cardinal de Frankenberg : L'archevéque doit plier ou casser. Il expé: dia donc des troupes pour en finir, et dit : Le plus ou moins de sang que peut coûter une telle opération ne doit pas étre mis en compte... Je récompenserai mes soldats comme s'ils avaient combattu les Turcs (2). Mais lorsqu'il vit les Brabançons en appeler à Dieu et à leur épée, se confédérer et s’armer, il s’effraya ; ses rêves de bien public s’évanouissani, il s’aperçut qu’il avait perdu Popinion dont il s'était fait une idole. Il versa des larme

déclara qu’il avait été abusé par de faux rapports, et en revint à demander conseil à Kaunitz, qui l’engagea de nouveau à des concessions ; mais il était trop tard. Joseph IL s’adressa au pape, pour qu’il invitât les évêques à la soumission ; il demanda des secours, mais l’Empire ne l’écouta point. La Prusse fomentait au contraire ces haines ; la France avait bien d’autres embarras ; l'Angleterre avait été offensée et trahie par lui ; la Turquie le menaçait, et les états héréditaires frémissaient. Ses troupes, commandées par

(1) Art. 12 de l’édit du 1" janvier 1787.

(2) Letire du 51 octobre 1758.

Janvier.

A42 Rhoder, furent battues; la Flandte se souleva comme le Brabant; Gand fut bornbardé, mais la garnison en fut repoussée, de même qu’à Bruxelles, et la désolation des villages n’empêcha point le cri de l’indépendance de retentir de ville en ville,

‘Mais, comme il arrive toujours ; les dissensions intérieures commencèrent, Le parti de l’avocat Van der Noot penchait pour que l’on revint à J’Autriche, né réclamant qu’un frein aux usurpations et un meilleur système de représentation dans les états, dont il défendaitles priviléges ; mais l’avocat Vonck ; plein d’ardeur pour les théories révolutionnaires , aspirait à l’indépendanceet à la souveraineté, Les vonckistes s’appuyaïent sur leurseeules forces; les autres espéraient dans l'étranger et surtout dans la Prusse, dés.reuse d’affaiblir l'Autriche, La fausse politique du cabinet autrichien , s’effrayant des anciennes franchises que réclamait Van der Noot, caressait les vonckistes, c’est-à-dire qu’elle excitait les masses , tandis qu’elle persécutait les mouérés, qu’il eût été possible de satisfaire.

Dans ie principe, les deux partis agissaient d'accord, et une confédération des états belges unis fut signée , établissant un congrès souverain de ses États, dont chacun conservait son indépendance. Une pareiïlle oligarchie déplut aux vonckistes, qui, se

- récriant contre l’idée de se fier aux étrangers, disaient qu’il ne

fallait pas les attendre, mais mettre toute sa confiance dans le peuple , ets’insurger. En effet ; bien qu’ils eussent poussé à prendre les armes et fait triompher leur cause, les aristocrates l’emportèrent, et punirent leurs adversaires de l’emprisonnement et de la confiscation. Joseph put se réjouir de ce que ambition , qui avait causé sa ruine, tournait aussi au étriment de ses ennemis; mais ii mourat sans avoir vu leur chute

A l'égard de l'Empire, Joseph tenta des excès de pouvoir du même genre, quoiqu'il n’en füt que le chef électif ; il annonça l'intention de corriger plusieurs abus , et notamment ceux de la chambre impériale de Veztlar en matière de juridiction. Cette chambre exerçait , conjointement avec le conseil aulique, ia haute justice en Allemagne ; mais si ce conseil, placé sous les yeux de l’empereur, resta dans les limites du devoir, l’autre abusa de l’espèce d’indépendance dont alle jouissait, et on l’accusait de prévarication ; de négligence , de partialité; d’un autre côté, ses membres, en hostilité entre eux, formaient deux factions ennemies , qui s’entravaient réciproquement. Les empereurs avaient cherché plusieurs fois à y remédier; mais leurs propositions avaient toujours été ajournées. Joseph voulut y donner suite; mais il fut

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entravé par les convenances , les oppositions de décrets, les vieilleries contradictoires, lès disputes de rang, et dix années se passèrent en discussions , de grande importance alors , sans aucun intérêt aujourd’hui.

En vertu d’un usage antique, les empereurs pouvaient donner des lettres de pain (panésbriefes), dont le porteur obtenait, de certains couvents, la nourriture, le vêtement et le logement. Zô$eph voulut les soumettre tous à cette obligation et faire entretenir ainsi ses propres serviteurs; mais la plupart s’y refusèrent , et l'empereur compromit en vain son autorité. On vit combien cette autorité était faible lorsque Joseph, qui n’avait point de fils, voulut faire élire roi des Romains non pas son frère , mais François, son neveu bien-aimé , préférence qui jeta de la discorde dans la famille

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